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Les familles de Canadiens détenus en Russie appellent Ottawa à agir

30/10/2013 01:28 EDT | Actualisé 30/12/2013 05:12 EST

OTTAWA - Ottawa doit exercer des pressions politiques pour faire libérer les deux militants canadiens de Greenpeace emprisonnés en Russie depuis six semaines, plaident les familles des deux hommes.

Le Montréalais Alexandre Paul et l'Ontarien Paul Ruzycki figurent parmi les 30 militants arrêtés dans l'Arctique à la mi-septembre.

Le navire à bord duquel ils prenaient place, l'Arctic Sunrise, a été arraisonné le 19 septembre par des hommes armés de la Garde côtière russe quelques heures après avoir manifesté sur une plateforme de forage. Deux militants avaient été arrêtés la veille, lors de l'opération de Greenpeace sur la plateforme.

Les militants ont d'abord été accusés de piraterie, un crime passible de 15 ans de prison, avant de voir les chefs réduits à de l'«hooliganisme». Ils risquent tout de même encore des peines allant jusqu'à sept ans de prison.

La mère d'Alexandre Paul a relaté mercredi, à Ottawa, les conditions dans lesquelles son fils est détenu à Mourmansk, localité située dans le nord-ouest de la Russie.

Les deux Canadiens sont emprisonnés dans «des cages» conçues pour deux personnes avec deux autres détenus qui ne parlent que le russe. Ils en sortent quelques minutes par jour afin de se dégourdir les jambes, et ont droit à une douche par semaine, selon leur famille.

«Mon fils est détenu en Russie depuis six semaines maintenant. Six semaines, c'est énorme. Vingt-trois heures sur vingt-quatre de détention par jour dans une cellule, au froid (...) Je me demande comment ils peuvent faire pour passer à travers de ça», a affirmé Mme Paul, la voix étranglée par l'émotion.

«Ce matin, ce que je demande au gouvernement canadien, c'est d'appuyer les autres gouvernements pour la libération des activistes», a-t-elle plaidé, entourée de représentants de Greenpeace et d'Amnistie internationale.

La soeur de Paul Ruzycki, Patti Stirling, a dit avoir été encouragée lorsque le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a contribué récemment à assurer la libération d'un médecin et d'un cinéaste canadiens détenus en Égypte. Elle a déploré n'avoir rien vu de tel pour les militants de Greenpeace.

Mme Stirling a noté, comme d'autres, que le premier ministre britannique David Cameron, la chancelière allemande Angela Merkel et l'ancienne secrétaire d'État américaine Hillary Clinton — entre autres leaders — se sont portés à la défense de leurs ressortissants qui ont été arrêtés alors qu'ils se trouvaient à bord du navire Arctic Sunrise.

Mais John Baird est demeuré muet dans ce dossier, a déploré Joanna Kerr, de Greenpeace Canada.

Le ministre québécois des Relations internationales, Jean-François Lisée, a dit avoir discuté de cette affaire à deux reprises avec le ministre Baird — une fois au téléphone et une autre en personne, alors que les deux hommes étaient en mission en Chine.

En entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, mercredi, il n'a pas voulu commenter la réaction d'Ottawa, disant n'avoir pas «l'intention d'être critique». Il avait néanmoins un message à transmettre aux autorités russes.

«Ce que je demande, c'est que la réponse juridique russe soit proportionnée. Ces gens-là sont déjà en prison depuis plus d'un mois. Je pense que ça commence à suffire», a-t-il affirmé.

Si Jean-François Lisée s'est gardé de formuler des critiques à l'endroit du gouvernement fédéral, la députée néo-démocrate Hélène Laverdière ne s'est pas privée de décocher une flèche à son endroit.

La porte-parole adjointe en matière d'affaires étrangères a dit souhaiter que le gouvernement Harper ne se laisse pas guider par son idéologie dans la gestion de ce dossier.

«Écoutez: ce qu'on sait, évidemment, c'est que le gouvernement conservateur n'aime pas les militants environnementaux (...) J'ose espérer que ça n'influence pas la décision du gouvernement du Canada d'offrir les services consulaires de base auxquels ces gens-là ont droit», affirmait jeudi dernier la députée en entrevue avec La Presse Canadienne.

Une porte-parole de la ministre d'État aux Affaires consulaires, Lynne Yelich, a réitéré mercredi par courriel que «des services consulaires sont offerts aux Canadiens tel que prévu».

«La ministre (d'État) Yelich a rencontré des représentants de l'organisation (Greenpeace) hier (mardi) et a écouté leurs doléances», a écrit Beatrice Fenelon.

Greenpeace nie que ses militants aient fait quoi que ce soit de répréhensible, et soutient que de telles accusations sont tout simplement disproportionnées.

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