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La croissance ne sera pas sacrifiée sur l'autel du déficit zéro, tranche Québec

31/10/2013 02:09 EDT | Actualisé 31/12/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Le gouvernement du Québec ne va pas sacrifier la croissance économique sur l'autel du déficit zéro, a tranché jeudi le ministre des Finances, Nicolas Marceau.

À l'occasion de la présentation des comptes publics 2012-2013, le ministre Marceau et son collègue du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, ont semblé préparer le terrain à un report de l'équilibre budgétaire, normalement prévu au terme du présent exercice budgétaire.

En point de presse, M. Marceau a fait état «des difficultés» rencontrées par le gouvernement pour garnir la colonne de ses revenus. Il a ajouté que la création d'emplois était sa priorité et qu'il ne posera aucun geste susceptible de nuire à la croissance économique. Le contrôle des dépenses, le contrôle de la dette et le soutien à l'économie sont les trois facteurs qui guideront les décisions du gouvernement, a précisé le ministre.

«Pour nous, la création d’emplois, la croissance économique, c’est important, c’est fondamental. La réponse toute simple que je peux vous dire, c’est: il n’est pas question, de notre côté, de poser des gestes qui pourraient mettre à mal la croissance économique. Cela n’arrivera pas. (...) On doit mesurer les difficultés que nous avons du côté des revenus et voir quelle ampleur ces difficultés ont. Et sur la base du constat qu'on fera et des prévisions qu'on fera aussi pour la suite des choses, on sera en mesure de voir si des gestes peuvent être posés ou pas», a-t-il dit.

De son côté, le ministre Bédard a tenu à faire remarquer que le Québec avait déjà une longueur d'avance sur l'Ontario quant au contrôle des dépenses. Le contexte économique devra aussi être pris en compte pour la suite des choses.

«Ce qui est important dans l’équilibre, c'est faire en sorte qu'on n’endette pas à partir de la liste d’épicerie des générations futures. Cependant, on a l’avantage actuellement au Québec, avec le contrôle qu'on a fait cette année, de dire aux Québécois que nous sommes en avance sur ceux qui nous côtoient au Canada et même aux États-Unis. Et vous pouvez prendre (exemple) en Europe, au Royaume-Uni ou en France. Maintenant, il faut tenir compte du contexte économique», a-t-il argué.

Le gouvernement Marois a bouclé l'année financière 2012-2013 avec un déficit de 1,6 milliard $, soit 100 millions $ de plus que les prévisions. Les dépenses de programmes ont été moindres de 395 millions $ et leur croissance a été contenue à 1,2 pour cent.

La lutte à la corruption a eu un impact très net sur les finances publiques en 2012-2013. Au 31 mars dernier, la dette brute était inférieure de 1,9 milliard $ aux prévisions. Selon le ministre Marceau, la moitié de la réduction est attribuable à la baisse du coût des immobilisations, une conséquence des mesures prises contre la corruption.

«L'écart s’explique par une facture d’immobilisations moins élevée que prévu et par la variation favorable de postes comptables, comme les comptes à payer et à recevoir. J’aimerais dire qu’il s’agit de la bonne nouvelle de la journée. La facture de nos immobilisations a été réduite et cela s’explique par un effet de la lutte à la corruption sur les prix de nos immobilisations. La lutte à la corruption, c’est payant. C’est payant pour les Québécois», a-t-il soulevé.

Le portrait complet des finances publiques, avec les prévisions pour les mois à venir, sera dévoilé «à la fin novembre ou au début décembre», a annoncé le ministre des Finances. La tendance à la baisse des revenus _ croissance moins vigoureuse de la consommation des ménages, inflation plus faible qu’anticipée _ y sera confirmée.

«Le travail qui est fait présentement par les fonctionnaires au ministère des Finances, c’est de mesurer l’ampleur de la croissance plus faible des revenus avec laquelle nous devons vivre, et aussi de voir si cet effet va durer dans le temps, s'il va y avoir un impact pour la suite des choses. C’est ce que nous sommes à mesurer», a-t-il dit.

Par ailleurs, M. Marceau n'a pas caché son agacement de devoir comparaître en commission parlementaire le 20 novembre pour commenter les livres des organismes non budgétaires et des fonds spéciaux, une filière de 30 milliards $.

M. Marceau a reçu une assignation à comparaître par huissier, une démarche initiée par les libéraux et les caquistes.

«Dans les chiffres des organismes non budgétaires, il n’y a pas le secret de la Caramilk», a lâché le ministre, rappelant que les conseils d'administration des organismes extrabudgétaires sont soumis à la Loi sur la gouvernance et ont leur propre mécanisme de reddition de comptes.

«Nous allons évidemment fournir une information de la meilleure qualité possible, dans la limite du raisonnable et du possible», a-t-il poursuivi.

Quant à lui, le président du Conseil du trésor a condamné sans réserve la manoeuvre des partis d'opposition.

«Envoyez un subpoena, honnêtement. Opposition, et je l’ai dit en Chambre et je le répète, pas de tête», a-t-il pesté.

Parmi la pléthore d'organismes extrabudgétaires figurent la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), l'Agence du revenu, la Financière agricole et Télé-Québec.

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