POLITIQUE

Les médecins veulent élargir l'accès aux médecins de famille au Québec

29/10/2013 11:13 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST
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doctor's hands with a plane...

MONTRÉAL - Une meilleure organisation du travail des médecins et un investissement «marginal» de 15 millions $ pourraient suffire à améliorer l'accessibilité aux soins de première ligne d'ici deux ans, croit la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Les Québécois inscrits auprès d'un médecin de famille devraient obtenir une consultation en moins de trois jours «lorsque la situation le requiert», et tous ceux qui n'en ont pas devraient avoir accès à un omnipraticien en moins de 24 heures pour des consultations semi-urgentes.

Ce sont là les deux objectifs que l'organisation médicale s'est fixés à l'issue d'une étude conduite par un groupe de travail mis sur pied pour s'attaquer au problème du manque d'accessibilité aux soins de première ligne.

«On doit créer ce filet de sécurité-là et on est confiants d'y arriver», a lancé le président de la FMOQ, le docteur Louis Godin, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue mardi dans les locaux de l'organisation, à Montréal.

Selon un sondage effectué au cours des derniers mois pour le compte de la fédération, 93 pour cent des 1344 omnipraticiens interrogés jugent qu'il existe un problème d'accessibilité aux services médicaux de première ligne.

L'une des solutions à ce problème réside dans la réorganisation du travail des omnipraticiens, d'après les conclusions auxquelles en est venue la FMOQ.

«On a calculé que si tous les médecins qui font de la prise en charge voyaient trois ou quatre patients en situation urgente ou semi-urgente par jour, ça ferait un million de visites de moins dans les cliniques sans rendez-vous ou à l'urgence», a illustré le docteur Marc-André Asselin, premier vice-président de la fédération.

La FMOQ a dit souhaiter que les omnipraticiens revoient leurs façons de pratiquer et qu'ils se rendent «encore davantage accessibles» afin d'offrir de meilleurs services à la population.

«Le médecin, quand sa liste de rendez-vous est pleine trois mois à l'avance, c'est sécuritaire. Mais pour un patient qui veut consulter, ce n'est pas bon. Et ce n'est pas vrai (qu'en réservant des plages horaires), les médecins vont se retrouver avec des journées à ne rien faire», a dit le docteur Asselin, qui a adopté depuis trois ans cette nouvelle façon de faire dans sa clinique du quartier Rosemont, à Montréal.

La FMOQ invite ses membres à faire preuve d'ouverture — l'adhésion aux mesures préconisées par la fédération se fait sur une base volontaire.

«On ne ciblera pas des médecins en particulier. Mais selon l'analyse de la situation, on sait qu'on a un nombre suffisant de médecins qui sont prêts à faire les choses différemment et que cela va se traduire par les résultats que l'on espère avoir», a expliqué le docteur Godin.

Afin d'y parvenir, la fédération propose notamment la création d'unités d'accès populationnel (UAC), qui se grefferaient à des installations déjà existantes.

«Le projet n'est pas de créer 100 autres cliniques ou une autre structure à côté. On va travailler à partir des structures existantes dans la très, très grande majorité des cas. Ce n'est pas un nouveau réseau parallèle», a fait valoir le président de la FMOQ.

Mais les omnipraticiens ne pourront y arriver seuls: ils devront pouvoir compter sur une demi-journée de temps d'infirmière pour chaque tranche de 1000 patients, selon les analyses effectuées par la fédération.

Le ministère de la Santé devra également mettre la roue à l'épaule, a indiqué le docteur Godin, précisant que les omnipraticiens ne cherchent pas à discuter de rémunération, mais bien d'optimisation du réseau actuel.

En fait, les 15 millions $ demandés à Québec seraient essentiellement consacrés à la mise sur pied des UAC et la rémunération des infirmières, a précisé le docteur Marc-André Asselin.

«C'est un montant marginal. On investit des milliards de dollars dans nos établissements. Quinze millions pour compléter un réseau comme ça, je pense que c'est tout à fait accessible», a plaidé le docteur Godin.

«Les gens sont tannés d'aller consulter les samedis et les dimanches à la salle d'urgence, de passer six heures là, ou de faire le pied de grue à la porte des cliniques pour être vus», a-t-il poursuivi.

Il est d'ailleurs également question de favoriser l'informatisation du système de prise de rendez-vous afin de réduire le temps d'attente.

Car en plus d'être exaspérant pour les patients, cette situation joue sur le moral des professionnels de la santé, a commenté le docteur Asselin.

«Il faut informatiser tout ça, a-t-il martelé. Si les gens se ramassent encore 50 le matin pour venir prendre leur rendez-vous à la clinique... Moi, quand j'arrive à ma clinique et que je vois ça, je suis découragé.»

Un exemplaire du rapport a été transmis lundi soir au ministre de la Santé, Réjean Hébert, avec qui la FMOQ avait déjà eu des échanges au cours des dernières semaines.

Dans les couloirs de l'Assemblée nationale, mardi, le ministre s'est réjoui du fait que la FMOQ donne la priorité, comme lui, aux soins de première ligne.

«On fait le même diagnostic. On va regarder si le traitement qu'on propose peut s'harmoniser», a-t-il déclaré.

Le ministère de la Santé devra néanmoins prendre le temps nécessaire pour se pencher sur l'aspect budgétaire des propositions élaborées par la FMOQ avant de se prononcer sur les suites qu'il compte donner au rapport, a spécifié M. Hébert.