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L'argent du crime blanchi dans des guichets automatiques

30/10/2013 03:34 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST

Le crime organisé contrôlerait plus de 5 % des guichets automatiques privés au Canada, selon un rapport secret de la GRC consulté par Radio-Canada. L'émission Enquête s'est intéressée au phénomène du blanchiment d'argent à l'aide de ces appareils.

La GRC estime qu'au moins 315 millions de dollars sont blanchis chaque année par le crime organisé à l'aide de guichets automatiques privés, une industrie qui serait contrôlée par divers groupes, dont les Hells Angels.

Les journalistes de l'émission Enquête ont découvert que François Boivin et Jean Siminaro, deux proches du Hells Normand Casper Ouimet, ont possédé des entreprises de guichets au cours des dernières années.

Sans faire la manchette, une première cause au Canada, qui porte notamment sur le blanchiment d'argent par guichet automatique, est devant le tribunal à Montréal depuis 2008.

Félicitas et Gerald O'Reilly sont soupçonnés d'avoir dirigé une organisation criminelle spécialisée dans la contrebande de cigarettes en Nouvelle-Écosse. Ils ont 11 coaccusés.

La preuve de la Couronne révèle que l'argent des cigarettes revenait à Montréal, par la poste, dans des boîtes de savon. Les policiers ont plusieurs fois intercepté les colis adressés à l'entreprise du couple dans les bureaux de Postes Canada.

Ils se sont aperçus que certains billets de banque étaient réintroduits dans les guichets que possédaient les O'Reilly dans des tours de bureaux ou des commerces un peu partout au Québec. Autrement dit, l'argent du crime aurait été blanchi.

La défense conteste toutefois cette interprétation. Le verdict du juge sera rendu en février. Félicitas O'Reilly est décédée cet hiver, à 76 ans, avant la fin du procès.

Des réponses stupéfiantes

Pour savoir si cette technique alléguée est répandue et tester la rigueur des contrôles dans l'industrie, Enquête a embauché une personne pour rencontrer des vendeurs de guichets en prétendant qu'elle voulait blanchir de l'argent. Certaines réponses sont stupéfiantes.

Confrontée aux images filmées en caméra cachée, cette représentante a indiqué qu'elle avait pu dire n'importe quoi pour conclure une vente.

Le phénomène est d'une telle ampleur que les policiers québécois ont fait pression, et une nouvelle loi entre peu à peu en vigueur cette année. Le Québec devient ainsi le premier endroit en Amérique du Nord à exiger un permis des propriétaires de guichets, qui doivent se soumettre à une enquête de la Sûreté du Québec.

D'après un reportage de Marie-Maude Denis

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