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05/11/2013 11:07 EST | Actualisé 05/01/2014 05:12 EST

Jocelyn Dupuis recule sur l'influence de Tony Accurso sur le Fonds et la FTQ

MONTRÉAL - Après que la Commission Charbonneau eut entendu plusieurs extraits d'écoute électronique dans lesquels Jocelyn Dupuis dénonçait l'influence de l'entrepreneur Tony Accurso, M. Dupuis a reculé, mardi, niant qu'il ait pensé que M. Accurso avait une mainmise sur le Fonds de solidarité, avec l'aide de son ami Jean Lavallée, à l'époque président de la FTQ-Construction.

Interrogé par le procureur chef de la commission, Me Denis Gallant, Jocelyn Dupuis, l'ancien directeur général de la FTQ-Construction, a soutenu qu'il était faux de prétendre que M. Accurso contrôlait le Fonds de solidarité de la FTQ à l'époque.

Pourtant, dans un extrait d'écoute électronique que la commission venait tout juste d'entendre, M. Dupuis affirmait que même si lui aussi s'était rendu sur le yacht de Tony Accurso, il n'était pas d'accord pour que M. Accurso «contrôle tout».

Dans cette même conversation du 1er avril 2009 avec son successeur et fidèle allié Richard Goyette, Jocelyn Dupuis annonce qu'il a décidé de vider son sac contre Ken Pereira, qui l'a dénoncé pour ses notes de frais, contre Jean Lavallée et contre Tony Accurso dans une entrevue de 15 minutes avec Pierre Bruneau, lecteur de nouvelles au réseau TVA.

Puis le 2 avril, Dupuis annonce à un autre ami qu'il va vider son sac au reporter Alain Gravel, de Radio-Canada, dans une émission spéciale d'Enquête.

Dupuis promettait que ces hommes «vont en manger une maudite», qu'ils vont «se faire ramasser» quand il va révéler tout ce qu'il sait aux médias.

Pourtant, Dupuis n'a rien fait. Ces entrevues n'ont finalement jamais eu lieu. Et la commission cherche encore à savoir ce qui s'est passé pour qu'il change d'idée.

Interrogé par Me Gallant, M. Dupuis n'a pas voulu dire ce qu'il était prêt à déballer à la télévision contre ces hommes.

Il a prétendu qu'il voulait seulement y parler des conflits internes à la FTQ-Construction, du refus des fidèles à Jean Lavallée de se rallier, après que le camp des fidèles à Dupuis eut remporté l'élection, en novembre 2008.

Me Gallant a exprimé son scepticisme. D'autres extraits d'écoute électronique démontrent que M. Dupuis était frustré de la proximité entre Jean Lavallée et Tony Accurso, qui a bénéficié du soutien financier du Fonds de solidarité pour ses entreprises. Dans d'autres extraits, il prétend que Tony Accurso peut faire nommer des vice-présidents à la FTQ.

Les temps ont changé. M. Dupuis a admis que depuis sa brouille avec Tony Accurso, il s'est réconcilié avec lui.

Me Gallant a d'ailleurs fait entendre d'autres extraits d'écoute électronique, beaucoup plus récents, qui datent de septembre et octobre 2012. Visiblement, M. Dupuis ne parle plus contre M. Accurso, puisqu'il y est question de remise d'une enveloppe non scellée et des deux hommes qui veulent aller déjeuner ensemble.

Me Gallant a demandé à M. Dupuis s'il était vrai qu'en 2009, il avait fondé l'entreprise Option affaires JTP, laissant ainsi planer une possible relation d'affaires que M. Dupuis pouvait entretenir l'an dernier avec M. Accurso.

Mais M. Dupuis lui-même s'est objecté à l'idée de répondre à la question, affirmant à la juge France Charbonneau que c'était sa vie privée avec un entrepreneur privé, que cela n'avait rien à voir avec le mandat de la commission et que lui n'avait plus rien à voir avec la FTQ-Construction.

La juge Charbonneau a invité l'avocat de M. Dupuis à lui expliquer «ce qu'il pourrait arriver s'il ne répond pas» à la question mercredi.

1 million $ pour son silence

Plus tôt dans la journée, M. Dupuis a aussi relaté qu'après que ses notes de frais eurent été dévoilées par Ken Pereira en 2008, Jean Lavallée lui a offert 500 000 $, puis 700 000 $, puis 1 million $ pour qu'il quitte. Il a refusé l'offre.

Il n'a pu dire de qui ou de quelle organisation proviendrait l'argent s'il avait accepté. «C'est un monsieur qui voulait acheter votre silence?» lui a demandé Me Gallant.

«Il voulait vous payer pour ne pas que vous sortiez vos as? La raison pourquoi on vous offrait 1 million $, c'était pour que vous vous taisiez et que vous partiez en silence?» lui a demandé la juge France Charbonneau.

«Et eux autres restaient à la FTQ-Construction comme dirigeants», a complété M. Dupuis, acquiesçant ainsi à la question.

Caché Desjardins

En matinée, M. Dupuis avait admis avoir caché au Fonds de solidarité de la FTQ et à Michel Arsenault que le caïd Raynald Desjardins était derrière l'entreprise Carboneutre qui sollicitait l'aide financière du Fonds.

Et si M. Dupuis l'a caché, c'est parce qu'il savait que si le Fonds et le président de son conseil d'administration Michel Arsenault l'avaient su, le Fonds aurait décidé d'emblée de ne pas investir dans cette entreprise de décontamination des sols. M. Dupuis faisait pression depuis des mois sur le Fonds pour qu'il prête des millions de dollars à l'entreprise Carboneutre.

«C'est volontairement que je l'ai fait, que je n'ai pas transmis comme quoi Raynald Desjardins nous aidait (avec Carboneutre) parce que le Fonds, si j'avais dit que Raynald Desjardins était une personne qui nous aidait, le Fonds aurait été fermé à cette entreprise-là ou d'autres personnes», a admis M. Dupuis.

Quant à M. Arsenault, M. Dupuis affirme le lui avoir caché parce qu'il est moins ouvert que lui et qu'il n'aurait peut-être pas accepté de donner une occasion de réhabilitation à Raynald Desjardins.

M. Dupuis a toutefois convenu que le président de la FTQ-Construction à l'époque, Jean Lavallée, était au courant de son amitié avec Raynald Desjardins. «Je pense que l'ensemble de la FTQ-Construction le savait», a-t-il dit.

Et Jean Lavallée, lui, savait précisément que Raynald Desjardins était derrière l'entreprise Carboneutre.

Mais, de toute façon, le Fonds n'a finalement jamais investi dans Carboneutre.

Me Gallant a noté que le dossier Carboneutre de Raynald Desjardins n'était pas le seul dont il avait fait la promotion.

«Casper Ouimet fait partie du crime organisé et vous avez quand même poussé ses dossiers?» lui a demandé Me Gallant.

«Pour moi, le crime organisé, ça ne fait pas partie de mes principes de vie, mes principes de vie c'est d'aider du monde», a rétorqué M. Dupuis.

Son témoignage se poursuivra mercredi.

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