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Pereira: Michel Arsenault ne voulait pas que le crime organisé infiltre le Fonds

29/10/2013 10:32 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Lors de son interrogatoire du témoin Ken Pereira, mardi devant la Commission Charbonneau, l'avocat du Fonds de solidarité de la FTQ a cherché à démontrer que Michel Arsenault, loin de rester les bras croisés, avait confronté Jocelyn Dupuis sur ses liens présumés avec des gens du milieu criminel et l'avait invité à quitter la FTQ.

Me André Ryan a interrogé M. Pereira, ancien directeur de la section locale des mécaniciens industriels de la FTQ-Construction, sur la réaction qu'avait eue le président de la FTQ, Michel Arsenault, lorsqu'il lui avait présenté en 2008 les copies des reçus de Jocelyn Dupuis, alors directeur général de la FTQ-Construction.

M. Arsenault était outré, a dit que Dupuis devrait quitter et a voulu s'assurer que le crime organisé n'infiltrerait pas le Fonds de solidarité de la FTQ, a concédé M. Pereira.

«Il (monsieur Arsenault) ne me croyait pas au commencement, mais il prenait ça au sérieux, c'est sûr. Devant moi, c'est sûr qu'il s'objectait à ça. C'est sûr, il ne voulait pas que la mafia, les Hells ou n'importe quel crime organisé infiltre le Fonds de solidarité», a affirmé M. Pereira.

Me Ryan a aussi fait reconnaître au témoin que c'est probablement le 2 septembre 2008 qu'il a remis à M. Arsenault les copies assermentées des reçus de Jocelyn Dupuis et que dès le 18 septembre, la FTQ-Construction publiait un communiqué de presse annonçant le départ de Jocelyn Dupuis, directeur général, et Jean Lavallée, alors président de la FTQ-Construction.

«Vous avez remis les factures à M. Arsenault le, ou vers le, 2 septembre et 16 jours plus tard, M. Dupuis était confirmé qu'il quittait?» a demandé Me Ryan. Le témoin a acquiescé.

Or, M. Pereira venait de dire que c'est justement pour obtenir le départ de Jocelyn Dupuis qu'il avait mené toute cette campagne sur les allocations de dépenses de M. Dupuis.

M. Pereira a aussi admis qu'au départ, il était d'accord avec M. Arsenault pour «garder ça dans la famille» de la FTQ et ne pas sortir publiquement l'histoire. C'est après qu'il dit avoir développé sa frustration à l'égard de M. Arsenault.

Me Ryan a aussi cité une entrevue donnée par M. Arsenault à La Presse Canadienne, le 6 mars 2009, dans laquelle il affirmait avoir confronté Jocelyn Dupuis concernant ses liens avec le monde criminel et avoir alors exigé son départ de la FTQ-Construction.

«J'ai eu deux sources d'information sur Jocelyn Dupuis, une c'est les comptes de dépenses, la deuxième c'est que j'ai rencontré durant la Fête du travail un policier retraité de la GRC que je connais depuis fort longtemps et qui m'a informé que Jocelyn Dupuis était sous enquête dans une cause de blanchiment d'argent relié aux gangs de motards. Moi, je ne connais personne dans ces groupes-là et j'ai confronté Jocelyn Dupuis avec ça. Je lui ai fait part de ce que je savais, qu'il était sous enquête. Je lui ai fait part des factures injustifiées, puis je lui ai demandé de partir. Il ne méritait plus d'être un permanent de la FTQ; il ne méritait plus d'être associé à la FTQ ni à la FTQ-Construction», a rapporté Me Ryan, qui citait l'article.

M. Pereira a admis qu'il avait pris connaissance de l'article, donc des déclarations de M. Arsenault qui disait avoir confronté Jocelyn Dupuis avec ses relations douteuses et ses reçus. Mais M. Pereira a dit ignorer personnellement si M. Arsenault avait effectivement confronté Jocelyn Dupuis.

Rambo: le produit du système

L'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, Me Denis Houle, a également interrogé le témoin sur l'attitude du représentant syndical Bernard Gauthier, mieux connu sous son surnom de Rambo, rendu célèbre pour ses tactiques de placement de main-d'oeuvre plutôt insistantes sur les grands chantiers de la Côte-Nord.

Loin de le blâmer, M. Pereira l'a défendu. «Il prend les moyens nécessaires pour défendre ses travailleurs», a-t-il lancé _ une phrase qu'il a déjà utilisée pour se décrire lui-même. «Bernard fait partie d'un système qui est implanté dans le mouvement syndical.»

Selon lui, de tels hommes sont même recherchés par les organisations syndicales. «Toutes les centrales syndicales autres que la FTQ _ parce qu'il est parti de la FTQ _ vont dénigrer un gars comme Bernard Gauthier. Mais si Bernard Gauthier _ analogie au hockey _ devient agent libre, les quatre autres vont l'embaucher», a-t-il dit.

Il a soutenu que même la CSN, qui s'est plainte de l'intimidation de Bernard Gauthier, irait jusqu'à «le prendre immédiatement, même s'ils savent qu'ils ont fait une plainte contre lui avant».

M. Pereira, qui occupait des fonctions syndicales à la section locale 2182 du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (international) avant de faire le saut à la FTQ-Construction, a assuré qu'il existait des Bernard Gauthier dans toutes les organisations syndicales de la construction.

«Des Bernard Gauthier, au 2182, on en avait un. Ils ont tous des surnoms: Appache, Matou, Tiger. C'est toute dans le même moule. C'est un produit du système», a-t-il conclu.

À la fin de son témoignage, qui aura duré plusieurs jours, et qui a été interrompu par son traumatisme crânien survenu lors d'une chute dans un escalier, la juge France Charbonneau a félicité M. Pereira pour son «courage».

Lundi, l'avocat de la FTQ-Construction avait passé plusieurs heures à interroger M. Pereira sur son caractère bouillant.

Après avoir laissé entendre lundi qu'il en avait encore pour quelque temps avec le témoin mardi, l'avocat est revenu sur sa décision et a annoncé qu'il en avait finalement terminé avec M. Pereira. Mais Me Denis Turcotte n'était même pas présent à la Commission Charbonneau, mardi; c'est la procureure chef de la commission, Me Sonia LeBel, qui a fait savoir que Me Turcotte en avait fini avec le témoin.

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