POLITIQUE

Nouveau tarif d'électricité : Alcoa menace de fermer ses alumineries au Québec en janvier 2015

30/10/2013 04:47 EDT | Actualisé 30/12/2013 05:12 EST
AP

Alcoa menace de fermer trois de ses installations au Québec dans un peu plus d'un an, en janvier 2015, si Québec ignore sa demande de réduire le coût de l'énergie, ce qui sème l'inquiétude auprès du syndicat des Métallos.

Alcoa affirme ne pas être en mesure d'absorber la hausse prévue de 60 % des tarifs d'électricité réservés aux alumineries.

La multinationale explique avoir avisé lundi Hydro-Québec de son intention de réduire ses obligations contractuelles en matière d'achat d'électricité pour ses trois alumineries du Québec.

« La transition au tarif L prévue le 1er janvier 2015 va significativement augmenter les coûts d'énergie d'Alcoa rendant ainsi ses alumineries non concurrentielles », affirme la porte-parole de l'entreprise, Lysane Martel, dans un courriel.

Alcoa compte ainsi diminuer graduellement ses obligations contractuelles d'achat d'électricité au cours des mois de novembre et de décembre 2014. 

Si le marché de l'aluminium ne s'améliore pas entre-temps, les activités aux trois usines pourraient être compromises.

« Une tarification prévisible, compétitive sur le plan mondial et flexible pour tenir compte des conditions de marché de l'aluminium, doit être disponible pour qu'Alcoa puisse continuer à investir dans ses opérations et ainsi maintenir ses importantes retombées économiques et sociales au Québec. »

En 2008, en vertu d'une entente conclue avec le gouvernement libéral, Alcoa devait bénéficier du tarif grande puissance d'Hydro-Québec (tarif L), durant 25 ans, à partir de janvier 2015. Ce tarif sera alors d'environ 4,4 cents le kilowattheure.

Cette entente devait être avantageuse pour l'entreprise compte tenu des conditions favorables du marché de l'aluminium en 2008. Or, les perspectives sont maintenant moins reluisantes, et les conditions de production d'électricité ont aussi changé la donne à l'échelle nord-américaine.

Le syndicat inquiet

Le président du syndicat des Métallos à l'aluminerie de Bécancour, Clément Masse, presse le gouvernement Marois d'agir parce que la menace de fermeture lui apparaît réelle.

« Aux États-Unis, [...] en raison des gaz de schiste, les prix ont beaucoup baissé », affirme Clément Masse. « Naturellement, on n'a pas les contrats, mais les coûts de l'énergie peuvent se négocier à 2 ou 3 cents le kilowattheure. [...] Les contrats qui ont été négociés, c'est 4,3 cents du kilowattheure au Québec. »

Clément Masse estime que Québec devrait s'attarder aux revendications des alumineries. « Moi je pense qu'il faudrait que le gouvernement ait en tête de maintenir les emplois, et tout ce secteur-là de l'aluminium au Québec », ajoute-t-il.

Les travailleurs de Baie-Comeau et de Deschambault ont exprimé des inquiétudes concernant une fermeture possible des usines.

Pauline Marois se veut rassurante

En réponse aux attaques du chef de l'opposition officielle, Jean-Marc Fournier, qui a parlé de « catastrophe », mercredi, à Québec, la première ministre Pauline Marois a voulu calmer le jeu.

« [Je veux] rassurer les travailleurs. Le gouvernement du Québec est en discussion avec les représentants de l'entreprise, au plus haut niveau, puisque c'est le secrétaire général du gouvernement et le chef de cabinet adjoint qui discutent avec l'entreprise [concernant les tarifs d'électricité]. J'ai été très étonnée ce matin de voir les déclarations et la panique que l'on semble vouloir semer auprès des travailleurs. Je veux les rassurer. Nous travaillons à trouver une avenue de passage avec Alcoa », a-t-elle dit.

Les libéraux ont accusé le gouvernement de s'adonner à une opération de « sabotage économique », en laissant tomber des secteurs clés de l'économie québécoise.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a rappelé que le contrat établissant les nouveaux tarifs d'électricité pour Alcoa avait été signé par le gouvernement libéral en 2008.

Pas de traitement de faveur pour Alcoa, dit Marceau

De passage mardi à Sept-Îles, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, soutient qu'il est encore trop tôt pour répondre aux demandes pressantes des alumineries du Québec.

« Présentement, le gouvernement du Québec est à revoir sa politique énergétique. C'est une grande consultation qui se mène dans le secteur de l'énergie au Québec. Et de ça va découler les choix qu'on va faire par rapport à nos alumineries. »

Le ministre Nicolas Marceau indique que le gouvernement ne traitera pas le dossier d'Alcoa différemment des autres alumineries du Québec malgré sa menace de fermeture.

L'aluminerie américaine emploie plus de 3000 personnes dans la province. Elle possède des installations notamment à Baie-Comeau (Côte-Nord), à Deschambault (Portneuf) et à Bécancour, au sud de Trois-Rivières.

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