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13/11/2013 04:36 EST | Actualisé 13/01/2014 05:12 EST

Rob Ford: le conseil municipal lui demande de quitter ses fonctions

Le conseil municipal de Toronto a voté mercredi après-midi à 37 voix contre 5 pour que le maire de Toronto quitte temporairement ses fonctions.

Les élus torontois se sont également entendus à 36 voix contre 6 pour demander à la commissaire à l'intégrité d'enquêter sur les agissements de Rob Ford. Le conseil municipal demande de plus au maire de présenter ses excuses pour avoir induit en erreur les Torontois et pour qu'il coopère avec les policiers.

Cette série de motions s'ajoute mercredi à des révélations troublantes sur le comportement du maire. Des documents judiciaires indiquent que le maire de Toronto est accro de l'alcool et de drogues, comme la cocaïne et l'Oxycontin, et qu'il a conduit ivre, selon des amis et des employés de son bureau.

Parmi les nouvelles révélations, l'ex-chef du personnel de Rob Ford, Mark Towhey, a raconté à la police qu'il croyait que le maire était alcoolique et qu'il buvait à l'hôtel de ville.

M. Towhey a aussi raconté aux enquêteurs que son ancien bras droit et nouveau chef du personnel du maire, Earl Provost, lui avait dit qu'il avait vu M. Ford user du puissant analgésique oxycodone, prisé par nombre de toxicomanes. Par ailleurs, un autre employé a déjà trouvé un joint dans le tiroir du bureau du maire.

Rob Ford a admis en matinée devant le conseil municipal, qui débat de son sort, qu'il avait acheté des drogues illégales au cours des deux dernières années. Il a répété, toutefois, qu'il n'était pas un toxicomane ou un alcoolique. Son frère et conseiller municipal Doug Ford s'est par la suite porté à sa défense sur les ondes de CNN, disant qu'il était « surpris » d'entendre que le maire avait déjà acheté de la drogue.

Le maire s'est par ailleurs défendu quant à son refus de parler à la police, en expliquant qu'il suivait simplement les conseils de son avocat. M. Ford n'a pas été accusé de quoi que ce soit pour l'instant.

Nouvelles allégations émanant de l'enquête policière :

-Des femmes se sont présentées au bureau du maire, affirmant que Rob Ford leur avait promis un emploi après qu'ils eurent fumé un joint ensemble à l'extérieur d'un bar.

-Des clients et le personnel d'un bar disent avoir vu le maire en train d'aspirer quelque chose qui était sur son poignet le jour de la St-Patrick en 2012. Son personnel n'a rien vu.

-Le chef du personnel du maire, Earl Provost, affirme que M. Ford a pris le volant après cette soirée arrosée de la St-Patrick.

L'ancien chef du personnel du maire, Mark Towhey, dit qu'un autre employé de son bureau a vu Rob Ford boire une demi-bouteille d'alcool tout en conduisant.

-M. Towhey confirme que le maire était intoxiqué lors d'un bal militaire en février dernier, mais il ne sait pas ce qu'il avait consommé.

-M. Towhey soutient qu'il a été renvoyé, après avoir enjoint Rob Ford de se faire traiter.

-Le personnel du maire lui achète de l'alcool, incluant de la vodka.

-Un ancien assistant, Chris Fickel, raconte qu'un entraîneur de football amateur qui côtoyait le maire s'est dissocié de lui, parce que M. -Ford aurait pris beaucoup de cocaïne.

-Rob Ford a dit à un ex-employé qu'il connaissait Anthony Smith, qui apparaît à ses côtés sur une photo devant une présumée fumerie de crack. Le maire, toutefois, a toujours nié publiquement connaître le jeune homme, qui a été tué dans une fusillade.

-Rob Ford a rudoyé des employés municipaux verbalement, notamment en utilisant des obscénités sexuelles à leur endroit.

Un juge de la Cour supérieure de l'Ontario a autorisé, mercredi, la publication de ces documents supplémentaires qui proviennent de l'enquête sur l'un des amis du maire, Alessandro Lisi, qui a été accusé de trafic de drogue et d'extorsion pour avoir tenté, selon la police, de s'emparer de la fameuse vidéo dans laquelle on voit M. Ford en train de fumer du crack.

Le chef de police n'a pas voulu commenter les nouvelles révélations.

Débat houleux au conseil

Plus tôt mercredi, les deux tiers des conseillers municipaux, y compris plusieurs alliés, ont présenté une pétition, enjoignant M. Ford de quitter son poste, le temps de subir une cure de désintoxication. Ce dernier a admis la semaine dernière qu'il avait déjà fumé du crack. L'instigatrice de la pétition, la conseillère Jaye Robinson, a affirmé que « la réputation de notre ville a été entachée et elle continue d'en souffrir ».

Nombre de conseillers, incluant l'ancien chef du budget du maire Mike Del Grande, ont accusé M. Ford de deux poids, deux mesures, soulignant qu'il avait demandé récemment le renvoi d'un employé municipal qui s'était endormi au travail.

« Vos attentes à l'endroit des autres sont-elles plus élevées qu'à votre propre sujet? »

-- Mike Del Grande, conseiller municipal

Le maire Ford a répété qu'il n'avait aucune raison d'être en convalescence.

Banni du défilé du père Noël

Le comité organisateur du défilé du père Noël, qui aura lieu ce week-end à Toronto, demande au maire Rob Ford de ne pas participer à l'événement cette année, affirmant que sa présence et celle des médias qui le poursuivent vont constituer une « distraction ». M. Ford devrait se contenter de regarder le défilé avec sa famille, selon les organisateurs.

La salle du conseil était pleine à craquer mercredi matin; des dizaines de résidents devaient même se tenir debout.

Quelques dizaines de minutes seulement après le début des échanges, la séance du conseil a été suspendue temporairement, après que le conseiller Minnan-Wong eut demandé au maire de s'excuser, parce qu'il avait, selon ses dires, tenté de l'intimider physiquement alors qu'il voulait discuter avec la présidente de l'assemblée.

M. Ford a nié les allégations.

Le conseiller Minnan-Wong a défendu sa motion contre le maire, affirmant qu'il avait fait preuve d'un « terrible jugement ».

« C'est naïf de croire que tout va bien. Le monde entier nous regarde. Faisons le bon choix. »

-- Denzil Minnan-Wong, conseiller municipal

Le conseiller Doug Ford s'est ensuite porté à la défense de son frère, accusant M. Minnan-Wong d'être un hypocrite. Le conseiller Ford a pressé son collègue à admettre qu'il avait déjà fumé de la marijuana, ce qu'il a refusé de faire, menant à une deuxième interruption de la séance du conseil.

Selon la première motion contre le maire, le conseil municipal enjoint M. Ford à quitter son poste temporairement et à collaborer avec la police, qui cherche depuis des jours à l'interroger. La deuxième motion, dont il ne sera pas question avant vendredi, vise à retirer au maire le pouvoir de remplacer le maire adjoint ainsi que les présidents des différents comités municipaux, s'il persiste à vouloir rester en poste.

Même si une majorité d'échevins votent en faveur du retrait du maire, le conseil n'a pas le pouvoir de le contraindre à quitter son poste, même temporairement.

Une majorité de conseillers a rejeté, mercredi après-midi, l'idée de demander à la commissaire à l'intégrité de la Ville de se pencher sur la question.

Soutien

En plus de son frère Doug Ford, quelques conseillers ont soutenu le maire, mercredi.

Vincent Crisanti a souligné que les services municipaux, comme la collecte des ordures, continuaient à fonctionner.

Pour sa part, son collègue Giorgio Mammoliti est « déçu » par le maire. Mais, selon lui, le débat au conseil sur son sort est du « gaspillage de fonds publics ».

« Certains conseillers le pendraient [maire] sur la place de l'hôtel de ville [s'ils le pouvaient]. »

-- Giorgio Mammoliti, conseiller municipal

De son côté, le conseiller Gord Perks, pourtant un critique du maire, a affirmé qu'il n'était pas du ressort du conseil de décider du sort de M. Ford. « C'est à ça que servent les élections », selon lui.

Plus tôt mercredi, Rob Ford a refusé de commenter un nouveau sondage Ipsos Reid qui indique qu'une forte majorité de Torontois veulent qu'il démissionne. Ce dernier a répondu que « le seul sondage qui compte, c'est celui du 27 octobre 2014 [le prochain scrutin] ».

Pour sa part, le ministre ontarien des Finances, Charles Sousa, a tué dans l'œuf l'idée de destituer le maire, s'il refuse de quitter ses fonctions volontairement. Le ministre a expliqué en entrevue au Toronto Star qu'une telle intervention de son gouvernement « créerait un précédent pour les autres villes ontariennes ».

La vidéo?

Un juge de la Cour supérieure de l'Ontario a pris en délibéré sa décision quant à la possibilité de permettre à l'avocat d'un Torontois accusé de trafic de drogue, qui apparaissait au côté du maire sur une photo prise devant une présumée fumerie de crack, de visionner la fameuse vidéo de M. Ford en train d'inhaler ce dérivé de la cocaïne.

La Couronne indique que l'accusé, Mohammad Khattak, n'est même pas dans la vidéo. Mais son avocat soutient que son client est condamné par association. Le magistrat a lui-même regardé l'enregistrement en privé mardi.

Si le juge Ian Nordheimer accepte de montrer la vidéo à l'avocat, les médias pourraient vite en demander eux aussi une copie.

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