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Cambodge: deux Khmers rouges présentent leurs derniers arguments

31/10/2013 11:02 EDT | Actualisé 31/12/2013 05:12 EST

PHNOM PENH, Cambodge - Les deux derniers leaders du régime des Khmers rouges toujours en vie ont présenté leurs derniers arguments, jeudi, à la fin de leur procès pour génocide et crimes de guerre au Cambodge.

Ils ont notamment tenté de se distancer des quelque 1,7 million de personnes qui ont perdu la vie sous leur gouverne.

L'ancien chef d'État Khieu Samphan, aujourd'hui âgé de 87 ans, et l'idéologue en chef et leader adjoint Nuon Chea, 82 ans, ont livré de longs arguments finaux à Phnom Penh, dans le cadre du procès organisé avec l'aide des Nations unies.

Aucun verdict n'est attendu avant la première moitié de l'an prochain, plus de deux ans après le début du procès.

Peu après avoir pris le pouvoir en 1975, les Khmers rouges ont forcé près d'un million de personnes — y compris des patients hospitalisés — à quitter la capitale, les chassant en masse vers les campagnes pour tenter de mettre sur pied une société agricole utopique.

Une invasion vietnamienne a mis fin à cette douloureuse expérience en 1979. Près de deux millions de personnes avaient alors succombé à la faim, à un manque de soins médicaux, aux conditions de travail difficiles et aux exécutions. Les corps des victimes ont été jetés dans des fosses communes, qui jonchent le pays encore aujourd'hui.

«C'est facile de dire que j'aurais dû tout savoir, que j'aurais dû tout comprendre et que j'aurais donc pu intervenir ou rectifier la situation à temps, a lancé Khieu Samphan en colère. Croyez-vous vraiment que c'est ce que je voulais pour mon peuple? La réalité, c'est que je n'avais aucun pouvoir.»

Nuon Chea a aussi défendu ses actions, affirmant qu'il n'avait jamais ordonné aux responsables des Khmers rouges de «maltraiter ou de tuer des gens ou de les priver de nourriture ou de commettre un génocide».

Mais contrairement à Khieu Samphan, Nuon Chea a accepté une «responsabilité morale» pour les morts, tout en tentant de nouveau de se distancer des crimes qui ont été commis.

«Je voudrais offrir mes excuses les plus sincères au public, aux victimes, aux familles et à tout le peuple cambodgien, a dit le petit homme frêle, qui semblait sûr de lui alors qu'il lisait ses notes. Je veux exprimer mes remords et prier pour les âmes perdues (pendant le règne des Khmers rouges).»

Le passage du temps a permis à plusieurs autres anciens dirigeants d'échapper à la justice. L'ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary est décédé en mars, tandis que sa femme Ieng Thirith, ancienne ministre des Affaires sociales, souffre de démence. Le leader suprême des Khmers rouges, Pol Pot, est mort en 1998.

Le tribunal a vu le jour en 2006. Un seul accusé, l'ancien directeur de prison Kaing Guek Eav, aussi connu sous le nom de «Douch», a été condamné à la prison à vie en 2011. Sa peine a été confirmée en appel en 2012.

Le procès porte sur le déplacement forcé des populations et exclut certaines des accusations les plus graves liées au génocide, aux centres de détention et aux meurtres.

Nuon Chea a affirmé que le procès avait prouvé qu'il n'avait pas «participé à des crimes, tel que l'affirment les procureurs (...) En d'autres mots, je suis innocent».

Pour sa part, Khieu Samphan, aigri, a déclaré avoir perdu toute confiance envers le tribunal puisque «peu importe mes efforts pour expliquer, (les juges) me font la sourde oreille. Il est clair que tous ne veulent qu'une chose de moi, mon admission de culpabilité, concernant des gestes que je n'ai jamais posés».

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