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12/11/2013 08:24 EST | Actualisé 12/01/2014 05:12 EST

L'aide humanitaire s'organise lentement aux Philippines

TACLOBAN, Philippines - La nourriture, l'eau et les fournitures médicales arrivent au compte-gouttes à Tacoblan, la ville des Philippines la plus durement touchée par le récent passage du puissant typhon Haiyan, tandis que des milliers de survivants s'entassaient dans un aéroport bondé et désaffecté, mardi, dans l'espoir d'être évacués par les forces de l'ordre.

La situation semble échapper des mains des autorités. Les scènes de pillage sont fréquentes. D'ailleurs, huit personnes sont mortes lorsqu'elles ont été écrasées par un mur qui s'est effondré sur elles lors d'une mise à sac d'un entrepôt de riz sur l'île de Leyte.

Les sinistrés ont l'impression d'être abandonnés.

«Nous avons besoins d'aide. Il ne se passe rien. Nous n'avons rien eu à manger depuis hier après-midi», a lancé Aristone Balute, une femme de 81 ans qui a échoué à embarquer sur un vol pour Manille, la capitale des Philippines. Ses vêtements étaient trempés par la pluie et des larmes coulaient sur son visage.

Sa petite-fille, Mylene, attendait elle aussi à l'aéroport.

«Il n'y a pas d'aide et ils savent qu'il y a une tragédie. Ils savent que nos besoins sont urgents. Où sont les abris? Nous ne savons pas qui est en charge», a-t-elle déploré.

Cinq jours après le passage de Haiyan, qui pourrait bien être la plus meurtrière des catastrophes naturelles à s'être produites sur l'archipel, l'aide humanitaire commençait à s'organiser mais les problèmes logistiques laissent croire que peu de personnes pourront recevoir de l'aide à Tacoblan.

«Il y a tellement de choses que nous devons faire. Nous n'avons pas été en mesure de rejoindre les collectivités éloignées, a déclaré à Manille la responsable des opérations humanitaires de l'ONU, Valerie Amos. Même à Tacloban, en raison des débris et des problèmes logistiques et autres, nous n'avons pas atteint le degré de ravitaillement souhaité. Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour en amener plus.»

Les Nations unies ont lancé un appel à la communauté internationale pour tenter d'amasser quelque 301 millions $ pour venir en aide aux 11 millions de Philippins qui auraient été affectés par cette tragédie.

Un porte-parole de la présidence philippine, Edwin Lacierda, a lui aussi indiqué que des vivres sont acheminés vers la ville et promis que l'aide s'accélérera, maintenant que l'aéroport et un pont vers l'île sont ouverts.

«Nous ne laisserons pas une seule personne derrière, a-t-il promis. Nous serons là pour aider, peu importe à quel point c'est difficile, peu importe à quel point c'est inaccessible.»

Tacoblan, une ville d'environ 220 000 habitants sur l'île de Leyte, a été la plus durement touchée par le passage du typhon, vendredi. La vaste majorité de la ville est en ruines, et le paysage n'est fait que de maisons détruites, de voitures renversées et d'arbres affaissés. Les centres commerciaux et les magasins ont été pillés par des résidants à la recherche d'eau et de nourriture.

La plus forte concentration de victimes se trouverait à Tacoblan et dans les environs, incluant une portion de l'île Samar, non loin de l'île Leyte. Il est possible que certains secteurs touchés par la tempête soient à ce point isolés qu'aucune équipe de secouriste n'y ait encore eu accès.

Un porte-parole de l'armée de l'air philippine, le lieutenant-colonel Marciano Jesus Guevara, a indiqué que trois avions C-130 ravitaillent constamment Tacloban et que plus de 180 000 kilos de biens d'urgence ont jusqu'à présent été livrés. Le manque d'électricité empêche toutefois les appareils de se poser la nuit. Les avions auraient aussi évacué près de 3000 civils de Tacloban, a-t-il poursuivi, ajoutant que le problème le plus criant pour l'instant demeurait la pénurie d'eau potable.

«L'eau, c'est la vie. Si vous avez de l'eau mais pas de nourriture, vous allez quand même survivre», a-t-il soutenu.

Une équipe de Médecins sans frontière est coincée à Cebu, dans l'est du pays, depuis samedi. Un porte-parole du groupe a dit qu'il est difficile d'estimer à quel moment ils pourront quitter à destination de Tacloban, où la tempête pourrait avoir fait 10 000 morts.

«Nous sommes en contact avec les autorités mais l'aéroport (de Tacloban) est réservé à l'armée philippine», a dit par téléphone Lee Pik Kwan.

Un photographe de l'Associated Press qui a circulé dans les rues de la ville a compté plus d'une quarantaine de cadavres abandonnés sur une distance d'environ 7 kilomètres. Rien ne lui a permis de croire que de l'aide sera bientôt distribuée aux sinistrés, même si des vivres commencent à s'empiler à l'aéroport.

Les médecins de Tacloban ont dénoncé un manque flagrant de médicaments. Les équipes médicales de l'armée ont indiqué avoir donné des soins à environ 1000 personnes pour des coupures, contusions ou des blessures plus profondes dans une clinique de fortune installée non loin de l'aéroport.

«Nous sommes complètement dépassés, a reconnu le capitaine Antonio Tamayo. Nous avons besoin de plus de médicaments. Nous ne pouvons pas donner d'injections contre le tétanos parce que nous n'en avons plus.»

Si les survivants sont trop longtemps privés d'eau potable, de nourriture, d'abris et de soins médicaux, les chances qu'une épidémie se propage ne feront qu'accroître et le nombre de personnes mourant des suites de blessures subies pendant la tempête augmentera, ont prévenu des experts.

À Tacloban même, des milliers de personnes campent à l'aéroport et se précipitent sur le tarmac dès qu'un avion se pose, dans l'espoir de pouvoir prendre place à bord pour quitter la région. Les mesures de sécurité mises en place semblent insuffisantes pour contrôler les foules désespérées, et la plupart des gens n'ont pas eu de place sur les avions militaires pour sortir de l'île.

Mardi, le bilan officiel est passé à 1774 morts, mais les autorités préviennent qu'il pourrait éventuellement dépasser les 10 000 morts évoqués jusqu'à présent.

Les cadavres des victimes, en putréfaction, sont laissés sur le bord des routes ou enterrés sous les débris.

Les autorités s'inquiètent par ailleurs de la difficile tâche de retrouver des dépouilles un peu partout dans la zone touchée.

«Cela vous brise littéralement le coeur quand vous les voyez, a lancé un commandant de l'armée aérienne, le major-général Romeo Poquiz. Nous manquons de main-d'oeuvre, d'experts et de camions pour les transporter d'un endroit à l'autre afin de les identifier. Est-ce que nous faisons une fosse commune parce que nous ne sommes plus capables de les identifier? Si nous optons pour une telle fosse, où se trouvera-t-elle?»

À Matnog, des dizaines de camions chargés de vivres attendaient de pouvoir prendre un traversier à destination de l'île de Samag. Dans la capitale, Manille, des soldats empilaient des palettes à bord d'avions C-130 à destination des zones sinistrées. Et le porte-avions américain USS George Washington est attendu sur les lieux jeudi.

Le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie et le Japon, en plus d'organismes comme l'ONU et la Croix-Rouge, comptent parmi ceux qui ont fourni des fonds ou envoyé des secouristes sur place pour venir en aide aux sinistrés.

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