POLITIQUE

Le Parti québécois veut mousser sa gestion de l'économie

09/11/2013 04:37 EST | Actualisé 09/01/2014 05:12 EST
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Pauline Marois, premier of Quebec, speaks during an interview in New York, U.S., on Thursday, Dec. 13, 2012. Marois, premier of Canada's second-most populous province, reiterated her aim to move Quebec toward independence and said it values its relationship with the U.S. Photographer: Scott Eells/Bloomberg via Getty Images

MONTRÉAL - Pauline Marois a exhorté samedi l'opposition à mettre fin à l'obstruction parlementaire, reconnaissant à mots couverts l'incapacité de son gouvernement à légiférer en situation minoritaire à l'Assemblée nationale.

Dans son discours d'ouverture, la première ministre a énuméré une série de mesures législatives qui ont été bloquées au Salon bleu par les partis d'opposition: celle sur les mines, celle sur la refonte de la Charte de la langue française ou encore celle sur la création de la banque de développement économique.

«Mon gouvernement s'est montré responsable. Soyez-le vous aussi! Les projets de loi que vous bloquez sont attendus par les Québécois, Cessez de bloquer le gouvernement", a-t-elle martelé.

Mme Marois s'en est surtout prise au Parti libéral du Québec (PLQ), ce qui a suscité de nombreux applaudissements dans la salle montréalaise bondée de militants du Parti québécois (PQ) réunis dans le cadre du conseil national.

Elle a notamment accusé la formation aujourd'hui dirigée par Philippe Couillard de préférer «la constitution de Pierre Elliott Trudeau à la charte de Camille Laurin (loi 101)» en plus de lui reprocher d'avoir une position «radicalement molle» sur le projet de charte de la laïcité.

«Les libéraux sont complètement isolés sur cette question. Ils vont moins loin que le rapport Bouchard-Taylor, qui proposait d'exiger la neutralité religieuse des personnes en situation d'autorité», a-t-elle déploré.

Quelques minutes auparavant, dans les couloirs du Palais des congrès, le président du Conseil du Trésor, Stéphane Bédard, a invité d'éventuels dissidents libéraux à rompre les rangs afin de «ramener à la raison» le PLQ qui, dit-il, défend une position «clientéliste».

«J'invite entre autres le Parti libéral de permettre à ses députés de s'exprimer librement, parce que je sais qu'il y a de profondes divisions actuellement au Parti libéral sur cette charte des valeurs», a-t-il avancé.

«Le chef Philippe Couillard empêche ses députés d'agir librement», a ensuite suggéré M. Bédard.

L'attaché de presse du chef libéral, Harold Fortin, a réitéré samedi qu'il n'y aurait pas de vote libre sur le projet de loi sur la charte, qui a été déposé jeudi au Salon bleu.

«C'est une position de parti», a-t-il tranché à l'autre bout du fil.

«Et la seule vraie dissension, elle est dans la famille souverainiste, a poursuivi M. Fortin. La division des souverainistes a encore fait reculer l'option.»

Si les libéraux ont essuyé plusieurs critiques, la Coalition avenir Québec (CAQ) a été complètement ignorée par Pauline Marois.

Au cours de son allocution, d'une durée d'environ 30 minutes, la leader péquiste n'a pas évoqué une seule fois la deuxième opposition à l'Assemblée nationale, qui stagne en troisième position dans les sondages.

Elle a cependant décoché une flèche en direction de Québec solidaire, à qui elle a reproché de s'être abstenu lors du vote concernant le moratoire sur les gaz de schiste et le projet de loi sur les mines.

«On va revenir à la charge. Avec (la ministre des Ressources naturelles) Martine Ouellet, on ne lâchera pas et on va la faire, la réforme (minière)», a promis la première ministre.

Le PQ souhaite profiter de ce conseil national pour faire valoir que la situation économique est favorable à l'accession à la souveraineté, mais c'est encore le projet de charte des valeurs qui est sur toutes les lèvres.

Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a suggéré samedi matin que les préoccupations identitaires étaient à la base de l'accession à la souveraineté de tous les peuples y étant parvenus et que le projet de charte s'inscrivait dans cette logique.

Et selon M. Marceau, l'option souverainiste se «maintient» depuis l'élection du gouvernement péquiste, il y a maintenant plus d'un an.

Il a néanmoins tenu à spécifier que le fait d'être minoritaire à l'Assemblée nationale ne permettait pas au parti de faire «ce qu'il voudrait», mais que la «faisabilité» de la chose ne faisait plus de doute.

Son collègue Bernard Drainville, qui pilote le dossier de la charte, a par ailleurs assuré que le gouvernement n'avait «aucune intention» de remettre en question le statut de travailleur autonome des médecins.

Mais on ne peut aspirer à faire la neutralité religieuse dans le domaine de la santé «sans demander aux médecins de faire leur part», a plaidé le ministre responsable des Institutions démocratiques.

M. Drainville réagissait à une sortie du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) Gaétan Barrette, qui a dénoncé dans le quotidien La Presse le fait que le ministre considérait les médecins comme des "employés de l'État" et que, par conséquent, ils devaient se plier aux dispositions de la charte.

Les ministres, députés et sympathisants du PQ doivent néanmoins discuter économie samedi et dimanche dans le cadre du conseil national, qui se déroule sous haute surveillance policière.

Il a cependant peu été question, lors de la séance plénière et des ateliers, de l'état actuel des finances publiques dépeint dans un nouveau bilan du ministère des Finances.

Le document, rendu public au cours des dernières heures, montre que le déficit continue de se creuser — au 31 juillet, il atteignait 2,3 milliards $, alors qu'il était de 1,8 milliard $ en septembre 2012.

Pauline Marois et son équipe économique — le ministre Marceau et le président du Conseil du Trésor, Stéphane Bédard, en tête — avaient fait de l'atteinte du déficit zéro un objectif prioritaire depuis que le PQ a été élu, le 4 septembre dernier.

M. Bédard a reconnu lors d'une mêlée de presse qu'il fallait se montrer «réaliste» face à la situation actuelle.

«On ne veut pas avoir de lunettes roses et dire qu'on va rattraper l'écart dans les prochains mois», a-t-il lâché, refusant néanmoins — à l'instar de son collègue Marceau — d'affirmer que le gouvernement faisait une croix sur l'horizon 2013-2014.

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