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04/11/2013 07:39 EST | Actualisé 04/01/2014 05:12 EST

Santé Canada blâmé pour la ruine d'une entreprise familiale

Une Manitobaine poursuit le gouvernement fédéral pour 102 millions de dollars, clamant que Santé Canada a provoqué la fermeture de son entreprise avec des retards et des tests mal faits.

L'entreprise familiale de Cheryl Swarath, NorthRegentRX, avait le permis pour importer et revendre une alternative naturelle et sans prescription au Viagra, appelée Libidus. Les ventes annuelles de ce produit, à leur apogée en 2005, atteignaient plus de 1 million de dollars.

La femme d'affaires de Gonor, au Manitoba, indique que tout s'est gâté l'année suivante. L'agence américaine qui réglemente les aliments et les médicaments, la FDA, s'est attaquée aux produits similaires au Libidus vendus en ligne. La FDA a acheté un produit commercialisé comme étant du Libidus, l'a testé et y a trouvé des traces de Viagra, ce qui en faisait un produit illégalement vendu comme produit naturel.

D'après Mme Swarath, il s'agissait d'une piètre imitation et non du produit du manufacturier malaisien qui l'approvisionnait.

Santé Canada s'en mêle

La FDA a communiqué avec Santé Canada, qui a décidé de tester le produit que vendait NorthRegentRX. Ces tests ont conclu qu'il ne contenait pas de Viagra ou d'autres produits pharmaceutiques. Pourtant, en raison d'autres anomalies dans les résultats, Santé Canada a voulu faire d'autres tests.

Peu après, le ministère a ordonné à NorthRegentRX de demander aux 700 détaillants qu'elle avait comme clients de retirer le Libidus de leurs étagères.

Rien de concluant

Des mois ont passé, dit l'entrepreneure, sans que Santé Canada montre de résultats concluants qui justifiaient ses actions. Mme Swarath s'est trouvé un manufacturier canadien, autorisé par Santé Canada, mais le ministère n'était toujours pas satisfait du produit. NorthRegentRX a souffert d'autres délais bureaucratiques, de rappels et de saisies. En 2010, ruinée, l'entreprise a mis la clé sous la porte.

Mme Swarath a embauché un ancien chimiste de Santé Canada pour tester le produit de façon indépendante. Celui-ci n'a trouvé aucune trace de produit pharmaceutique et a conclu que les résultats de Santé Canada étaient corrompus. Un autre expert était du même avis.

Le député fédéral conservateur James Bezan a écrit au premier ministre Stephen Harper. La lettre parlait de « preuves irréfutables d'erreurs commises » et d'« injustice grave ». Rien n'y a fait, dit Mme Swarath.

Des erreurs connues, selon une note

Une note gouvernementale interne qu'a obtenue la dame semble suggérer que Santé Canada était au courant de ces erreurs. « Cette enquête trouvera probablement un certain nombre de faiblesses dans la division », écrit Julie Desrosiers dans un courriel sur le dossier NorthRegentRX, en 2007.

« Ces faiblesses nous empêchent d'appliquer nos principes départementaux de transparence et d'équité, sans mentionner qu'ils exposent aussi la division au risque d'une poursuite », peut-on lire ensuite.

L'équipe de Go Public de CBC a trouvé un produit naturel de santé similaire, vendu grâce à l'assentiment de Santé Canada, dans lequel a été détecté du Cialis, un produit pharmaceutique. Durazest for Men a fait l'objet de deux rappels en 2010 et 2011, mais son distributeur fait toujours affaire.

Go Public a demandé à Santé Canada d'expliquer la situation. Le ministère a indiqué qu'il répondrait. Il ne l'a jamais fait.

D'après un reportage de Kathy Tomlinson et l'équipe Go Public

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