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04/11/2013 01:50 EST | Actualisé 04/11/2013 01:54 EST

Turquie: Erdogan crée la polémique en critiquant la mixité des résidences étudiantes

AP

ANKARA - Le premier ministre islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a créé une nouvelle polémique sur la place de la religion dans la société turque en critiquant la mixité dans les résidences étudiantes, des propos démentis par le gouvernement.

"Les étudiants filles et garçons ne peuvent pas vivre dans une même maison, c'est contraire à notre structure qui est conservateur-démocrate", a lancé dimanche M. Erdogan, cité lundi par des journaux, devant les cadres du Parti de la justice et du développement (AKP) réunis à Kizilcahamam, dans la banlieue de la capitale Ankara.

Selon les quotidiens Radikal et Zaman, il a ajouté que son gouvernement allait "d'une manière ou d'une autre superviser" cette question, sans toutefois précisé si les résidences étudiantes mixtes, de plus en plus rares à travers la Turquie, seraient désormais séparées.

A l'issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Bülent Arinç a démenti les paroles attribuées au premier ministre, dénonçant des "déclarations inventées".

"Ces propos n'ont rien à voir avec la réalité", a insisté M. Arinç devant la presse, "nous n'avons absolument pas l'intention de procéder à un contrôle" des résidences étudiantes.

Sitôt rapportés dans la presse, les propos de M. Erdogan ont suscité la polémique sur les réseaux sociaux, où de nombreuses voix ont dénoncé une attaque contre la vie privée.

"Le gouvernement turc conduit par l'AKP a besoin d'être sauvé avant qu'il ne soit trop tard. Erdogan semble pousser le parti vers un point de non-retour", a ainsi réagi Mohamed Hemish sur son compte Twitter.

"Le démocratisation de la Turquie d'Erdogan l'autoritaire est une plaisanterie. Atatürk (Mustafa Kemal, fondateur de la Turquie moderne, ndlr) se retournerait dans sa tombe", a renchéri un autre adepte du site de microblogging, Wim van Wegen.

"Recep, tu menaces un peu trop. Tu dois comprendre que la Turquie n'est pas l'Arabie saoudite", a lancé un lecteur au pseudonyme de "Alkan Alkan" sur le site internet du quotidien turc de langue anglaise Hürriyet Daily News.

Un dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP), principal mouvement d'opposition pro-laïque au Parlement turc, a demandé à M. Erdogan de s'expliquer sur ces propos.

"Voulez-vous dire par supervision que vous entendez aussi procéder, comme le fait la police des moeurs en Iran, à un contrôle vestimentaire des étudiants. N'est-ce pas une attaque contre la vie privée ? Les étudiants sont assez grands pour décider eux-même de leur vie", a déclaré Umut Oran, influent député du CHP au Parlement.

Au pouvoir depuis 2002, M. Erdogan est accusé de vouloir "islamiser" la Turquie, à très forte majorité musulmane mais officiellement laïque depuis la fondation de la République en 1923, en multipliant les références de plus en plus visibles à l'islam.

Lors de la fronde politique sans précédent qui a secoué le régime turc en juin, de nombreux manifestants qui ont défilé dans les rues des grandes villes du pays ont stigmatisé une nouvelle loi limitant la consommation et la vente d'alcool.

Dans le cadre d'une série de mesures destinées à "démocratiser" la Turquie, M. Erdogan a récemment autorisé les députées à porter le voile au Parlement.

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