POLITIQUE
10/11/2013 06:15 EST | Actualisé 10/01/2014 05:12 EST

Peut-on faire confiance aux inspecteurs en bâtiment?

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L'achat d'une résidence est considéré comme la transaction la plus importante et la plus stressante. Au Québec, 6 acheteurs sur 10 font appel à un inspecteur en bâtiment avant de conclure cette transaction. Mais peut-on leur faire confiance? Ce n'est pas toujours le cas.

Il y a 13 ans, l'émission La Facture dénonçait le manque de compétence de certains inspecteurs. Qu'en est-il aujourd'hui? Pouvoir évaluer la qualité de leur travail, La Facture a embauché sept inspecteurs en prétextant vouloir acheter une maison.

Les sept spécialistes ont eu à inspecter la même bâtisse. Durant l'opération filmée en caméra cachée, ils devaient informer l'acheteur de certains vices apparents de la résidence, comme des fissures au solage provoquant des infiltrations d'eau.

L'architecte Michel Bastien observe une fissure « légèrement ouverte » et des traces d'eau au sol. « On peut même voir la planche de bois qui est saturée d'eau », fait-il remarquer. Un autre inspecteur indique que des fissures peuvent être cachées et il serait impossible de voir l'infiltration d'eau.

Des sept inspecteurs, seulement deux ont bien décrit le problème.

Au sujet de la toiture en mauvais état, les réponses des inspecteurs varient. L'un d'entre eux signale le problème en soulignant que les bardeaux de toit sont relevés, ce qui permet de conclure à « une mauvaise ventilation de l'entretoit ». Pour l'inspecteur, c'est « une usure prématurée ». Il doit être changé dans les cinq prochaines années.

Un autre inspecteur ne voit aucun changement à faire. Deux inspecteurs sur les sept n'ont pas décelé le problème.

Nous avons soumis le travail des sept inspecteurs à trois experts. 

L'ingénieur Alain Mousseau note « beaucoup d'irrégularités, de grandes variantes dans le travail rendu par ces inspecteurs ».

Pour le technologue Claude Latulipe, « on peut être chanceux, on va tomber sur un bon inspecteur, mais plus souvent on va tomber sur quelqu'un qui est moyen ou médiocre ».

Michel Bastien, architecte, explique que c'est un marché ouvert à n'importe qui. Aucune formation n'est exigée pour devenir inspecteur en bâtiment, un métier qui n'est pas réglementé.

Au Canada, seules les provinces de l'Alberta et de la Colombie-Britannique encadrent le travail des inspecteurs en bâtiment.

Au Québec, les fonctionnaires du ministère des Finances étudient la question depuis trois ans. Au cabinet du ministre, on reconnaît que le projet de loi n'est pas pour bientôt.

D'après un reportage de Nancy Desjardins