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Perquisition de l'UPAC reportée: allégations d'ingérence politique niées

01/11/2013 01:05 EDT | Actualisé 01/01/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - Des considérations d'ordre stratégique ont mené l'UPAC à repousser la date d'une perquisition aux locaux du Parti libéral du Québec (PLQ), selon les deux organisations concernées, qui ont rejeté vendredi toute allégation d'ingérence politique.

Des documents de la cour obtenus par trois médias révèlent qu'un mandat de perquisition ayant été autorisé le 1er juin 2012 — soit deux mois avant que le PLQ ne déclenche des élections provinciales — n'a finalement pas été exécuté et reporté à une date ultérieure «pour des raisons opérationnelles et organisationnelles».

«L'UPAC est apolitique. On nie catégoriquement qu'il y a eu ingérence politique», a tranché la porte-parole de l'Unité permanente anticorruption, Anne-Frédérick Laurence.

«Certaines choses peuvent arriver en cours de route et faire que la stratégie d'enquête peut changer. Sans rentrer dans les détails, ça pourrait être, par exemple, de nouvelles informations qui nous arriveraient», a-t-elle poursuivi.

L'escouade a finalement cogné à la porte des bureaux du PLQ, à Montréal, en juillet 2013.

Et selon les documents juridiques, lourdement caviardés, l'un de ses objectifs était d'obtenir des informations sur la tenue d'une activité de financement pour Nathalie Normandeau s'étant déroulée le 9 octobre 2008 au restaurant Louis-Hébert, à Québec, en raison de soupçons de fraude et de financement politique illégal.

L'attaché de presse de Philippe Couillard, Harold Fortin, a assuré que le chef libéral ignorait jusqu'à vendredi que les enquêteurs de l'UPAC recherchaient des informations concernant un événement auquel avait pris part Mme Normandeau à titre de conférencière.

La principale intéressée l'a également appris vendredi. En entrevue avec La Presse Canadienne, l'ancienne vice-première ministre a plaidé que l'activité de financement visait à amasser des fonds pour le PLQ et non pour son propre bénéfice.

Mme Normandeau n'a pu confirmer si une portion de la cagnotte amassée ce soir-là avait pu être versée au trésor de guerre de 100 000 $ que les ministres libéraux devaient se constituer annuellement alors que Jean Charest était premier ministre.

«Sincèrement, je ne sais pas si ça été cumulé dans les objectifs du 100 000 $ ou si c'était à part. Ce sont des détails que je ne connais pas; je ne tenais pas la comptabilité», a-t-elle déclaré.

Chose certaine, Nathalie Normandeau commence à en avoir soupé d'être désignée «coupable par association».

«Je me sens victime d'une grande injustice, a-t-elle laissé tomber. Je suis à bout de souffle de devoir comme ça, semaine après semaine, défendre ma réputation, mon intégrité. Ça ressemble drôlement à de l'acharnement; j'ai hâte que ça arrête.»

Le 8 octobre dernier, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) émettait huit constats d'infraction contre cinq personnes dans une affaire de prête-noms.

Le financement illégal a été fait dans le cadre de cette soirée d'octobre 2008 «au bénéfice du Parti libéral du Québec de la circonscription de Bonaventure», circonscription qui était représentée à l'époque par Mme Normandeau, selon le DGEQ.

Philippe Couillard n'était pas disponible pour commenter l'affaire, vendredi. Il a plutôt laissé le plancher à son député Robert Poëti, lequel a visiblement tenté de faire valoir qu'il fallait tourner la page.

«M. Tomassi (Tony, ex-ministre accusé de fraude au criminel) n'est plus au Parti libéral, Mme Normandeau n'est plus au Parti libéral. À ce que je sache, moi, actuellement, je n'ai personne au Parti libéral qui est accusé de quoi que ce soit», a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse Canadienne.

«S'il y a des gens qui ont mal utilisé leur fonction ou qui ont triché, ils vont en vivre les conséquences. Mais les gens de mon parti que je côtoie à l'Assemblée nationale, je n'ai aucune indication qu'ils ont contourné les lois», a poursuivi le député de Marguerite-Bourgeoys.

Interrogé sur les raisons pouvant expliquer le report de la perquisition, M. Poëti a fait valoir, comme la porte-parole de l'UPAC, que plusieurs motifs pouvaient amener les autorités à repousser la date d'une descente.

«Ce n'est pas exceptionnel. Ce n'est pas la première fois qu'on voit ça, un mandat qui n'a pas été exécuté ou qui a été exécuté beaucoup plus tard», a exposé l'ancien policier de la Sûreté du Québec.

La première ministre Pauline Marois s'est montrée avare de commentaires sur le dossier. En marge d'une annonce, à Montréal, elle s'est contentée de dire qu'elle laisserait la justice suivre son cours.

De son côté, le ministre de la Justice, Bertrand Saint-Arnaud, a refusé de se prononcer sur l'affaire.

«Je ne veux pas faire de commentaires là-dessus. L'UPAC travaille en toute indépendance», a-t-il laissé tomber dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Amir Khadir, député de Québec solidaire, a quant à lui suggéré que le PLQ devait cesser de «faire l'autruche» et procéder à un sérieux examen de conscience, Philippe Couillard le premier.

Et d'autre part, les libéraux devraient être sanctionnés non pas seulement par les autorités policières, mais également par les électeurs du Québec, a tonné M. Khadir à l'autre bout du fil.

«Le meilleur remède à ça, c'est que la population dise non de manière systématique aux libéraux. Qu'ils perdent beaucoup de comtés pour qu'ils réalisent, et que l'électrochoc soit suffisant pour qu'ils fassent le ménage», a-t-il lancé.

À la mi-septembre, en pleine rentrée parlementaire, Philippe Couillard avait reconnu que les enquêteurs de l'UPAC étaient débarqués aux bureaux du PLQ et que des documents — non précisés — avaient alors été saisis.

Certains lui avaient reproché d'avoir gardé le silence pendant plusieurs semaines. M. Couillard avait justifié sa décision de demeurer coi en faisant valoir qu'il n'avait pas voulu perturber l'enquête policière et que de toute façon, tôt ou tard, l'information aurait été révélée.

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