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14/11/2013 04:30 EST | Actualisé 14/01/2014 05:12 EST

Sébastien Tellier : «Confection» et confessions (VIDÉO/ENTREVUE)

MONTRÉAL - Quelques jours après la sortie mondiale du septième album de Sébastien Tellier, Confection, le Huffington Post Québec a réussi à attraper l'énigmatique Français pour un étonnant échange truffé de rêveries délurées et de réflexions fort rationnelles. D'autant plus intéressantes qu'il avoue travailler sur un « autre vrai album » à paraitre en mai 2014. Discussion numérique outremer entre notre monde et le sien.

Chanteur atypique, coloré et imaginatif, la musique de Sébastien est à son image: Rêveuse, extravagante, luxuriante, orchestrale, léchée, grandiloquente, full kitsch. Confection n'y échappe pas. Certes, le travail est plus sobre que le cérémonieux My God Is Blue, le précédent album. Disons plus terre à terre (une expression douteuse dans le cas de Tellier!), moins ampoulé de pop divine. En presque totalité instrumental outre la pièce L'amour naissant (chantée en anglais et en français), Confection est vaporeux, lascif, sensible et eucalyptus, oserions-nous dire. Il est rempli d'arrangements soignés et intelligents qui se rapprochent de la pop. Il renferme également des envolées conceptuelles et des ambivalences néo-vintage (pour reprendre les dires d'un collègue d'un autre média) qui nous égarent quelque peu. Confection a le défaut de sa qualité : il peut être mortel pour certains et foutrement cool pour d'autres. À vrai dire, pour ce genre de musique, c'est réussi, voire audacieux.

L'art imparfait

Sur l'écran de l'ordinateur, Sébatien Tellier est cadré gros plan dans toute son exubérance : cheveux longs en bataille et barbe hirsute plongeant vers le sol. Il a l'allure d'un créatif de publicité sorti d'un de ces films sur la vie de Jésus. Mais ici cesse les comparaisons. Car nul ne pourrait vraiment dire ce qui se passe dans la tête de Tellier.

Gros pétard à la main, il célèbre à sa façon ce jour de fête nationale en France. Il est de bonne humeur.

L'image de la pochette sera discutée en introduction : portrait en noir et blanc de Tellier qui est en quelque sorte ficelé par une partition de musique : « J'avais envie qu'il y ait encore ce côté malhabile, un petit peu débutant. J'aime l'art qui est frais. J'aime souvent les premiers disques, les premiers films. J'apprécie l'imperfection. Me voir ligoté sur la photo exprime cette incapacité d'aller vers le parfait. »

sebastien tellier

Ce Confection, Sébastien Tellier l'a imaginé surtout au décès de sa grand-mère. Il a eu envie de lui rendre un hommage très personnel.

La première pièce Adieu en serait le point de départ : « Cette chanson a été composée durant son enterrement. J'ai trouvé durant cette journée, outre la tristesse, que la mort a un côté élastique. À la fois on met le corps sous terre et on imagine l'âme qui s'envole. Sur Adieu, la basse c'est la terre et la voix de la chanteuse d'opéra représente le souffle qui s'évapore [...] Voilà en gros l'idée. Pour moi, le sujet de la mort est devenu très important sur Confection qui, je dois le dire, est un side project. Ce n'est pas mon vrai nouvel album. C'est en quelque sorte un entre deux. C'est de la musique faite surtout pour moi-même. Ce n'est pas du tout produit pour le public. Je voulais connecter avec mon passé. Peut-être aussi parce que je suis un jeune papa...»

« Sur un véritablement album, je ne me permettrais pas de répéter des titres ou des thèmes. Je dirais que ce disque est le résultat d'un choc avec la mort et le projet de la musique d'un film, que l'on m'a demandé de faire en parallèle. Je me suis alors projeté dans mon enfance. À sept ans, j'ai appris à jouer du piano sur la musique de François de Roubaix qui avait fait la trame sonore du long métrage Le vieux fusil. Belles manière de revisiter mon passé et mes premiers pas en musique. Confection, c'est tout à fait musique des années 1970. »

Ce retour aux sources, Tellier l'a concrétisé avec le pianiste Robin Coudert (qui joue avec Phoenix), le batteur Tony Allen (qui joue avec Fela Kuti), Emmanuel d'Orlando aux arrangements de cordes et Philippe Zdar au mix.

La suite

Toujours dans l'écran, la boucane et ce visage avenant.

Selon Tellier, ce retour à la sobriété pour Confection ne sous-entend pas pour autant la même approche au sujet du prochain album, qui serait pratiquement terminé. Au moment de notre entretien Paris/Montréal, le trentenaire se préparait justement pour un voyage au Brésil afin d'y rencontrer un « musicien génial » qui ferait partie du prochain encodé à paraitre dans six mois.

« J'aime bien me renouveler et surtout surprendre, bien que ce soit difficile. L'album qui sortira en mai 2014, est beaucoup plus pop et ensoleillé que le folk-classique de Confection [...] C'est ça le rythme que j'aime maintenant. Je voudrais avoir deux carrières : la pop, qui m'amène vers le succès, l'argent, la gloire et en même temps une autre carrière plus intime dans laquelle je fais pas des disques pour essayer de plaire, pour essayer de montrer que je suis intelligent. Je pense à des albums conçus pour moi, plus personnels. Donc, des albums pop, plutôt bien vendus et d'autres avec des musiques plus au naturel. Je veux sortir un disque à chaque année, comme Woody Allen au cinéma. »

« J'écris beaucoup de chansons, dont plusieurs tombent dans l'oubli. Mais je ne veux plus jeter de textes à la poubelle. J'en ai mis de côté des centaines comme ça depuis le début de ma carrière. C'est dommage. Cette approche permettra d'utiliser une grande partie de la matière que je crée. J'ai envie de montrer tout ce que j'ai, même si je dois me ridiculiser. Au moins, il y aura une espèce de vérité dans mon œuvre, enfin, si on peut appeler ça une œuvre ! Je veux m'exposer totalement. Je me sentirai mieux exister. »

Aux dires de Tellier, le prochain album sera entièrement en français et totalement différent de Confection.

« J'aime bien chanter. Je suis à l'aise dans cette langue. Je peux me lancer davantage et penser à la justesse de la note et l'interprétation émotionnelle. Ce sera un album de chansons avec de très longs textes comme on aime faire en France. On ne peut pas dire pop-rock, quoique j'aime bien la pop-rock. Non, pas vraiment. En fait, je ne sais même si j'aime la pop-rock. Je ne sais pas comment dire. Ce sera avec de vrais instruments en tout cas. Il y aura aussi des synthétiseurs, mais l'esprit n'est pas du tout électro comme sur Sexuality ou My God Is Blue. Je dois quand même dire que j'utilise pas mal de synthé, car j'adore ce jouet qui est l'un des plus amusants qui existent en musique. »

De l'avis de Tellier, tout serait terminé concernant la production de ce prochain disque (au nom inconnu pour l'instant), excepté ce voyage au Brésil et le mixage. Son équipe artistique est complètement différente de la dernière, bien qu'il tienne à préciser qu'il a joué la plupart des instruments utilisés.

« Je n'ai jamais pris autant le soin de bien m'entourer, précise-t-il. Je n'ai jamais été aussi loin dans l'exigence. Même si j'ai travaillé avec des grands noms comme Daft Punk, j'avais envie de collaborer avec des trésors cachés. Des musiciens jamais entendus, mais magiques, avec des instruments très rares [...] C'est un album fait un peu partout dans le monde, même si un studio parisien a servi de base. En fait, c'est la première fois que je prépare un disque. Normalement, c'est toujours un travail de pulsion. »

Des milliers de mots, de jolies formes d'expression, une personnalité mégalo, mais loin d'être ennuyante, tout un personnage ce Sébastien Tellier.

Confection est distribué à l'international par Record Makers depuis le 8 novembre. Au Canada, l'album est distribué sous l'étiquette Bonsound Records.

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