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13/11/2013 04:36 EST | Actualisé 13/01/2014 05:12 EST

Le projet d'oléoduc d'Enbridge est d'abord économique, dit Blanchet

QUÉBEC - Un projet d'oléoduc qui transporterait du pétrole albertain jusqu'au Québec est d'abord un enjeu économique, a déclaré mercredi le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet.

M. Blanchet a affirmé que c'est pour cette raison que sa collègue Élaine Zakaïb, ministre déléguée à la Politique industrielle, pilotera les audiences d'une commission parlementaire mandatée sur le sujet.

«Mme Zakaïb y siège comme ministre du gouvernement puis effectivement, clairement, parce que c'est d'abord un dossier à caractère économique, dans lequel le ministère de l'Environnement intervient pour assurer la sécurité des citoyens», a-t-il dit lors d'un point de presse.

Le ministre de l'Environnement sera entendu parmi les 42 intervenants, tout comme la société Enbridge, qui souhaite inverser le flux de son oléoduc 9b afin d'acheminer du pétrole brut albertain jusqu'aux raffineries montréalaises.

M. Blanchet a reconnu que les principales préoccupations exprimées contre le projet d'Enbridge concernaient des enjeux environnementaux, ce qui n'empêche pas le gouvernement de l'aborder sous l'angle économique.

«Les débats sur le dossier d'Enbridge ont toujours eu une forte orientation environnementale, parce que les inquiétudes sont environnementales, a-t-il dit. S'il n'y avait pas d'inquiétudes environnementales, ça aurait été une négociation sur une base strictement économique.»

En juillet, la ministre des ressources naturelles, Martine Ouellet, avait exprimé sa préoccupation envers le projet d'Enbridge, parce que l'oléoduc transportera du brut tiré des sables bitumineux, une opération qui contribue à la hausse des gaz à effet de serre.

Mercredi, M. Blanchet ne s'est pas avancé aussi loin que sa collègue, qui sera elle-même entendue par la commission parlementaire.

«Il y a des groupes qui vont vouloir intervenir sur l'origine du pétrole, ce que moi, j'ai toujours refusé de faire, a-t-il dit. (...) Je n'interviens pas sur comment ils vont réduire leurs émissions.»

L'an dernier, le prédécesseur péquiste de M. Blanchet, Daniel Breton, avait été le premier membre du gouvernement à sonner l'alarme au sujet de ce projet de l'entreprise, qui a aussi fait l'objet d'audiences de l'Office national de l'énergie (ONÉ), un organisme fédéral.

Par la suite, en novembre 2012, en marge d'une rencontre du conseil de la fédération, la première ministre Pauline Marois et son homologue albertaine Alison Redford avaient convenu de former un comité conjoint pour examiner le projet.

Mercredi, M. Blanchet a déposé un rapport du comité après avoir présenté une motion pour mandater la commission parlementaire de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles.

«Nous avons a priori un préjugé favorable à ce que l'équipement continue à fonctionner, parce que fondamentalement c'est un équipement qui continue à fonctionner, a-t-il dit. Cela dit, pour que ce préjugé favorable se transpose dans un appui concret, il faut qu'on ait la possibilité de garantir les retombées économiques pour le Québec et la sécurité en matière environnementale.»

Le ministre a rappelé que cette décision de mandater la commission parlementaire s'explique par le fait que le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) n'aurait pas la juridiction sur le projet d'Enbridge, qui relève des autorités fédérales.

«Le poids du Québec dans ce dossier-là, il est politique, a-t-il dit. On reconnaît nous-mêmes qu'on ne peut pas d'emblée dire: le BAPE a juridiction.»

M. Blanchet a expliqué que depuis la sortie de M. Breton, l'an dernier, les avis ont évolué au sein du conseil des ministres.

«C'est vraiment la réflexion globale du gouvernement qui a évolué, qui a avancé pour arriver à quelque chose que, moi, je crois exemplaire», a-t-il dit.

Les travaux se tiendront du 26 novembre au 5 décembre. La commission parlementaire rendra son rapport le lendemain, mais sans présenter ses exigences, qui suivront d'ici à ce que l'ONÉ rende une décision dans le dossier, au début de l'an prochain.

Un porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, a affirmé qu'il était réducteur de reléguer les préoccupations environnementales au second plan en présentant le projet d'abord sous un angle économique.

M. Bonin a estimé que la décision de ne pas confier le mandat à la commission parlementaire qui traite des questions environnementales n'est pas un choix innocent.

«Ça envoie un message très clair, d'autant plus que le gouvernement et le ministre de l'Environnement ont réitéré que le gouvernement a un a priori favorable au projet, et ce, avant même d'écouter ce que les participants ont à dire, a-t-il dit. On dirait que la question de l'environnement part avec deux prises contre elle.»

Selon M. Bonin, M. Blanchet aurait pu mandater le BAPE, de la même manière que le gouvernement ontarien vient de confier à son Energy Board, mercredi, la responsabilité d'examiner au cours des prochains mois un projet de Trans-Canada Pipelines, Énergie-Est, qui pourrait aussi passer par le Québec.

«Québec se retrouve pris à faire une commission parlementaire à la va-vite parce qu'il a trop tardé avant d'annoncer sa commission, et ce, sans raison valable», a-t-il dit.

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