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Carboneutre : les suspects sur écoute

29/10/2013 11:03 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST
CEIC

EN DIRECT - La commission Charbonneau a commencé à faire entendre des extraits d'écoutes électroniques et à présenter des vidéos de filature faites par la SQ en 2008 dans le cadre de l'opération Diligence et portant sur l'infiltration par la mafia de l'entreprise Carboneutre. Ils confirment que Jocelyn Dupuis effectuait des démarches au profit de Carboneutre à un moment où il était encore directeur général de la FTQ-Construction.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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Ces éléments de preuve ont été commentés par l'enquêteur de la commission Nicodemo Milano après qu'il eut présenté les différents acteurs impliqués dans cette affaire, dont Jocelyn Dupuis, Raynald Desjardins et Giuseppe Bertolo, mafieux notoires, et Domenico Arcuri fils, considéré comme proche de la mafia italienne.

Des profils de chacun d'eux ont été présentés, avec les détails de leurs liens au sein de différentes entreprises.

La commission a par la suite présenté deux extraits vidéos d'une filature effectuée par la Sûreté du Québec le 27 octobre 2008, soit tout juste avant que le successeur de Dupuis à la FTQ-Construction ne soit choisi.

Sur le premier on peut voir le syndicaliste chez Grues Guay, en compagnie de MM. Desjardins, Joe Bertolo et Mario Boulé.

M. Boulé est considéré proche des Hells Angels Jacques « Israël » Émond et Normand « Casper » Ouimet, en plus d'être un associé de Louis-Pierre Lafortune, alors vice-président de Grues Guay, au sein de Solutions de crédit alternatif, un prêteur privé.

On peut y voir MM.Dupuis et Bertolo faire une accolade à Raynald Desjardins, un « signe de proximité » a noté l'enquêteur Milano. Mario Boulé se dirige ensuite dans l'édifice de Grues Guay, où l'attend Jacques Émond. Selon l'enquêteur, ce dernier n'est pas sorti de l'immeuble pour ne pas attirer l'attention des policiers sur les autres hommes présents.

Sur la deuxième vidéo, filmée deux heures plus tôt, on peut voir MM. Dupuis et Bertolo marcher ensemble sur le boulevard Couture, à Saint-Léonard, près de l'entreprise Tilmar, actionnaire de la compagnie propriétaire de Tilmar, propriété de Tony Volpato. De telles marches, a expliqué Nicodemo Milano, avaient pour but « d'éviter toute interception de conversation ».

La commission a ensuite fait entendre des écoutes électroniques enregistrées lors de l'opération Diligence pour étayer sa preuve. Les premiers enregistrements présentés, impliquant MM Dupuis et Desjardins, montrent notamment que dès le mois de mai 2008, Jocelyn Dupuis s'impliquait activement en faveur de Carboneutre. Il ne quittera son poste de directeur général de la FTQ-Construction que quelques mois plus tard.

Les deux premières conversations, captées le 5 mai, impliquent Jocelyn Dupuis et Raynald Desjardins. Les deux hommes se connaissent bien. Jocelyn Dupuis appelle Desjardins « mon chum » à plusieurs reprises; son interlocuteur lui donne du « mon ami ». On peut notamment y entendre Jocelyn Dupuis dire qu'il veut « attendre d'être avec Élaine » Zakaïb avant d'appeler deux personnes du Fonds.

Mme Zakaïb, aujourd'hui ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec dans le gouvernement Marois, était à l'époque présidente-directrice générale des Fonds régionaux de solidarité FTQ, un poste qu'elle a occupé de 2004 à 2012.

Dans la seconde conversation, les deux hommes se donnent rendez-vous au restaurant Cavalli, « un lieu de fréquentation du crime organisé italien » a précisé M. Milano.

La troisième conversation, captée le 28 mai 2008, implique Jocelyn Dupuis et un dénommé « André », qui travaillait au sein d'un fonds régional de la FTQ-Construction. André lui rapporte avoir parlé avec Domenic - vraisemblablement Arcuri - mais souhaite que M. Dupuis lui en dise plus sur ses affaires, ses explications ne l'ayant pas satisfait.

M. Dupuis fait un portrait flatteur de son entreprise de construction Mirabeau. M. Dupuis pense qu'il a ce qu'il faut pour se préqualifier pour le Fonds.

« Moi je pense que ça va être une bonne business. » — Jocelyn Dupuis

André fait cependant valoir que les besoins de 7,5 millions de Domenic sont élevés pour un Fonds régional. Mais M. Dupuis fait valoir qu'Élaine Zakaïb a promis son aide, mais pour une partie seulement de la somme.

En fait, l'extrait suivant du 16 mai démontre que M. Dupuis ne connaissait pas Domenic Arcuri puisqu'il demande à Giuseppe Bertolo de lui épeler son nom de famille ainsi que le nom de sa compagnie, Mirabeau. Il appelera cependant le lendemain Raynald Desjardins qui lui fournira davantage d'informations sur Carboneutre.

Puis, le 20 mai, M. Dupuis s'entretient avec M. Arsenault pour lui vanter Carboneutre. Ce dernier lui offre des conseils d'ordres généraux pour M. Arcuri sur la meilleure façon d'obtenir de l'aide du Fonds. « Quand t'es dans la ligne nationale, ça te prend un dossier étoffé », fait valoir le président de la FTQ ». Le même jour, MM Dupuis et Arsenault se reparlent : le directeur général de la FTQ-Construction le sollicite pour Garnier Kids, la fondation de Joe Borsellino, dont il est le président d'honneur.

M. Arsenault lui assure sinon que Carboneutre est « dans la machine à saucisses », un propos que va rapporter plus tard M. Dupuis à M. Desjardins. L'échange démontre sinon le rôle central de ce dernier à Carboneutre, mais aussi le fait qu'il doit garder profil bas: M. Dupuis lui souligne clairement qu'il ne doit pas se pointer à la rencontre prochaine avec le Fonds de solidarité FTQ.

La commission Charbonneau a amplement traité de Carboneutre avant la relâche de la semaine dernière.

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