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Des députées voilées au parlement turc

31/10/2013 09:12 EDT | Actualisé 31/12/2013 05:12 EST

Quatre députées turques du Parti de la justice et du développement (AKP), formation islamo-conservatrice du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, se sont présentées voilées au parlement jeudi.

Jamais depuis 1999 une parlementaire n'a osé se couvrir la tête d'un foulard dans l'enceinte du parlement. À l'époque, la députée en question, Merve Kavakci, élue du Parti de la vertu islamique, un des prédécesseurs de l'AKP, avait été expulsée.

« Nous ignorons quelle sera la réaction, mais nous allons entrer au parlement avec notre voile islamique et continuerons notre travail », a dit à Reuters Nurcan Dalbudak, une des quatre élues. « Nous allons assister au début d'une ère importante, et nous jouerons un rôle moteur, nous serons des porte-drapeaux, c'est très important », a-t-elle ajouté.

La question du voile est hautement symbolique en Turquie, où elle cristallise l'opposition entre les élites laïques, pour lesquelles le voile est une insulte aux piliers laïques de la République turque telle que créée par Mustafa Kemal Atatürk, et les tenants de l'islam politique, qui invoque les libertés publiques.

Aucun texte n'interdit spécifiquement le port du voile au Parlement. Mais le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation de l'opposition laïque, a annoncé qu'il contesterait l'initiative de Nurcan Dalbudak, Sevde Beyazit Kacar, Gulay Samanci et Gonul Bekin Sahkulubey.

« Tous nos membres sont d'accord pour dire qu'il s'agit d'une exploitation de la religion par l'AKP », a dit à Reuters la députée CHP Dilek Akagün Yilmaz. « Nous ne resterons jamais silencieux face à des actes visant à éliminer le principe de la laïcité », a-t-elle ajouté.

Erdogan : « chacun doit respecter la décision de nos sœurs »

En 1999, l'irruption voilée de Merce Kavakci avait provoqué le tumulte au Parlement. « Ce n'est pas l'endroit pour défier l'État. Informez cette femme qu'il y a des limites », avait tonné le premier ministre de l'époque, Bülent Ecevit, tandis qu'une moitié de l'hémicycle criait à l'élue de quitter les lieux.

La séance avait été ajournée et la députée, interdite de prêter serment.

Elle avait été par la suite déchue de la nationalité turque, au motif qu'elle avait caché aux autorités qu'elle avait aussi la nationalité américaine, et le Parti de la vertu a été interdit en 2001 pour atteinte aux articles de la Constitution turque protégeant la laïcité.

Nazli Ilicak, qui siégeait à côté de Merve Kavakci, estime que la décision des quatre élues de l'AKP ne devrait pas provoquer des incidents du même ordre. « Les gens sont aujourd'hui un peu embarrassés par ce qu'ils ont fait dans le passé », a-t-elle dit.

L'annonce des quatre députées survient alors que l'AKP vient de lever il y a quelques semaines à peine l'interdiction du port du voile dans les institutions publiques dans le cadre d'une réforme des libertés publiques.

Avec l'autorisation du voile dans les universités ou les restrictions sur les ventes d'alcool, les adversaires d'Erdogan y voient autant de preuves de la volonté prêtée au premier ministre et à son parti de chercher à saper les bases laïques de la Turquie.

Recep Erdogan a pour sa part demandé aux parlementaires de respecter la décision de leurs quatre collègues. « Il n'y a aucun règlement au Parlement qui l'interdise et chacun doit respecter la décision de nos soeurs sur ce sujet », a-t-il dit. « Elles ont été élues par la nation et elles représentent la nation devant le Parlement. »

Reuters

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