POLITIQUE

Quelques centaines de millions pour les pauvres annoncés par Québec

30/10/2013 03:12 EDT | Actualisé 30/12/2013 05:12 EST
PC

QUÉBEC - Dans l'espoir de recouvrer son vernis social-démocrate, le gouvernement péquiste va injecter 318 millions $ pour améliorer le sort des plus pauvres.

Après la présentation de ses politiques économique et industrielle, le gouvernement a fait connaître en grande pompe, mercredi, le volet «solidarité» de son programme, un chapelet de mesures s'étalant jusqu'en 2017.

L'une des mesures phares du document de 30 pages est la bonification de 20 $ par mois, à compter du 1er janvier 2014, de la prestation pour assistés sociaux vivant seuls et sans contrainte à l'emploi. Environ 60 000 personnes profiteront de la hausse. Des augmentations additionnelles de 10 $ par mois seront appliquées à chaque premier de l'an jusqu'en 2017.

Au terme du processus, la prestation pour cette catégorie d'assistés sociaux atteindra 654 $ par mois _ 50 $ de plus qu'actuellement _ pour un total de 7848 $ par année. Avec cette hausse, le revenu disponible des personnes seules permettra de couvrir un peu plus de la moitié (52,5 pour cent) des besoins de base. Le coût global de la mesure est évalué à 71,4 millions $.

«C'était ce que nous pouvions faire à ce moment-ci et c'est déjà mieux, évidemment, que ce qu'il y avait avant. Nous pensons que c'est un pas dans la très bonne direction», a déclaré la première ministre Pauline Marois, en conférence de presse, lorsqu'une reporter lui a fait remarquer que la hausse était fort modeste.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement du Parti québécois espère, avec ses orientations, rétablir les ponts avec les organismes de lutte à la pauvreté. Ces derniers s'étaient élevés au printemps 2013 contre les coupes de 19 millions $ à l'aide sociale décrétées dans la plus grande discrétion par la ministre de la Solidarité sociale, Agnès Maltais.

La première ministre a toutefois insisté pour dire que les nouvelles dépenses annoncées par son gouvernement ne visaient pas à redorer le blason du Parti québécois auprès de ces organismes.

«L'objectif n'est pas de redorer notre image. D'abord, c'est de refaire clairement la démonstration que nous avons le coeur à la bonne place et que nous voulons prendre soin de notre monde», a-t-elle dit.

Les quelque 5000 organismes communautaires, qui disaient souffrir de sous-financement, recevront pour leur part 54 millions $ de plus par année sur trois ans en soutien de l'État. Ces organismes oeuvrent dans les domaines de la santé et des services sociaux (40 millions $), de la famille (5 millions $), de l'emploi (4,5 millions $), de l'éducation (4 millions $) et de l'habitation (500 000 $).

«Il n'y a pas eu de rehaussement significatif (du financement) depuis les derniers 15 ans, or c'est une hausse très significative. Jusqu'à maintenant, on procédait par des indexations ou par de l'aide à des programmes spécifiques tandis que là, on reconnaît la mission globale de nos organisations communautaires», a expliqué Mme Marois.

Québec débloquera aussi 57 millions $ supplémentaires d'ici 2017 pour lutter contre le taux de chômage des immigrants et pour améliorer les efforts d'intégration. Le nouveau plan d'action en matière d'immigration comporte notamment une enveloppe de 13 millions $ pour accroître l'offre de cours de francisation.

Dans le but de faciliter l'insertion des nouveaux arrivants dans leur société d'accueil, des partenariats seront établis avec les régions et les employeurs.

Le gouvernement Marois prévoit également investir un peu plus de 3 millions $ par année jusqu'en 2017 pour la rénovation ou l'acquisition d'immeubles à vocation collective.

Il en aurait néanmoins fallu davantage pour satisfaire les groupes sociaux. Les représentants croisés sur place ont tous déploré l'insuffisance des ressources allouées.

«Au niveau de l'aide sociale, la hausse au-delà de l'indexation du coût de la vie est quand même une mesure intéressante (mais) on ne se le cachera pas, pour couvrir les besoins de base de tout le monde, ce n'est pas 600 $ (de plus) par année qu'il nous faudrait mais 600 $ par mois», a souligné le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Serge Petitclerc.

Renée Dubeau, du Front commun des personnes assistées sociales du Québec, a renchéri.

«Ce n'est pas la solidarité durable, c'est l'industrie de la pauvreté qui va devenir durable parce qu'avec des petites miettes comme ça on va continuer à avoir une industrie qui va gérer les personnes pauvres. On ne donne pas à ces personnes-là les outils et les leviers nécessaires pour s'en sortir et vivre décemment», a-t-elle dit.