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05/11/2013 05:59 EST | Actualisé 06/01/2014 05:12 EST

Commission Charbonneau: la réconciliation Dupuis-Accurso scellée par un chèque

CEIC

Jocelyn Dupuis nie avoir conclu un pacte avec l'entrepreneur Tony Accurso pour qu'il n'aille pas déballer devant les médias des allégations à son endroit, comme il en avait l'intention dans un premier temps. La commission a cependant démontré, chèque à l'appui, que les deux hommes se sont rapidement mis en affaires ensemble.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Des écoutes électroniques du début d'avril 2009 entendues à la commission mardi indiquaient qu'il était prêt rendre publiques des informations sur Tony Accurso et son ami, l'ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée.

Les deux hommes étaient sérieusement brouillés dans la foulée de la querelle qui avait opposé Jocelyn Dupuis au président de la FTQ-Construction Jean Lavallée entre 2007 et 2009. Tony Accurso était alors très proche de Lavallée, une situation que dénonçait vivement Jocelyn Dupuis.

Les entrevues prévues avec Radio-Canada et TVA n'auront cependant pas lieu.

Mais Jocelyn Dupuis nie que ce revirement de situation puisse s'expliquer par une entente qui serait intervenue entre les deux hommes.

« Même s'il me l'avait demandé, je ne l'aurais pas accepté. » — Jocelyn Dupuis sur Tony Accurso

La commission a avancé cette hypothèse forte de preuves que les relations de M. Dupuis avec M. Accurso se sont mystérieusement améliorées dans les mois ayant suivi ces entrevues avortées.

Le procureur en chef adjoint a exhibé un chèque de 56 437 $ émis par Louisbourg Construction à Options Affaires JTP, le 3 décembre 2009, dont M. Dupuis est le seul membre.

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction soutient qu'il aidait M. Accurso à être sélectionné pour une phase du projet Alouette, une aluminerie sur la Côte-Nord. Il avait cependant maintenu, dans un premier temps, que le tout s'était passé en 2010 ou 2011, ce qu'est venue contredire la date inscrite sur le chèque.

Il maintient sinon s'être réconcilié avec M. Accurso lors d'une rencontre qu'il a eue avec ce dernier et M. Lavallée vers la fin du printemps 2009. Et M. Dupuis soutient une fois encore que leur contentieux ne concernait que la relève à la direction de la FTQ-Construction et l'implication de M. Accurso dans les élections de novembre 2008 au syndicat, et non un quelconque intérêt qu'il aurait pu avoir pour le Fonds de solidarité FTQ. M. Dupuis soutient que la question de la relève a été alors réglée.

Il nie de nouveau avoir un temps eu l'intention d'aller devant les médias parce que MM. Arsenault et Lavallée de l'aidaient pas à faire passer les dossiers de ses amis au Fonds, notamment celui de Carboneutre, dirigée en sous-main par le mafieux Raynald Desjardins, et ceux de Ronnie Beaulieu, un de ses amis sympathisant des Hells Angels.

Il dément tout aussi que la rencontre qui aurait eu lieu à l'été 2009 avec le président de la FTQ Michel Arsenault et son prédécesseur Henri Massé ait eu pour objectif de le convaincre de ne pas parler aux médias.

Lors d'une conversation enregistrée le 30 avril dans le cadre de Diligence, M. Dupuis menaçait Michel Arsenault d'aller sur la place publique puisqu'il refuse de l'appuyer dans un dossier lié au Fonds impliquant Ronald Beaulieu.

« Moi, j'va le sortir, m'a sortir publiquement, tabarnak, comme quoi j'avais eu une entente avec vous autres. S'il y faut, j'vais faire une entrevue là-dessus », lui lance M. Dupuis, « C'est pas vrai que je vais lâcher Ronnie Beaulieu là-dessus ».

M. Dupuis laisse entendre dans l'enregistrement qu'il y avait une entente sur ce dossier avec Jean Lavallée, membre du C.A. du Fonds, Yvon Bolduc, qui en était le PDG, et Guy Gionet, PDG du bras immobilier du Fonds.

En affaires avec Accurso

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis brassait des affaires avec l'entrepreneur Tony Accurso à l'automne 2012, révèlent des écoutes électroniques présentées mardi après-midi à la commission Charbonneau. Les détails de cette affaire devraient être abordés d'entrée de jeu ce matin.

Les deux hommes s'étaient pourtant sérieusement brouillés dans la foulée de la querelle qui a opposé Jocelyn Dupuis au président de la FTQ-Construction Jean Lavallée entre 2007 et 2009. Tony Accurso était alors très proche de Lavallée, une situation que dénonçait vivement Jocelyn Dupuis.

Les liens récents entre MM. Dupuis et Accurso, qui restent nébuleux jusqu'à nouvel ordre, ont clairement embarrassé le témoin et son avocat, Jean-Daniel Debkoski, qui ont tenté de faire valoir que ces conversations enregistrées dans le cadre de l'opération Honorer n'avaient aucun lien avec la commission, mais en vain.

La plus intéressante est celle du 17 septembre 2012, qui révèle que Jocelyn Dupuis a appelé Tony Accurso après s'être cogné à la porte des bureaux de Simard-Beaudry. Lorsqu'il comprend que le bureau est fermé, Jocelyn Dupuis s'engage à revenir le lendemain.

« Ouin, c'est parce que c'est une enveloppe qui est pas scellée, hein? À moins que la laisses dans la boîte à malle? » lui demande l'entrepreneur. « Non, non, non, non. J'aime mieux revenir demain », lui répond Dupuis.

« C'est des relations d'affaires que j'ai avec un entrepreneur privé, et non dans le domaine génie civil, travaux publics », a plaidé Jocelyn Dupuis après avoir entendu cet extrait.

« C'est non relié au crime organisé. Je me demande qu'est-ce que la commission a affaire à écouter cette écoute électronique là. » — Jocelyn Dupuis

« C'est parce que Simard-Beaudry est dans notre mandat », lui a répondu le procureur en chef adjoint Denis Gallant, qui mène son interrogatoire. « Ce n'est pas au témoin de parler de pertinence, point à la ligne », a-t-il ajouté.

« Pour moi, on va avoir un problème à soir là-dessus », a rétorqué Dupuis. « C'est quelque chose qui est en dehors du mandat de l'industrie de la construction. [...] Je ne suis plus à la FTQ-Construction, je suis travailleur autonome, j'ai fait des affaires dans le privé avec un entrepreneur. Je ne vois pas pourquoi j'ai à parler de ça ici aujourd'hui. »

Me Gallant a néanmoins poursuivi sa présentation des écoutes électroniques, où l'on comprend que les deux hommes cherchent à se rencontre pour discuter. Il a ensuite lancé au témoin de but en blanc : « M. Dupuis, c'est exact qu'en 2009 vous avez fondé Options Affaires JTP? »

Options Affaires JTP est une firme de relations publiques fondée par en novembre 2009 par Jocelyn Dupuis, qui en est d'ailleurs le seul membre du conseil d'administration, selon un profil de l'ex-syndicaliste présentée par la commission la semaine dernière.

« Madame la présidente, je mentionne que c'est des entreprises privées... », a commencé à répondre Jocelyn Dupuis. « Vous allez répondre aux questions s'il vous plaît M. Dupuis », lui a répondu France Charbonneau.

Me Debkoski a alors volé au secours de son client, en demandant à la présidente de la commission si ces conversations étaient pertinentes pour les travaux. Il avait déjà contesté la pertinence de cet élément de preuve quelques minutes plus tôt.

« On va voir les questions que Me Gallant va lui poser », a-t-elle répondu.

« Je comprends, mais j'aimerais avoir des conversations avec M. Dupuis avant justement qu'il ne vous réponde pas », a encore plaidé Me Debkoski.

« Ça c'est une bonne idée, pour lui expliquer ce qui va arriver s'il ne répond pas », a répliqué France Charbonneau, avant de lever la séance.

Jocelyn Dupuis a déjà admis qu'il avait entretenu des relations étroites avec Tony Accurso. Il a même admis avoir assisté à la mise à l'eau de son bateau, le Touch, en 2004, et y avoir séjourné pendant une semaine en 2005, aux îles Vierges.

Les deux hommes se sont cependant brouillés lors de la querelle pour le contrôle de la FTQ-Construction qui s'est étirée de 2007 à 2009. Avant de présenter les écoutes électroniques de 2012, la commission avait diffusé plusieurs extraits d'autres conversations de Jocelyn Dupuis au printemps 2009, dans lesquelles il menaçait de faire des sorties médiatiques pour dénoncer l'influence de Jean Lavallée et Tony Accurso à la FTQ.

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