Dominique Anglade, ex-candidate vedette de la Coalition Avenir Québec (CAQ), a quitté la présidence du parti vendredi dernier pour prendre la tête de Montréal International. Le Huffington Post Québec en a profité pour discuter avec elle de son court passage en politique, de l'avenir du Québec et de la place des minorités visibles en affaires.

Arrivée en politique en janvier 2012, Dominique Anglade est ingénieure de formation et détentrice d'un MBA des HEC Montréal. Elle avait auparavant fait une carrière remarquée chez Procter & Gamble, Nortel Networks et la firme de consultants McKinsey. En septembre dernier, elle a été recrutée comme PDG de Montréal International, un organisme qui vise à attirer des investissements étrangers dans la métropole.

Alors que la Coalition avenir Québec tire de la patte dans les sondages (15% à la fin octobre) et que Jacques Duchesneau, une autre vedette de la CAQ, refuse de s'engager à se présenter aux prochaines élections, plusieurs se demandent si Dominique Anglade abandonne un navire qui coule. La principale intéressée rejette l'idée du revers de la main. «Après les élections [en septembre 2012, NDLR], j'ai promis à François Legault de terminer mon mandat, qui prend fin en novembre», explique-t-elle. La femme de 39 ans souhaitait également profiter de son congé de maternité, mis en veilleuse en raison de son implication en politique.

«Présidente du parti, c'est un travail bénévole, souligne-t-elle. À un moment donné, il faut que je retourne sur le marché du travail.»

Pour Dominique Anglade, Montréal International lui permettra de combiner ses deux passions: la politique et le développement d'affaires.

Retour sur la défaite de la CAQ

Après un retour en politique triomphal (il trônait alors dans les sondages), l'étoile de François Legault a rapidement pâli. Aux élections de septembre 2012, la CAQ a fait élire 19 candidats, loin derrière le PQ (54) et le PLQ (50). Dominique Anglade attribue cette mauvaise performance à la «peur du changement» des électeurs. «On a tapé beaucoup sur le clou du changement, mais pas assez sur "pourquoi"», dit-elle. Si le parti a beaucoup insisté sur l'importance de faire le «ménage», dit-elle, la CAQ n'a pas suffisamment expliqué sa vision des choses.

C'est la raison pour laquelle le chef du parti, François Legault, a planché pendant trois mois sur un livre qui détaille son «Projet Saint-Laurent», sa vision d'une sorte de Silicon Valley le long du fleuve entre Montréal et Québec.

Elle se dit toutefois très fière des 27% obtenus par la CAQ à l'élection de l'an dernier. «On a vraiment tiré notre épingle du jeu pour un parti qui avait six mois d'existence.» En termes de voix exprimées, le PQ a obtenu 32% et le PLQ 31%.

Charte: un projet qui divise

Sur le projet de loi de Charte des valeurs québécoises, qui déchaîne les passions depuis le début de l'automne, Dominique Anglade offre son point de vue d'enfant d'immigrants. Ses parents ont fui le régime Duvalier, en Haïti, dans les années 1970. Elle a elle-même vécu trois ans en Haïti au cours de son adolescence.

Elle déplore le débat «divisif» lancé par le gouvernement Marois. «On insiste sur les signes ostentatoires, mais [on parle peu] de ce qu'on devrait faire pour vraiment intégrer les immigrants à notre société. Même s'ils veulent suivre des cours de français, il n'y en a pas! Les cours sont bondés ou il n'y a pas assez de profs. Est-ce que ça ne devrait pas être ça notre priorité? D'investir massivement en matière d'intégration quand ils arrivent?»

Cette approche, juge-t-elle, serait beaucoup plus rassembleuse. «Il n'y a pas personne qui serait contre ça!»

Dominique Anglade endosse évidemment la position de la CAQ sur la Charte, qu'elle a aidé à rédiger: l'interdiction de symboles religieux devrait se limiter aux personnes en position d'autorité, tels les policiers et les juges.

Minorités et affaires

Au cours d'un débat à la mairie de Montréal, les candidats ont souligné la faible présence des communautés culturelles dans les milieux d'affaires. Une observation partagée par Dominique Anglade. «Il y a un travail de diversité à faire, dit-elle. Ce n'est pas rare que j'arrive dans des soirées du milieu des affaires et c'est blanc... il n'y a pas de minorités.»

«Il faut que les gens se posent la question par rapport à la diversité, croit-elle. C'est important parce que ça peut apporter un éventail d'opinions.» Des études, rappelle-t-elle, démontrent que des entreprises aux conseils d'administration diversifiés performent mieux. «Cette diversité-là t'amène des éléments que tu n'as pas vus dans un monde de plus en plus globalisé.» Dominique Anglade estime que les entreprises québécoises ne sont pas suffisamment sensibles à la plus-value de cette diversité. À l'inverse, il faut aussi que des individus issus des minorités ethniques tentent leur chance afin de «briser les tabous».

Malgré son succès dans la communauté d'affaires, Dominique Anglade trouve parfois «pénible» d'avoir à souligner l'absence de diversité. «Déjà que tu es une minorité, en plus il faut que tu le dises», soupire-t-elle.

Pour la communauté haïtienne, dont elle est issue, la nouvelle PDG de Montréal International estime que les raisons sont en partie culturelles. «La communauté haïtienne ne valorise pas l'entrepreneuriat, elle valorise les professions libérales, comme avocat ou médecin. J'aurais dit à mon père que je veux me lancer en affaires et ils m'auraient répondu qu'il ne comprend pas ce que je veux dire», lance-t-elle en riant.

Nés pour un petit pain

Alors qu'elle quitte la politique, Dominique Anglade tient un discours qui déplaît souvent au Québec. «Il faut qu'on arrête de penser que la médiocrité va nous amener quelque part.» Elle plaide pour que le Québec développe des créneaux d'excellence: «peu importe ce que c'est, mais on doit se démarquer».

La nouvelle PDG de Montréal International déplore un esprit de «misérabilisme» qui plane parfois sur la province. «Faut bien ne pas avoir vécu dans un pays pauvre pour croire que la richesse est un problème!», dit-elle. Les Québécois, explique-t-elle, se croient encore parfois «nés pour un petit pain». «On ne valorise pas suffisamment le dépassement.»

Elle plaide d'ailleurs pour des investissements massifs dans le système public d'éducation. «Il y a des enfants en troisième année qui ne savent pas lire, déplore-t-elle. Si on ne mise pas sur l'éducation, on va rater le bateau.»

«On a le droit de tout échouer, sauf l'éducation!»

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