NOUVELLES
07/11/2013 09:07 EST | Actualisé 07/01/2014 05:12 EST

Empoisonnement d'Arafat: au tour d'un expert de la Suisse d'y croire

LAUSANNE, Suisse - L'ancien leader palestinien Yasser Arafat a ingéré du polonium radioactif mortel avant sa mort, il y a neuf ans, et son organisme contenait une concentration trop élevée pour que cela puisse être accidentel, ont confirmé jeudi des scientifiques suisses.

Le laboratoire suisse a examiné les restes de M. Arafat, ses sous-vêtements et un sac de voyage qu'il avait avec lui quelques jours avant sa mort dans un hôpital de Paris. Il en vient à la conclusion que la polonium et les concentrations de plomb ne pourraient pas être d'origine naturelle.

La chronologie de sa maladie et de sa mort correspondent aussi à un empoisonnement au polonium, ont dit les chercheurs.

«On ne peut pas accidentellement ou volontairement absorber du polonium — ce n'est pas quelque chose qui apparaît tout simplement dans l'environnement», a dit Patrice Mangin, le directeur du Centre universitaire romand de médecine légale, à Lausanne. Il a ajouté qu'il ne peut déterminer hors de tout doute ce qui a tué M. Arafat, puisque les échantillons biologiques obtenus l'an dernier s'étaient trop détériorés.

«Nos résultats appuient raisonnablement la théorie de l'empoisonnement», a dit François Bochud, le directeur de l'Institut de radiophysique du CHU vaudois de Lausanne, l'organisme qui a réalisé l'analyse. Il a ensuite mis en relief certaines questions sans réponses qui nécessiteront une enquête plus longue.

«Est-ce qu'on peut exclure le polonium des causes de la mort? La réponse est clairement 'non', a-t-il dit. Est-ce que le polonium est certainement la cause du décès? La réponse est non.»

Le polonium est une substance rare et hautement toxique; moins d'un gramme suffit pour entraîner la mort.

Les autorités palestiniennes accusent depuis longtemps Israël d'être responsable de la mort de Yasser Arafat, ce qui est rejeté en bloc par le gouvernement israélien.

La veuve de M. Arafat, Suha, a demandé aux dirigeants palestiniens de réclamer justice pour son mari. Lors d'un entretien téléphonique avec l'Associated Press depuis Doha, la capitale du Qatar, elle n'a pas mentionné Israël, mais a fait valoir que des pays ayant des capacités nucléaires ont accès au polonium.

«Je ne peux accuser qui que ce soit, mais il s'agit clairement d'un crime, et seulement les pays qui ont des réacteurs nucléaires peuvent faire ça, a-t-elle dit. La balle est maintenant dans le camp de l'Autorité palestinienne. Ils doivent trouver les outils et poursuivre l'affaire. Ils peuvent se tourner vers les institutions judiciaires internationales et les tribunaux internationaux.»

M. Bochud a expliqué que du polonium peut être obtenu avec autorisation. Son laboratoire, a-t-il dit, en reçoit en forme liquide à des fins de recherche. Sous cette forme, même une quantité minuscule insérée dans les aliments se révélerait mortelle en un mois.

M. Arafat est mort dans un hôpital français en 2004, mais la cause exacte de son décès n'a jamais été élucidée. Un mois avant sa mort, il était tombé malade dans son quartier général assiégé par les forces israéliennes, en Cisjordanie.

Al-Jazira a mis en ligne le rapport de 178 pages du laboratoire suisse sur les résultats d'analyses de ces échantillons dans lequel on soutient modérément l'hypothèse que la mort ait été due à un empoisonnement au polonium 210.

Des médecins français ont attribué sa mort à un accident vasculaire cérébral, ajoutant qu'il souffrait d'une coagulation intravasculaire disséminée. On ignore toutefois ce qui aurait pu entraîner ce trouble sanguin.

L'an dernier, l'Institut de radiophysique de la Suisse avait découvert des traces de polonium 210, un isotope radioactif mortel, sur certains objets ayant appartenu à M. Arafat. Des échantillons du sol et des os de l'ancien leader avaient ensuite été prélevés de sa tombe, en Cisjordanie.

Un responsable israélien a fait valoir que le pays n'avait aucun intérêt à éliminer M. Arafat à un moment où il avait été écarté de la scène et qu'il était coincé dans son enceinte de la Cisjordanie.

Pour sa part, le président palestinien Mahmoud Abbas a publié un communiqué dans lequel il demande aux autorités palestiniennes de s'assurer que toute la lumière sera faite dans cette affaire.

PLUS:pc