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11/11/2013 11:11 EST | Actualisé 11/01/2014 05:12 EST

Commission Charbonneau: Dupuis évoque le PQ et d'ex-ministres libéraux

MONTRÉAL - Jocelyn Dupuis, l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, a confirmé devant la Commission Charbonneau, lundi, qu'il avait rencontré le chef péquiste André Boisclair, en 2007, et qu'entre 200 et 300 syndiqués avaient travaillé bénévolement à sa campagne.

Interrogé par l'avocat du Parti libéral du Québec, Me Michel Décary, M. Dupuis a ajouté que dans chaque région, des syndiqués bénévoles de la FTQ-Construction avaient fait des appels téléphoniques pour le Parti québécois et que certains avaient dispensé des services comme le fait de servir de chauffeurs, le jour du scrutin du 26 mars 2007.

Ces téléphonistes n'étaient «aucunement» rémunérés. «C'est toujours du bénévolat», a-t-il assuré.

La FTQ-Construction n'a pas non plus fait installer de lignes téléphoniques, a-t-il répondu à l'avocat du PLQ qui l'a interrogé à ce sujet. «Dans tous les bureaux de la FTQ-Construction, on a des téléphones, alors ils se servaient de ces téléphones-là. (C'était) en dehors des heures d'ouvrage», a précisé M. Dupuis, avant d'ajouter que certains bénévoles faisaient ces appels à partir de leur domicile.

Un service d'ordre a également été offert bénévolement, a indiqué celui qui a été dg de la FTQ-Construction jusqu'en novembre 2008.

M. Dupuis a précisé qu'il avait rencontré le chef péquiste d'alors, André Boisclair, en compagnie de l'entrepreneur Paul Sauvé, de l'entreprise de maçonnerie LM Sauvé, afin de sensibiliser M. Boisclair à certaines revendications syndicales. M. Dupuis craignait notamment un resserrement de la Loi R-20 qui encadre les relations de travail dans l'industrie de la construction et qui aurait restreint son champ d'application.

«On avait eu des discussions avec l'ensemble des partis politiques. Et c'est sous ce sens-là que j'ai rencontré André Boisclair. Je l'ai sollicité pour que si on avait à faire des revendications, il aurait une oreille attentive. Et il n'y a pas eu d'engagement formel à l'intérieur de ça», a rapporté M. Dupuis.

Interrogé par la procureure du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, M. Dupuis a rappelé que le travail bénévole fait par des syndiqués de la FTQ-Construction faisait suite à l'appui donné ouvertement au Parti québécois par la centrale syndicale, la FTQ. Lors d'une réunion extraordinaire, 1280 délégués de la FTQ avaient en effet choisi d'appuyer le PQ lors de la campagne électorale.

M. Dupuis a assuré qu'aucun bénévole de la FTQ-Construction n'avait été remboursé pour son travail.

Lui-même n'a d'ailleurs pas été remboursé pour les contributions politiques qu'il a faites en son nom personnel au PQ, a-t-il témoigné.

Et les libéraux

Pour écorcher à son tour le Parti libéral du Québec, l'avocate du Parti québécois a fait dire au témoin Dupuis qu'au moins un dirigeant de Carboneutre, Domenico Arcuri, avait participé à une activité de financement organisée par Genivar pour la circonscription de l'ex-ministre libérale Line Beauchamp.

M. Arcuri avait également rencontré l'ex-ministre libéral de la Famille et ex-adjoint parlementaire du premier ministre Jean Charest, Tony Tomassi, pour qu'il fasse un travail d'influence auprès du ministère de l'Environnement pour l'entreprise Carboneutre.

Carboneutre, dans laquelle étaient engagés M. Arcuri et le caïd Raynald Desjardins, cherchait alors à obtenir du ministère un deuxième certificat d'autorisation pour lui permettre de recevoir des sols contaminés aux métaux lourds. M. Tomassi avait rencontré deux membres du cabinet de la ministre de l'Environnement, en compagnie de Dominique Arcuri, a admis M. Dupuis.

Cette rencontre avait d'ailleurs été confirmée devant la Commission Charbonneau par l'ancien directeur de cabinet de la ministre Beauchamp, plus tôt cet automne.

Payé par les ouvriers

À son tour, Me Denis Houle, l'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec _ pourtant une association patronale _, s'est insurgé du fait que ce soient les cotisations des syndiqués à la FTQ-Construction qui aient servi à verser une indemnité de départ à M. Dupuis.

Celui-ci a témoigné du fait qu'il a reçu une somme de 159 000 $ lorsqu'il a quitté plus tôt que prévu son poste de dg de la FTQ-Construction, en novembre 2008, après que la controverse concernant ses notes de frais eut éclaté.

De même, dans les mois qui avaient précédé, le président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, lui avait offert une somme de 500 000 $ à 1 million $ pour qu'il quitte et garde le silence _ une offre que M. Dupuis a déclinée, selon son témoignage.

De plus, l'ancien directeur de la section locale des mécaniciens industriels de la FTQ-Construction, Ken Pereira, lorsqu'il a quitté, a touché une somme de 400 000 $ de la part de la FTQ-Construction.

Prenant exemple de ces trois faits, l'avocat patronal s'est lancé dans une envolée à la défense des syndiqués de la FTQ-Construction. «Vous prétextez que vous avez négocié, vous et les autres membres de l'exécutif ou des sections locales, en faveur des travailleurs. Mais ne vous gênez pas, vous ou les autres dirigeants, pour sortir de l'argent qui appartient aux travailleurs pour verser des indemnités à à peu près tout le monde dont vous voulez vous débarrasser», a lancé Me Houle.

M. Dupuis a répliqué que lorsque la FTQ-Construction a négocié avec Ken Pereira, par exemple, il avait quitté son poste.

Et M. Dupuis a répété qu'il avait toujours travaillé dans le meilleur intérêt de ses membres, citant le fait que la FTQ-Construction avait accru son membership sous sa gouverne.

À la suggestion de Me Houle, M. Dupuis a nié avoir référé des «dossiers empoisonnés» au Fonds de solidarité de la FTQ lorsqu'il était dg de la FTQ-Construction, et même après qu'il eut quitté son poste. «Toutes les personnes que j'ai référées au Fonds étaient honnêtes», a-t-il martelé.

Il a aussi nié avoir bénéficié des «largesses» de l'entrepreneur en construction Joe Borselino, de Construction Garnier, qui lui prêtait un condominium qu'il possédait, et ce, lorsqu'il était encore dg de la FTQ-Construction.

M. Dupuis a finalement terminé son témoignage de six jours devant la commission.

En après-midi, la commission a ensuite tenu ses audiences en non-publication. Elle en a encore pour quelques heures sous interdit de publication mardi.

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