POLITIQUE
02/11/2013 02:28 EDT | Actualisé 02/01/2014 05:12 EST

Charte des valeurs: Bernard Landry révèle sa position dans une lettre ouverte

Agence QMI

MONTRÉAL - L'ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry, endosse l'idée de doter le Québec d'une charte des valeurs tout en émettant quelques bémols, jugeant qu'elle ne va pas assez loin sur certains points.

Dans une lettre ouverte, M. Landry se dit impatient de voir la version finale du projet qui sera présenté à l'Assemblée nationale. Il espère que la liste des employés de l'État n'ayant pas le droit d'afficher des signes religieux ostentatoires comprendra bel et bien les enseignants.

Selon lui, les enseignants «sonten position d'autorité morale et intellectuelle». En conséquence, ceux qui exercent ce métier doivent être neutres «de la maternelle à l'université» afin que leur religion n'exerce pas directement ou indirectement une influence sur les élèves.

M. Landry se méfie aussi de l'idée d'accorder des exemptions institutionnelles ou géographiques. D'après lui, le fait d'ouvrir la porte à des exceptions équivaudrait à favoriser «la fragmentation», la création d'une «courtepointe». Une telle pratique serait une façon, non pas de rassembler les Québécois, mais bien de les diviser, ajoute-t-il.

L'ancien premier ministre ne croit pas non plus que le crucifix ait sa place à l'Assemblée nationale. Contrairement au point de vue défendu par le ministre responsable du dossier, Bernard Drainville, il ne considère pas que cet objet fasse partie du patrimoine des Québécois. Selon lui, le crucifix «était de trop même quand il était député».

«Le crucifix est arrivé pour symboliser l'alliance de l'Église et de l'État. Peut-être qu'à l'époque où Maurice Duplessis [était premier ministre], ça se défendait mais [que] tout a bien changé», a-t-il affirmé à La Presse Canadienne.

M. Landry déplore le nom proposé par M. Drainville pour la future charte. Il juge que «charte des valeurs québécoise» ne soit pas un nom adéquat puisque le projet ne porte pas sur l'ensemble des valeurs québécoises mais sur la laïcité.

L'ancien premier ministre soutient que l'intégration des immigrants fait partie des grands défis modernes des nations et des États. Selon lui, il faut s'en occuper sérieusement même si cela n'est pas facile.

Par ailleurs, il a salué l'existence d'un «immense débat public qui est globalement très bien fait (malgré) quelques dérapages».

M. Landry se réjouit aussi de constater que le ministre Drainville «a fait des ouvertures à des changements éventuels».

Il estime, cependant,que le dossier aurait dû être réglé immédiatement après le dévoilement du rapport de Gérard Bouchard et de Charles Taylor dont la publication remonte à 2008.

«Tout le monde était mobilisé sur cette discussion. Alors, ça aurait été le temps de présenter la charte. Il me semble que ça aurait été plus démocratique et pédagogique», explique-t-il.

Bernard Landry pense que le gouvernement libéral de l'époque n'a pas clos le dossier en raison d'un«manque de courage et de lucidité» malgré le fait que la nation avait besoin de baliser l'accueil des immigrants pour les mettre à l'abri de «l'injustice» et pour éviter la répétition d'«épisodes erratiques d'accomodements».

Questionné par La Presse Canadienne au sujet des motifs l'ayant poussé à exposer formellement son point de vue en lien avec le projet de charte, Bernard Landry a dit qu'il sentait que c'était son «devoir» de le faire. Il a fait valoir qu'avant de s'exprimer, il avait pris le soin d'analyser la question avec «soin et en profondeur».

Il a également salué au passage les contributions au débat de ses prédécesseurs Jacques Parizeau et Lucien Bouchard et ce, même si ces derniers se sont montrés nettement plus tièdes sur la question.


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