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15/11/2013 01:36 EST | Actualisé 16/11/2013 04:38 EST

Anouk Aimée, la quintessence du cinéma

Courtoisie

Anouk Aimée a gardé sa voix charmante. Assise dans le hall d’un hôtel de Montréal, elle vous observe tout en évitant votre regard. En visite dans la Métropole où Cinemania en a fait son invitée d’honneur, tandis que la Cinémathèque québécoise lui consacre une rétrospective, l’actrice française mythique et inoubliable dans Lola de Jaques Demy ou Huit et demi de Federico Fellini nous a accordé une entrevue.

Elle a tourné avec les plus grands : Bernardo Bertolucci, Sidney Lumet, Robert Altman, Anatole Litvak, Vittorio de Sica, André Delvaux, ou Marcel Carné pour n’en citer que quelques-uns. Née Françoise Serina Dreyfus, elle conservera par la suite le prénom de son premier personnage Anouk, interprété dans La Maison sous la mer de Henri Calef. Le reste est pure poésie puisque c’est le grand Jacques Prévert qui finira par lui proposer le patronyme Aimée. «Lorsque Prévert vous offre un nom, on le garde», déclare-t-elle avec le sourire.

L’histoire dit qu’elle rêvait de danse, mais le cinéma est venu frapper très tôt à la porte. «J’avais 13 ans lorsqu’une personne est venue m’aborder dans la rue pour savoir si je voulais faire du cinéma. J’ai regardé ma mère qui m’a dit que ça ne dépendait que de moi. J’ai alors répondu oui», raconte-t-elle.

Les rôles se suivent jusqu’à sa rencontre devenue mythique avec Fellini qui lui offrira de jouer dans La dolce vita et deux ans plus tard dans Huit et demi, les deux sublimes chefs-d’œuvre du 7e art. «Avant de connaître Fellini, je n’étais pas certaine de vouloir faire une carrière au cinéma, un milieu que je trouvais barbant. Le réalisateur italien a complètement changé ma vision des choses. On travaillait sérieusement avec lui, pourtant il ne se prenait jamais au sérieux. Il m’a vraiment donné l’envie d’être une véritable actrice», se souvient-elle.

Aimée regrette les belles folies de cette époque où elle fréquentait des personnalités telles que Jean Genet, Jean Cocteau ou Raymond Queneau. Elle condamne aujourd’hui une certaine tristesse qui semble avoir recouvert le monde d’une chape de plomb. «Les gens sont déprimés. Même les jeunes ne savent plus comment se rebeller et quand ils le font, ils se contentent de tout casser. Ils ont oublié de rire», dit-elle.

La renommée internationale, Anouk Aimée l’aura avec le film Un homme et une femme de Claude Lelouch, Palme d’Or en 1966 et qui lui a valu dans la foulée le Golden Globe de la meilleure actrice. «J’ai failli refuser le rôle», concède-t-elle. La comédienne ne voulait pas jouer une scène sur le bateau, alors qu’il y avait tempête. «On s’est disputé. Si c’était comme ça, je leur ai dit de faire scène sans moi! Le lendemain Claude [Lelouch] a insisté pour un simple essai et j’ai été littéralement conquise».

De la Croisette encore, elle repartira en 1980 avec le Prix d'interprétation féminine pour Le saut dans le vide de Marco Bellocchio. Bref, Anouk Aimée est une icône. «Oui, j’ai été très chanceuse», avoue-t-elle avec pudeur.

Toutefois, ce destin semblant sortir tout droit d’un conte de fées aurait pu virer au cauchemar. Avant le strass et les paillettes du cinéma, Anouk Aimée a vécu la guerre et ses bombardements. D’origine juive du côté de son père, elle sera froidement dénoncée par une jeune fille durant l’Occupation. «Elle est allée dire à un soldat allemand que j’étais juive. Heureusement, il ne m’a pas amené à la Gestapo. Il m’a seulement raccompagné chez ma grand-mère. Encore maintenant, je me rappelle que je pleurais», dit-elle sobrement.

Depuis, elle garde un amour pour la vie qu’elle sait précieuse. «J’aime beaucoup les animaux», susurre-t-elle. L’actrice de 81 ans qui héberge une douzaine de chats dans son appartement parisien s’est mis du côté des bêtes, mais n’oublie pas l’humain pour autant. «J’ai reçu ce merveilleux bracelet de Quincy Jones qui représente les symboles de sa fondation pour la paix dans le monde. Les guerres me font horreur».

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