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04/11/2013 05:53 EST | Actualisé 04/01/2014 05:12 EST

Mohammed Morsi refait surface après quatre mois en détention secrète

LE CAIRE, Égypte - Émergeant de quatre mois de détention secrète, le président égyptien islamiste déchu Mohammed Morsi a refusé lundi de reconnaître l'autorité du tribunal devant lequel il est traduit en justice, affirmant qu'il demeure le leader légitime du pays et que ceux qui l'ont renversé devraient faire l'objet d'accusations.

Le procès, qui a été ajourné jusqu'au 8 janvier après de multiples interruptions, représentait la première apparition publique de Morsi depuis qu'il a été chassé du pouvoir par l'armée le 3 juillet. L'audience visait à calmer les dénonciations internationales dont fait l'objet le nouveau régime quant au secret qui entoure cette affaire.

Mais le rejet de tout le processus par Morsi démontre que cette tentative ne fera rien pour résoudre le nouveau conflit qui frappe le pays le plus peuplé du monde arabe.

Morsi a été transporté par hélicoptère jusqu'à l'enceinte policière où se déroulait le procès, avant d'être transféré vers la salle d'audience par minibus. Le procès n'a pas été télédiffusé en direct, mais la télévision publique a plus tard diffusé des images de l'ancien leader, vêtu d'un habit sombre et flanqué de deux policiers, qui descendait du véhicule.

Morsi a refusé de porter un uniforme de détenu. Il était plutôt vêtu d'un complet mais ne portait pas de cravate. En comparaison, ses 14 co-accusés, tous des membres bien en vue des Frères musulmans, portaient l'uniforme pénitentiaire blanc. Ils ont formé deux lignes, comme une haie d'honneur, et ont applaudi quand Morsi est arrivé.

Les images n'étaient pas accompagnées de son. Les journalistes qui ont assisté à l'audience avaient dû laisser leurs caméras, ordinateurs et téléphones portables à la porte, alors que les autorités tentaient de contrôler étroitement l'information pour éviter toute nouvelle violence à l'extérieur.

Les journalistes et vidéastes indépendants n'ont pas été admis dans la salle d'audience.

Morsi et ses co-accusés sont soupçonnés d'avoir incité les meurtres de manifestants qui s'étaient rassemblés devant le palais présidentiel en décembre, pour réclamer l'annulation d'un référendum sur une nouvelle constitution islamiste. Des membres des Frères musulmans avaient attaqué une manifestation assise, entraînant la mort de 10 personnes.

Morsi et les autres accusés sont passibles de la peine de mort s'ils sont reconnus coupables.

Celui qui compte parmi les principaux dirigeants des Frères musulmans depuis longtemps a refusé de reconnaître la légitimité du procès et a déclaré avoir été contraint de se présenter.

«Les auteurs de ce coup militaire doivent répondre à la justice en respect avec la Constitution. Je suis le président de la république et je suis ici contre mon gré», a-t-il lancé au tribunal pendant que les co-accusés scandaient «à bas le coup militaire».

Des partisans des deux camps s'étaient massés à l'extérieur de l'académie de police. Les partisans de Morsi agitaient sa photo et des affiches montrant une main ouverte et quatre doigts — le symbole d'une manifestation assise qui a été écrasée par la force en août. Ils ont aussi scandé des slogans hostiles au leader militaire qui a orchestré le coup, le général Abdel-Fattah el-Sissi.

Les policiers ont tiré des coups de semonce et lancé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui s'étaient rassemblés au Caire et à Assiout.

Le début de l'audience a été retardé de deux heures quand Morsi a refusé de porter l'uniforme des prisonniers. Le juge a ensuite dû suspendre les procédures à deux reprises en raison des chants à l'extérieur.

Plusieurs groupes de défense des droits de la personne se sont inquiétés de l'équité de ce procès.

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