POLITIQUE

Stephen Harper affirme maintenant avoir congédié son ex-chef de cabinet Nigel Wright

28/10/2013 11:12 EDT | Actualisé 28/12/2013 05:12 EST
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TORONTO, ON - AUGUST 29 - Prime Minister Stephen Harper Thursday announced legislation to toughen child sexploitation laws. He is seen answering questions following his speech. He met with ministers and child advocates at the Banbury Community Centre in the York Mills and Leslie area and then made a speech at the International Plaza hotel near the airport. (Richard Lautens/Toronto Star via Getty Images)

OTTAWA - Le sénateur Mike Duffy a fait une autre déclaration-choc au Sénat: en plus du chèque de 90 000 $ qu'il a reçu pour rembourser ses dépenses considérées inappropriées par le bureau du premier ministre, il affirme en avoir reçu un autre de 13 560 $ pour payer ses frais d'avocats.

Et ces chèques démontreront qui dit la vérité, a insisté le sénateur, au coeur du scandale des dépenses et depuis pris dans un bras de fer avec le bureau du premier ministre.

Il a déclaré lundi que le bureau de Stephen Harper s'est arrangé pour que l'avocat du Parti conservateur, Arthur Hamilton, paie ainsi ses frais juridiques.

Mike Duffy y voit la preuve que ses dépenses de résidence secondaire étaient conformes et appropriées, sinon Stephen Harper n'aurait jamais autorisé ce chèque de 13 560 $, dit-il.

Mike Duffy, expulsé du caucus conservateur en mai et maintenant menacé de suspension sans salaire, maintient ainsi sa version des faits avancée la semaine dernière selon laquelle le premier ministre souhaitait qu'il rembourse ses dépenses de logement à Ottawa, même si elles étaient justifiées, car cela aurait été «inexplicable» aux yeux des militants du parti.

«Cela n'a jamais rien eu à voir avec l'éthique, a-t-il lancé avec véhémence à la Chambre haute lundi. C'était juste une question de politique».

Combatif, le sénateur, un ex-journaliste de télévision, a aussi laissé entendre qu'il soupçonne le bureau du premier ministre d'avoir utilisé l'argent des militants, de la base conservatrice, pour effectuer ce paiement.

Il a rappelé que la théorie offerte par le bureau du premier ministre était que Nigel Wright — son ex-chef de cabinet — avait agi seul et pris l'initiative de faire le chèque de 90 000 $, un geste grave qui a fait en sorte qu'il n'est plus en poste.

«Un chèque de Nigel Wright? Non, mesdames et messieurs, il y avait deux chèques. Au moins deux chèques», a-t-il lancé avec fougue.

«Je n'ai jamais vu de chèque de Nigel Wright», a ensuite précisé le sénateur, au sujet de celui de 90 000 $.

«Mais j'ai le talon de chèque et la lettre de transmission d'Arthur Hamilton, l'avocat du Parti conservateur», a-t-il spécifié, déposant même des copies de ces documents au Sénat, dont le chèque de 13 560$ fait à l'ordre d'une firme d'avocats.

Les propos ont résonné dans la Chambre haute et été accueillis avec stupéfaction.

Mike Duffy a réitéré que tout ce scénario le concernant était une machination des responsables conservateurs au Sénat, sous la gouverne du bureau du premier ministre, dont le but était d'étouffer le scandale des dépenses au Sénat qui empoisonne la vie du gouvernement conservateur depuis des mois.

Le leader du Gouvernement au Sénat, Claude Carignan, n'a pas voulu commenter les nouvelles allégations de Mike Duffy. Et même si ses affirmations tendent à valider sa version des faits — notamment un courriel de Nigel Wright où il a écrit que le sénateur Duffy s'est conformé aux règles — il n'a pas voulu dire s'il allait poursuivre sur sa lancée et faire suspendre les trois sénateurs.

Quant à Arthur Hamilton, il n'a pas non plus voulu commenter les prétentions de M. Duffy lorsque rejoint par la Presse canadienne.

Mais un porte-parole du Parti conservateur semble avoir confirmé en quelque sorte les soupçons de M. Duffy sur la provenance des fonds qu'il a reçus.

«Au moment où ces frais juridiques ont été encourus et payés, Mike Duffy était membre du caucus», a indiqué Cory Hann dans un courriel.

«Le parti conservateur aide quelquefois les membres du caucus avec leurs frais juridiques».

Au bureau du premier ministre, on a répété la version des faits convenue depuis le début, soit que Nigel Wright a agi seul et que le premier ministre n'était pas au courant de l'entente.

Mike Duffy a fait toutes ses déclarations au Sénat lundi après-midi, dans un discours enflammé alors que les sénateurs, divisés, envisagent toujours de le suspendre sans salaire, ainsi que ses collègues impliqués dans le scandale des dépenses — Pamela Wallin et Patrick Brazeau.

Les sénateurs sont partagés sur cette sanction, même au sein du caucus conservateur. Plusieurs estiment que les trois sénateurs n'ont pas eu l'occasion de présenter leur version des faits de façon juste et équitable.

Un sénateur libéral a suggéré par motion que toute l'affaire soit renvoyée pour étude plus approfondie à un comité sénatorial. Le débat sur cette proposition se poursuivait lundi.

Et vendredi, M. Carignan, avait offert des sanctions moins lourdes pour Pamela Wallin et Patrick Brazeau.

Bref, Stephen Harper a beau dire qu'il veut que les sénateurs Duffy, Brazeau et Wallin soient suspendus sans salaire, ses propres troupes au Sénat laissent entendre qu'ils ne l'écouteront peut-être pas.

Mais en matinée, lundi, sur les ondes d'une radio de Halifax, M. Harper tenait toujours la ligne dure.

«Quand vous avez ramassé des centaines de milliers de dollars en dépenses inappropriées et que ça a pris un an pour arriver au fond de tout ça, je crois que les gens s'attendent à une action», a-t-il dit sur les ondes de la station 97,5.

Dans cette même entrevue, le premier ministre a changé sa version de l'affaire Duffy. M. Harper soutient maintenant que son ancien chef de cabinet, Nigel Wright, a été «congédié» après qu'il eut fait le chèque de 90 000 $.

Cette affirmation est en contradiction avec la version qu'il donnait jusqu'à maintenant, soit que M. Wright avait reconnu son erreur en faisant le chèque et avait démissionné.

Les débats au Sénat sur les suspensions des trois sénateurs se sont poursuivis toute la journée, lundi.

Le leader du gouvernement au Sénat, Claude Carignan, avait prévu déposer une motion pour accélérer le processus et passer au vote rapidement, mais celle-ci n'a finalement pas été présentée.

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