POLITIQUE
05/11/2013 12:27 EST | Actualisé 05/01/2014 05:12 EST

Rob Ford : «Oui, j'ai déjà fumé du crack» (VIDÉO/TWITTER)

Après avoir esquivé la question pendant des mois, le maire de Toronto, Rob Ford, a admis, mardi midi, qu'il avait déjà fumé du crack.

Il a précisé qu'il avait inhalé ce dérivé de la cocaïne à une reprise il y a environ un an, sans préciser s'il s'agissait de la seule et unique occasion.

« Oui, j'ai essayé [le crack]. Non, je ne suis pas un toxicomane. »

— Rob Ford, maire de Toronto

Le maire Ford a raconté qu'il était ivre à l'époque et qu'il ne se rappelait pas des détails entourant ce jour fatidique. « Je peux seulement m'excuser maintenant et tourner la page », a-t-il ajouté.

Il a aussi soutenu qu'il n'avait pas menti, qu'il ne se rappelait pas qu'une vidéo avait été filmée, réclamant à nouveau que les extraits vidéo en possession de la police soient rendus publics. La police a expliqué dans le passé qu'il revenait aux tribunaux de décider quand la vidéo serait rendue publique, étant donné qu'il pourrait s'agir d'un élément de preuve dans le procès pour extorsion d'un ami du maire, Alessandro Lisi.

Jusqu'à aujourd'hui, le maire avait toujours nié l'existence d'une telle vidéo. Il maintenait qu'il « ne prend pas de crack ».

La fin?

Rob Ford demeure en poste pour l'instant. Il a raconté au Toronto Sun que sa confession le soulageait d'un grand fardeau et qu'il était maintenant prêt à tourner la page et à continuer à travailler.

« C'est comme si j'avais 1000 livres de moins à porter », a-t-il dit.

Mais nombre de conseillers municipaux, y compris des membres de son comité exécutif, lui demandent de démissionner, du moins temporairement.

« Le cirque dure depuis plusieurs jours. Le moment est venu pour le maire de prendre une pause. »

— Denzil Minnan-Wong, membre du comité exécutif

La conseillère municipale Jaye Robinson a affirmé, elle, que le maire « n'a plus aucune crédibilité ».

Sa collègue Kristyn Wong-Tam a renchéri en disant que « le maire Ford a toujours affirmé qu'il représentait l'homme ordinaire ». « L'homme ordinaire, a-t-elle tweeté, ne fume pas de crack, d'après ce que je sais ».

Pour sa part, la première ministre de l'Ontario Kathleen Wynne se dit préoccupée par la situation à l'Hôtel de ville, mais n'a pas voulu dire si Rob Ford se devait maintenant de démissionner.

« C'est difficile pour la Ville de fonctionner », s'est-elle contentée de répondre.

Pour sa part, le maire d'Ottawa Jim Watson dit que la décision de démissionner ou pas « revient au maire et à sa conscience ».

Cette bombe politique survient alors que certains conseillers municipaux cherchaient déjà à déposséder le maire de certains de ses pouvoirs. La motion contre lui, qui doit être présentée devant le conseil municipal le mois prochain, si le maire ne démissionne pas d'ici là, l'isolerait ni plus ni moins à l'Hôtel de ville.

Selon la motion, le maire adjoint et les présidents actuels des différents comités municipaux resteraient en poste jusqu'aux prochaines élections municipales dans un peu moins d'un an.

La nouvelle fait le tour du monde

La BBC au Royaume-Uni a mis la nouvelle à la une de son site Web.

Il s'agit aussi d'une manchette de dernière heure sur CNN.com.

Le Monde titre de son côté que « Le maire de Toronto reconnaît avoir fumé du crack »

De son côté, le frère du maire et conseiller municipal Doug Ford avait multiplié les interviews mardi matin, accusant le chef de police de ne pas être impartial et demandant qu'il quitte ses fonctions, du moins temporairement. Ce dernier veut porter plainte contre le chef Bill Blair auprès du Bureau du directeur indépendant de l'examen de la police. Selon lui, M.Blair est « le chef de police le plus politisé que nous ayons eu ». « Il a un parti pris contre le maire », a-t-il ajouté.

La semaine dernière, le chef de police a révélé qu'il avait en sa possession des extraits vidéo dont les « images corroborent celles qui ont précédemment été décrites dans la presse », faisant référence à la vidéo controversée que le Toronto Star et le site américain Gawker disaient avoir vue en mai dernier et dans laquelle on apercevait un homme ressemblant au maire en train d'inhaler ce qui semblait être du crack.

Le chef Blair avait aussi affirmé lors de son point de presse, jeudi dernier, qu'il était « déçu en tant que citoyen de Toronto et pour la réputation de la ville ».

Le conseiller municipal Doug Ford a dit, mardi, qu'il s'agissait de « commentaires personnels inacceptables », alors que Rob Ford n'a été accusé de rien.

Le conseiller Ford a aussi reproché à un membre de la Commission des services de police de Toronto, Andrew Pringle, d'être dans une situation « massive de conflit d'intérêts », après qu'il eut effectué un voyage de pêche avec le chef Blair il y a des mois. « On ne peut pas avoir l'ami de pêche du chef qui siège à la Commission », qui a pour mandat de superviser le corps policier et son chef, en plus de lui allouer un budget.

Bill Blair ne bronche pas

La police n'a pas voulu commenter la confession du maire Ford au sujet de sa consommation d'une substance illégale, se contentant de répondre que ces « renseignements seront remis aux enquêteurs ».

Plus tôt mardi, le chef de police avait répondu à l'attaque de son frère, le conseiller Doug Ford, en disant qu'il continuerait à faire son travail.

« C'est important pour le service policier de ne pas répondre à ces attaques personnelles. »

— Bill Blair, chef de police

Le porte-parole du chef Blair, Mark Pugash, a ajouté que « notre travail est d'enquêter sans peurs ou traitement de faveur ».

Pour leur part, nombre de conseillers municipaux, comme John Filion, ont affirmé que cette dernière attaque « dépassait toutes les bornes ». « Ils [clan Ford] essaient de polariser la ville d'une manière tellement dangereuse », a-t-il ajouté.

Même l'allié du maire et conseiller municipal Denzil Minnan-Wong affirme que la situation a atteint un « bas-fond ». Il a réitéré, mardi, son appui au chef de police.

« Toronto est devenue comme Gotham City. »

— Denzil Minan-Wong, président du comité des Travaux publics

Le surnom de Gotham City, donné initialement à la ville de New York, symbolise la déchéance urbaine, qui a servi de toile de fond notamment aux aventures du superhéros Batman.

Appui provincial?

Lors d'un point de presse lundi matin avec le chef de police sur l'alcool au volant, le ministre ontarien des Transports, Glen Murray, a vanté son « intégrité » et son « leadership ». « Je vous tiens en plus haute estime, a ajouté le ministre Murray, et vous avez toute ma confiance ».

Banni du gala du chef

Par ailleurs, Doug Ford s'était plaint, mardi, du fait que son frère s'était fait dire de ne pas se présenter cette année au gala annuel du chef de police.

Au bureau du maire, on affirme que les organisateurs de l'événement prévu pour mercredi ont retiré, lundi, l'invitation qui lui avait été offerte et qu'il n'y assistera pas.

Le coorganisateur du gala rétorque qu'il a simplement appelé le chef du personnel de Rob Ford pour discuter de sa présence à l'événement et que ce dernier a compris qu'il y avait là un problème « d'image ». Mais, jamais, selon Brian Moniz, son invitation a été annulée.

« Ce n'est pas le gala personnel du chef, [c'est pour les victimes de crimes], a répondu Doug Ford. S'il veut faire de la politique, qu'il se présente à la mairie ».

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