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06/11/2013 10:30 EST | Actualisé 06/01/2014 05:12 EST

Le commissaire Lachance étonné du nombre de criminels que connaît Dupuis

MONTRÉAL - Les nombreuses relations de l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis ont marqué les audiences de la Commission Charbonneau, mercredi. Le commissaire Renaud Lachance s'est lui-même dit étonné du nombre de membres du crime organisé que connaît M. Dupuis.

«C'est assez impressionnant le nombre de personnes du crime organisé que vous semblez connaître», a-t-il lancé.

Comme M. Dupuis a admis que ses rencontres avec eux avaient lieu sans cachette, dans des restaurants en vue de Montréal, le commissaire a demandé au témoin si quelqu'un à la FTQ ou au Fonds de solidarité de la FTQ lui avait déjà fait savoir que ses fréquentations pouvaient nuire à l'image de la FTQ ou du Fonds.

«Il n'y a jamais personne qui est intervenu pour me dire que je rencontrais du monde que je ne devrais pas rencontrer», a assuré M. Dupuis.

Après avoir affirmé que le président de la FTQ, Michel Arsenault, devait être au courant de ses fréquentations douteuses, M. Dupuis a dû se rétracter, après avoir entendu un extrait d'écoute électronique dans lequel lui-même disait que M. Arsenault n'était pas au courant de la présence de Raynald Desjardins dans l'entreprise Carboneutre.

Ce sont les notes de frais de Jocelyn Dupuis _ pour lesquelles il subira un procès _ qui ont constitué l'entrée en matière pour souligner ses nombreuses relations avec des entrepreneurs de tous ordres.

Ces notes de frais, remboursées par la FTQ-Construction, comptaient plusieurs repas au restaurant avec des entrepreneurs pour lesquels il tentait d'obtenir du financement du Fonds de solidarité, et ce, même dans des domaines qui n'avaient rien à voir avec l'industrie de la construction.

Sur un de ces reçus, par exemple, M. Dupuis était au restaurant avec le caïd Raynald Desjardins, de Carboneutre, un dossier dont M. Dupuis faisait la promotion auprès du Fonds de solidarité de la FTQ.

Dans un autre cas, M. Dupuis a défendu le dossier d'une entreprise du secteur pharmaceutique.

«En quoi ces personnes-là sont liées à la FTQ-Construction?» lui a demandé le procureur chef adjoint de la commission, Me Denis Gallant.

«Ça se peut que les personnes qui sont inscrites à l'arrière du reçu, c'était pas présent. Et ça, j'aurai à expliquer ça. C'est des choses qui peuvent arriver», a répondu M. Dupuis.

M. Dupuis a soutenu qu'il faisait partie du mandat des dirigeants des syndicats affiliés à la FTQ de faire la promotion de dossiers d'entreprises auprès du Fonds de solidarité. «L'ensemble des affiliés, peu importe le domaine d'investissement qui serait potable pour le Fonds, on apportait des dossiers au Fonds et on leur demandait de cheminer et de faire des études les concernant», a-t-il dit.

Devant l'énumération des repas avec des entrepreneurs, M. Dupuis a fini par admettre que «100 pour cent du temps, j'étais dans les restaurants» et qu'il peut même être arrivé qu'il prenne l'addition de la table d'à côté.

Mais encore une fois, Jocelyn Dupuis a certifié qu'il faisait ainsi des «relations de travail», que cela était bon pour les travailleurs, et que s'il faisait aussi des démarches pour que ces entrepreneurs obtiennent du financement du Fonds de solidarité, c'était «pour qu'il y ait du rendement au Fonds».

«Le 26 avril 2008 au Centre Bell, est-ce qu'on fait des relations de travail avec Joe Borselino et Rénald Grondin?» lui a demandé Me Galant.

«Absolument! Il n'y a pas de limitations. Je n'avais pas un horaire de 8h à 4h ou 9h à 5h. On était disponible sept jours par semaine et le temps voulu pour effectuer nos relations de travail», a répliqué M. Dupuis.

Il a d'ailleurs admis avoir déjà rencontré le chef mafieux Vito Rizzuto «au Centre Bell, une soirée», de même que ses fils. «J'ai rencontré l'avocat et celui-là qui s'est fait décéder, à quelques reprises au Cavalli», a-t-il admis. Il ne s'est pas rappelé qui lui a présenté les Rizzuto.

Comme le commissaire Lachance, Me Gallant s'est étonné du fait que M. Dupuis ait pu rencontrer tant de gens reliés au crime organisé dans sa vie. «Est-ce que c'est une coïncidence ou M. Bertolo vous présente juste des bandits?» lui a-t-il demandé.

M. Dupuis a rappelé que Johnny Bertolo, un ancien permanent syndical à la FTQ-Construction décédé en 2005, avait fréquenté le milieu criminel et qu'il connaissait donc des gens de ce milieu, qu'il a pu lui présenter. «Il est mort par balles», lui a rappelé Me Gallant.

Le procureur a ensuite fait entendre d'autres extraits d'écoute électronique entre M. Dupuis et Tony Volpato, relié à la mafia, un entrepreneur de Céramiques Tilmar. M. Volpato veut alors présenter à M. Dupuis un ami entrepreneur qui a besoin d'aide et qui sera «bon pour toi».

Mais M. Dupuis ne se souvenait pas de ces conversations, ni de la rencontre prévue dans un chantier, ni de l'entrepreneur qu'il devait lui présenter.

C'est ce qui a fait lancer à Me Gallant: «On a beaucoup de difficulté à savoir pourquoi vous ne vous rappelez pas de ça. Avez-vous peur de ces gens-là?». Et Me Gallant lui a rappelé que la veille, il avait même dit devant la commission qu'il ne connaissait pas M. Volpato.

«J'ai pas peur de personne», a répliqué M. Dupuis.

Avec l'aide de Me Gallant, M. Dupuis s'est finalement souvenu du fait que l'ami de M. Volpato, un entrepreneur prénommé Peter, avait des problèmes avec ses travailleurs sur le chantier, qui accusait des retards, alors qu'il faisait construire un hôtel à Montréal.

M. Dupuis a confirmé être intervenu dans le dossier pour lui rendre service.

«Avez-vous reçu de l'argent pour avoir aidé à ce que les travaux se fassent dans les temps? Est-ce que ce M. Peter ou M. Volpato a évoqué avec vous un montant de 150 000 $ pour vous personnellement et avec M. Desjardins?» lui a demandé Me Gallant.

«Non, non, non», a répondu M. Dupuis.

Son témoignage se poursuit jeudi. L'interrogatoire principal devrait prendre fin en avant-midi, puis les contre-interrogatoires commenceront.

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