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Charbonneau: écoute électronique sur les tentatives pour obtenir l'aide du Fonds

29/10/2013 01:39 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - La Commission Charbonneau a fait entendre, mardi, près d'une trentaine d'extraits d'écoute électronique dans lesquels Jocelyn Dupuis, alors directeur général de la FTQ-Construction, et le caïd Raynald Desjardins parlent de leurs efforts pour obtenir un prêt du Fonds de solidarité de la FTQ pour l'entreprise Carboneutre, en 2008.

Raynald Desjardins demande à Jocelyn Dupuis s'il a fait avancer son dossier au Fonds. «C'est sur les autres qu'il faut que tu mettes de la pression», lui dit-il.

«Je vais les pousser dans le cul, sois sûr de ça», lui répond Jocelyn Dupuis.

Raynald Desjardins s'inquiète aussi d'«une personne là-dedans qui ne veut pas que ça passe». Cette personne n'a pas été identifiée.

Jocelyn Dupuis le rassure. «Elle va avoir le mandat de le passer.»

Raynald Desjardins veut assister à la présentation du dossier Carboneutre au Fonds, mais Jocelyn Dupuis s'empresse de lui dire de ne surtout pas se présenter. D'ailleurs, dans le dossier soumis au Fonds, jamais on n'a parlé de Desjardins, a témoigné le policier Nicodemo Milano, enquêteur à la commission, qui a commenté ces extraits.

La commission a aussi entendu quelques conversations entre M. Dupuis et Michel Arsenault, président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds de solidarité de la FTQ. M. Arsenault l'avise que les résultats financiers du Fonds ne sont pas très bons.

Lors d'une conversation en juillet 2008, M. Arsenault lui dit qu'il va «passer» les deux dossiers au fonds et qu'il n'a qu'une parole. Il s'agit d'un autre dossier de Rénald Grondin, relié à la FTQ-Construction, et de Raynald Desjardins, de Carboneutre.

Dans un extrait, on entend M. Dupuis parler avec un dénommé André, du Fonds de solidarité, de démarches réalisées auprès d'Élaine, du Fonds régional. Élaine Zakaïb, aujourd'hui ministre déléguée à la Politique industrielle dans le gouvernement péquiste, était à l'époque présidente des fonds régionaux de solidarité.

À Québec, la ministre Zakaïb a rappelé que le dossier Carboneutre avait été présenté par Jocelyn Dupuis, mais qu'il n'avait pas été accepté. «C'est un dossier qu'on n'a pas jugé économiquement rentable, alors il n'y a pas d'investissement qui a été fait», a-t-elle affirmé.

Elle a aussi précisé que le dossier avait été évalué par une équipe régionale, alors qu'elle était présidente de l'ensemble des fonds régionaux.

L'entreprise Carboneutre tentait d'obtenir un prêt de 2 millions $ du Fonds de solidarité. Les besoins financiers ont évolué au fil des mois, passant à 7,5 millions $ puis à 5,5 millions $.

Le Fonds de solidarité n'a finalement jamais investi dans Carboneutre.

Le policier enquêteur de la commission, Nicodemo Milano, qui témoignait à partir de ces enregistrements, a laissé entendre que les responsables du fonds n'avaient rien à se reprocher dans ces conversations, qu'ils faisaient simplement leur travail de s'informer au sujet de l'entreprise et de l'identité des actionnaires, qu'ils exigeaient un meilleur plan d'affaires et des documents pour étayer leurs dires.

Dans plusieurs enregistrements, Michel Arsenault indique à Jocelyn Dupuis, qui semble faire du lobbying pour l'entreprise Carboneutre, que Gaëtan Morin, du Fonds, n'est pas satisfait des documents qu'il a reçus.

Finalement, le 15 octobre 2008, Jocelyn Dupuis, qui sait qu'il va partir de la FTQ-Construction, annonce à Michel Arsenault: «je m'en vais directeur général pour eux autres (Carboneutre)».

Curieusement, dans leurs échanges entendus par la commission jusqu'ici, M. Arsenault n'exprime aucune colère face à Jocelyn Dupuis, même à l'époque où il a été mis au courant de ses allocations de dépenses exagérées par Ken Pereira, en septembre 2008. M. Arsenault avait pourtant publiquement affirmé qu'il avait demandé à Jocelyn Dupuis de quitter son poste, mécontent de son comportement.

La commission a également visionné des extraits vidéo montrant Jocelyn Dupuis qui embrasse littéralement le caïd Raynald Desjardins _ un signe de «proximité et de familiarité», selon le policier Milano.

On y voit aussi Jacques Isarël Émond, un membre en règle des Hells Angels de Sherbrooke, et Mario Boulé, une relation de Jacques Israël Émond et Raynald Desjardins.

La commission n'a entendu que la moitié des extraits d'écoute électronique qu'elle doit entendre. Elle poursuivra leur audition mercredi.

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