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Des victimes pakistanaises des drones interpellent l'Amérique

29/10/2013 07:22 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST
Reprieve

WASHINGTON - Nabila Rehman récoltait des légumes dans le jardin quand un drone a tiré ses missiles, tuant sa grand-mère, la blessant elle et sept autres enfants. Aujourd'hui, la jeune Pakistanaise interpelle les Américains. Depuis Washington. "Qu'est-ce que ma grand-mère vous a fait?", lance-t-elle.

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La jeune fille de neuf ans est venue à Washington depuis le Waziristan du Nord, dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, avec son père et son frère de 13 ans pour mettre un visage sur les victimes de la campagne américaine de frappes de drones qui a débuté en 2004.

Dans un rapport publié la semaine passée, Amnesty International s'appuie sur leur témoignage pour demander aux autorités américaines de mettre fin au secret entourant ces tirs, censés viser des militants extrémistes proches d'Al-Qaïda.

Dans un entretien à l'AFP, Rafiq Rehman, le père de Nabila, explique avoir accepté l'invitation d'une société de production de documentaires à raconter son histoire aux Etats-Unis parce qu'"en tant que professeur, je voulais éduquer les Américains et leur faire savoir que mes enfants ont été blessés".

"Ma fille n'a pas le visage d'un terroriste, ma mère ne l'avait pas non plus. Tout cela n'a aucun sens, pourquoi est-ce arrivé?", se demande-t-il.

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Alors qu'ils pleuraient la mort de la grand-mère, ils ont été déconcertés par les compte-rendus faits de la frappe d'octobre 2012 qui les a touchés.

Les médias avaient alors rapporté que les missiles avaient frappé une maison, l'un d'eux affirmant que c'était une voiture dans laquelle plusieurs militants avaient été tués.

Point de maison ou de voiture touchée, selon les Rehman. Les missiles ont frappé le champ où grand-mère et petite fille récoltaient des légumes.

"J'ai vu deux lumières brillantes tomber là où ma grand-mère se tenait", relate Nabila. "Puis tout est devenu noir".

"Ça a détruit ma vie"

L'enfant avait du sang sur une main et a tenté de l'éponger avec son châle. "Mais il n'arrêtait pas de couler". Blessée par des éclats, elle a été traitée à l'hôpital. Son frère Zubair a dû subir deux interventions chirurgicales à la jambe gauche. Sa famille a dû contracter un prêt pour payer les soins.

Depuis l'attaque, Zubair confie qu'il dort mal et ne sort plus jouer au cricket. "Je n'ai pas envie d'aller jouer, je n'ai pas envie d'aller à l'école. Ca a vraiment détruit ma vie", explique l'adolescent.

"Quand j'entends qu'ils s'attaquent aux personnes qui s'en prennent à l'Amérique, je me demande ce que je leur ai fait (...). Rien", lâche Nabila.

Mardi, la famille Rehman doit raconter son histoire lors d'une conférence de presse au côté d'un élu démocrate de Floride, Alan Grayson.

Pour le parlementaire, "quand il s'agit d'affaires de sécurité nationale telles que les frappes de drones, il est important que nous écoutions non seulement leurs promoteurs mais aussi les victimes".

Au-dessus du village des Rehman, le bourdonnement des drones est constant et même les jeunes enfants apprennent à le reconnaître, raconte Rafiq.

Tout ce que le père dit souhaiter, c'est la fin de la violence, "peut-être par des discussions et des négociations avec ceux qui sont ciblés" par Washington.

Pour le gouvernement américain, les frappes de drones constituent un outil légal de "légitime défense" et très efficace contre Al-Qaïda. D'autres modes opératoires mettraient davantage de vie en danger, selon lui.

Les Rehman, eux, "ne veulent pas d'argent. Ils veulent des réponses", assure Jennifer Gibson, une avocate qui les assiste.

"Ils espèrent qu'en venant ici dire qu'ils sont les gens sans visage qui n'existent pour vous que comme des chiffres, quelqu'un va finir par écouter et se demander si cette politique est vraiment judicieuse".

Drones: The Future Of Flight

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