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08/11/2013 12:05 EST | Actualisé 08/01/2014 05:12 EST

L'urgence de dépenser moins

La F1 vit de plus en plus au-dessus de ses moyens. L'affaire Raikkonen a surpris beaucoup de gens et l'oblige à se remettre en question.

Les tentatives pour baisser les coûts n'ont pas toutes abouti, notamment la proposition d'un plafond budgétaire qui a été écartée par les équipes. Depuis la crise boursière de 2008, les commanditaires sont plus frileux. Et aujourd'hui, les équipes ont du mal à payer leurs factures.

Ainsi, on a appris cette saison que l'équipe suisse Sauber n'avait pas payé son pilote Nico Hülkenberg ni certains fournisseurs. Ces derniers ont entamé des poursuites pour récupérer leur argent. Il y a eu ensuite les révélations du pilote numéro un de Lotus Kimi Raikkonen concernant ses émoluments. Il a fait pression sur son équipe à Abou Dhabi pour qu'elle trouve rapidement une solution.

Plusieurs acteurs de la F1 ont pris note des soucis financiers de Lotus, une équipe qui gagne, marque régulièrement des points (qui valent des dollars) et retarde volontairement ses paiements à son pilote numéro un. Gros malaise.

L'Association des pilotes (GPDA) s'est inquiétée de la situation.

« Il devrait être payé, c'est aussi simple que ça. Il est champion du monde, et il est obligé d'en parler publiquement. La situation est gênante, explique le pilote australien Daniele Ricciardo de l'équipe Toro Rosso au réseau ESPN. C'est clair que des équipes ont des soucis financiers, mais elles doivent régler ça en début de saison. Elles doivent respecter les contrats qu'elles ont signés avec leurs pilotes.

« Je ne crois pas qu'il soit le seul. C'est la discipline reine du sport automobile, et si Raikkonen ne peut pas être payé, c'est que cette discipline est en mauvaise santé. Il faut régler ça, et trouver la solution tous ensemble. Au GPDA, nous discutons du problème. Nous sommes conscients que certains pilotes n'obtiennent pas ce qu'on leur a promis. »

Il y a bien eu des mesures sur le plan technique qui ont fonctionné, comme les restrictions d'utilisation des moteurs et des transmissions durant la saison.

Mais ce n'est pas suffisant, alors que se profile la saison 2014 avec de nouvelles dépenses, en raison des moteurs V6 de nouvelle génération que les équipes doivent acheter et du retour des essais privés auxquels les équipes devront prendre part (certaines ont déjà révélé qu'elles ne pourraient pas y aller, faute de budget).

Le monde de la F1 doit faire face à cette réalité. Bernie Ecclestone n'est pas magicien, et consacre ses énergies à se défendre en Cour. Il dit avoir dépensé 25 millions de dollars en frais d'avocats.

Chacun doit collaborer. Le directeur de l'équipe Mercedes-Benz Toto Wolff dit que c'est la responsabilité de chaque équipe de ne dépenser que ce qu'elle a.

« Comment en arrive-t-on à ne pas pouvoir payer son personnel ou ses fournisseurs? C'est une question de gestion. Je n'ai jamais vu cela. C'est incompréhensible. »

L'ancien champion français Alain Prost, aujourd'hui ambassadeur de la marque Renault, croit qu'il faut travailler à baliser plus serré le règlement technique.

« Il est très tard pour y penser, mais il n'est jamais trop tard, explique-t-il au magazine Autosport. Les budgets sont trop élevés compte tenu des revenus de commandite. Il aurait fallu prendre des décisions bien avant, mais c'est la compétition. Et c'est difficile d'arrêter quelqu'un qui veut dépenser plus s'il en a les moyens. »

« Si vous ne pouvez pas arrêter certains de dépenser, il faut s'y prendre autrement, dit l'ancien propriétaire de Prost GP, qui a fait faillite en 2001. Je ne comprends pas pourquoi on dépense autant sur l'aérodynamique des voitures. Les grosses équipes ont des souffleries, mais il faudrait modifier les règles du jeu en matière d'aérodynamique.

« On pourrait revenir au fond plat (complètement plat), avoir des pneus un peu plus larges, pour que la voiture retrouve une adhérence mécanique. Ce qui réduirait le travail en soufflerie. »

Pour l'ancien directeur technique de l'équipe Jordan, Gary Anderson, il faut pousser les restrictions au châssis.

« Les équipes dépensent beaucoup d'argent à apporter de nouvelles pièces à chaque course, explique-t-il à la BBC. Mais environ 50 % de ses pièces vont aux vidanges, car elles ne fonctionnent pas (sans essais privés en piste, il est difficile de les évaluer).

« Pourquoi avoir un aileron différent pour chaque course? Il faudrait "geler" les voitures pour six courses (pour une saison de 19 à 20 courses). Ainsi, la voiture qui tournerait à Melbourne serait la même jusqu'à Monaco. Aucune modification, seulement du travail de réglages. »

Le patron de l'équipe Lotus, qui a déjà perdu plusieurs éléments importants de son équipe, sans parler de Kimi Raikkonen, résume bien les choses.

« La plupart des équipes ont besoin du soutien financier de leurs actionnaires, sinon elles meurent, rappelle Éric Boulllier. Tout le monde sait que la F1 vit au-dessus de ses moyens. Mais pour être compétitif, vous devez dépenser un minimum, même si ce minimum est 50 % du budget des grosses équipes. » 

« Et ce 50 %, c'est déjà beaucoup d'argent. On ne s'en sort pas, affirme M. Boullier. Il faut que les dépenses baissent et que les revenus augmentent. Il faut faire quelque chose. »

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