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11/11/2013 08:59 EST | Actualisé 11/01/2014 05:12 EST

Commission Charbonneau: Dupuis se décrit comme honnête et intègre

CEIC

Le contre-interrogatoire de M. Dupuis a démontré une fois de plus que l'ex-directeur général de la FTQ-Construction ne partage pas l'interprétation de la commission sur ses faits et gestes. Il a aussi donné lieu à un affrontement entre le PQ et le PLQ par avocats interposés.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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En réponse aux questions de Me Denis Houle, de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), Jocelyn Dupuis a soutenu que tous les individus dont il a défendu les dossiers auprès du Fonds de solidarité FTQ sont « des personnes honnêtes », notamment le sympathisant Hells Ronnie Beaulieu.

M. Dupuis, dont la commission a confirmé les liens, notamment par des écoutes électroniques, avec des individus liés aux Hells Angels et à la mafia italienne, se défend d'avoir frayé avec des individus louches :

Il nie tout autant que les élections de novembre 2008 à la FTQ-Construction aient été truquées ou qu'il ait pu contrôler le syndicat après son départ par l'entremise du nouveau directeur général Richard Goyette, un ami proche.

Il dément aussi avoir menacé le président de la FTQ Michel Arsenault d'une sortie publique pour ne pas avoir défendu les dossiers Carboneutre ( le mafieux Raynald Desjardins) et Pascal (Ronnie Beaulieu) auprès du Fonds, ou qu'il y ait eu par la suite une entente pour qu'il se taise.

Jocelyn Dupuis a quitté la FTQ-Construction avec une indemnité de départ de 159 000 $.

M. Dupuis a par ailleurs démenti avoir téléphoné à un responsable des enquêtes de la Commission de la construction du Québec (CCQ), Christian Thomassin, pour lui demander d'inspecter des chantiers de LM Sauvé, comme l'a affirmé l'entrepreneur Paul Sauvé lors de son interrogatoire.

Il a cependant admis qu'il avait déjà organisé des rencontres avec des employés de la CCQ, des salariés et des entrepreneurs pour « régler des problèmes au quotidien ».

Le PLQ attaque le PQ sur ses liens avec la FTQ

L'avocat du PLQ, Me Michel Décary, a essentiellement consacré son contre-interrogatoire à faire ressortir les liens, connus, entre la FTQ et le PQ, en interrogeant le témoin sur un extrait de son livre Syndicaliste ou voyou?

Dans cette autobiographie, co-écrite avec Richard Goyette, l'ex-directeur général de la FTQ-Construction affirme que son syndicat a aidé le PQ d'André Boisclair, à la demande de ce dernier, lors des élections de mars 2007.

M. Dupuis confirme que le syndicat a fourni de 200 à 300 bénévoles à travers le Québec pour la pose de pancartes ou pour faire des téléphones. Des centaines de membres de la FTQ ont aussi servi de chauffeurs pour le PQ le jour du vote.

Il soutient que personne n'a été rémunéré pour ces tâches et que rien n'a été payé par la FTQ-Construction dans le cadre de cette campagne. Il affirme aussi que M. Boisclair ne lui a pas promis de contrepartie en échange de son aide.

L'avocat de la FTQ-Construction, Me Laurin, a exprimé son malaise devant les questions de Me Décary, avançant qu'une preuve similaire pourrait être faite que des sections du syndicat ont appuyé à certaines occasions le PLQ.

La commissaire France Charbonneau a cependant jugé les questions pertinentes, soulignant que la commission s'intéresse aussi au financement des partis politiques.

M. Dupuis a reconnu avoir contribué au PQ, mais n'avoir jamais été remboursé par son syndicat pour ces dons.

L'avocate du PQ a répliqué en faisant ressortir que l'appui de la FTQ centrale au PQ lors de cette élection était public et fondé sur des considérations politiques.

Me Estelle Tremblay a souligné que la FTQ avait annoncé son appui au PQ, au terme d'une résolution adoptée en congrès. La FTQ-Construction s'inscrivait donc dans ce mouvement, a convenu M. Dupuis.

Cet appui, affirme M. Dupuis, s'expliquait par l'adoption de lois du gouvernement Charest jugées antisyndicales.

Le PQ revient sur les liens entre Carboneutre et le libéral Tony Tomassi

Me Décary n'a posé aucune question sur l'ex-député et ministre libéral Tony Tomassi, dont M. Dupuis a brièvement parlé lors de son témoignage. Il avait alors admis qu'il savait que le propriétaire de Carboneutre, Domenico Arcuri, « essayait d'utiliser le domaine politique » pour faire avancer le dossier de cette entreprise dont il était le président-directeur général.

C'est plutôt Me Tremblay qui a interrogé M. Dupuis sur les rencontres de Domenico Arcuri avec l'ex-ministre libéral, dont la commission a longuement fait état.

M. Arcuri souhaitait obtenir pour Carboneutre un certificat d'autorisation du ministère de l'Environnement pour décontaminer des sols contenant des métaux lourds.

M. Dupuis n'a pas ouvertement admis que ce certificat, que Carboneutre allait obtenir, allait placer la société en position de monopole puisque le ministère allait cesser d'accorder des dérogations pour enfouir ces sols. Il a néanmoins reconnu que cela lui aurait donné beaucoup plus de travail. 

M. Dupuis dit en savoir peu sur les rencontres entre MM. Tomassi et Arcuri, ou encore avec des membres de l'entourage de l'ex-ministre de l'Environnement libérale, Line Beauchamp. Il ne peut dire non plus si M. Tomassi en a tiré un avantage quelconque.

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction se défend d'avoir « trahi la confiance des travailleurs », comme le suggère Me Tremblay, en ayant utilisé sa fonction « pour faire obtenir à vos amis des investissements du Fonds de solidarité » ou de s'être ainsi mis en situation de conflit d'intérêts.

M. Dupuis est suivi à la barre des témoins par l'homme d'affaires Yannick Payette, un ancien partenaire d'affaires de Louis-Pierre Lafortune. M. Payette et l'ex-vice-président de Grues Guay ont été soupçonnés d'avoir trempé dans un stratagème d'évasion fiscale. Son témoignage se déroule en non-publication.

Les deux hommes ont été visés par une perquisition de l'Agence du revenu du Canada en octobre 2011.

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