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2009: Arsenault constate que la gangrène est plus avancée à la FTQ-Construction

31/10/2013 11:22 EDT | Actualisé 31/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - En mars 2009, après un reportage de Radio-Canada sur les allocations de dépenses de Jocelyn Dupuis, le président de la FTQ, Michel Arsenault, et son conseiller politique Gilles Audette constatent, dans un extrait d'écoute électronique entendu jeudi devant la Commission Charbonneau, que la gangrène est peut-être plus avancée qu'ils le pensaient à la FTQ-Construction.

Dans cet extrait entendu jeudi midi par la commission, M. Arsenault se questionne sur Richard Goyette, le successeur de Jocelyn Dupuis à la FTQ-Construction. M. Arsenault se demande si M. Goyette est blanc comme neige et veut véritablement changer les choses à FTQ-Construction ou s'il est comme les autres.

«Soit qu'il est blanc comme neige et qu'il veut faire un vrai ménage dans la construction, soit qu'il est aussi pire que les autres. Mais je pense plutôt qu'il est blanc comme neige», opine M. Arsenault, dans un extrait d'écoute électronique.

Puis M. Arsenault dit à son conseiller qu'il n'a pas l'intention de prendre le blâme pour les fautes de la FTQ-Construction. «Si on a un affilié qui est tout croche, pourquoi je prendrais tout ça sur mes épaules», lance-t-il.

M. Arsenault rapporte aussi à son conseiller une conversation qu'il a eue avec Richard Goyette, lorsque celui-ci lui a avoué qu'il n'aurait pu se présenter aux élections pour la succession de Jocelyn Dupuis sans l'aval du caïd Raynald Desjardins.

«Il (Goyette) me dit 'je ne pouvais pas me présenter contre (Jean Lavallée) sans être sûr que Desjardins ne me ferait pas de marde'. Je lui ai dit 'comme ça, t'es redevable à Desjardins? Voyons donc, me prends-tu pour un nono? T'es obligé d'avoir la permission de Desjardins pour te présenter contre Lavallée?' Ouin», a relaté le président de la FTQ.

Élections victorieuses

Les autres extraits d'écoute électronique entendus laissent voir à quel point Jocelyn Dupuis se félicitait d'avoir gagné ses élections à la tête de la FTQ-Construction, à la mi-novembre 2008, alors qu'il quittait officiellement et que ces élections avaient pour but de lui trouver un successeur.

C'est par un vote serré de 62 à 60 voix que le camp des fidèles à Jocelyn Dupuis avait été élu, le 12 novembre 2008. M. Dupuis, directeur général de la FTQ-Construction, prenait officiellement sa retraite, et le président Jean Lavallée, de l'autre camp, quittait en même temps après un long règne.

Les extraits entendus ont démontré l'ampleur des manoeuvres et jeux de coulisses qui ont eu cours avant le scrutin par le clan Dupuis.

«C'est moi qui a contrôlé ce vote-là», affirme clairement Jocelyn Dupuis, dans un de ces extraits d'écoute électronique.

Autre preuve: un de ceux qui ont été ainsi influencés pour voter en faveur du camp Dupuis, Dominique Bérubé _ qui voulait se présenter aux élections, mais a finalement voté pour le camp Dupuis _ va plutôt se réunir avec les perdants, le soir du vote, et refuse l'invitation de Jocelyn Dupuis de se joindre à son camp. Dupuis devait même s'asseoir à côté de lui lors de l'assemblée pour tenir le vote.

Dans un autre extrait, Dominique Bérubé dit clairement au Hells Angels Jacques Israël Émond: «j'ai fait ce que tu m'as demandé; je me suis retiré pis j'ai voté pour ton gars». Le son n'étant pas très clair, il peut aussi avoir dit «son gars» en référant au «gars» de Jocelyn Dupuis.

L'écoute évoque aussi des promesses qui lui auraient été faites pour voter en faveur du camp Dupuis, mais l'enquêteur qui a témoigné au sujet de ces extraits, Stephan Cloutier, ignore quelle promesse lui a été faite.

Même un entrepreneur souligne l'élection du camp Dupuis. Louis-Pierre Lafortune, dirigeant des Grues Guay, est bien au fait des résultats du vote à la FTQ-Construction dès le lendemain. Il souligne que tous les postes de grande influence à la FTQ-Construction et pour faire du lobbying ont été remportés par les fidèles à Dupuis.

D'autres extraits permettent de distinguer que le clan du président sortant Jean Lavallée, qui a perdu, était proche de l'entrepreneur Tony Accurso _ qualifié de «face à claques» par un proche de Dupuis dans un extrait. Le clan du directeur général sortant Jocelyn Dupuis était plutôt associé à l'entrepreneur Joe Borsellino, de la firme Garnier.

Des extraits laissent aussi voir que même après son départ de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis continue de tirer les ficelles. Même en voyage, il appelle d'anciens collègues de la FTQ-Construction.

Il ressort aussi de l'écoute que son successeur Richard Goyette s'attendait à être nommé au Fonds de solidarité de la FTQ par Michel Arsenault. Dans un extrait d'écoute électronique, M. Goyette affirme à Jocelyn Dupuis qu'il va «lui péter une coche» (à Michel Arsenault) s'il ne le fait pas. Et il dit qu'il va le menacer de demander une enquête sur SOLIM, le bras immobilier du Fonds.

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