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Espionnage: l'Espagne demande des explications aux États-Unis

28/10/2013 06:31 EDT | Actualisé 28/12/2013 05:12 EST
AP
A bee flies near President Barack Obama as he announces Jeh Johnson as his choice for the next Homeland Security Secretary in the Rose Garden at the White House in Washington, Friday, Oct. 18, 2013. Johnson was general counsel at the Defense Department during the wars in Iraq and Afghanistan. (AP Photo/Charles Dharapak)

L'Espagne a réclamé lundi aux Etats-Unis des explications sur des écoutes téléphoniques présumées, tandis que la tempête provoquée par les écoutes de la NSA ne faiblissait pas même si Washington niait que Barack Obama ait été au courant d'une surveillance téléphonique d'Angela Merkel.

Selon le quotidien espagnol El Mundo, l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) a récemment espionné plus de 60 millions d'appels téléphoniques en un mois en Espagne, qui s'ajouterait ainsi à la longue liste des pays européens espionnés, tels que la France.

"Ces pratiques, si elles sont avérées, sont inappropriées et inacceptables entre pays alliés et amis", a réagi le ministère espagnol des Affaires étrangères, où a été convoqué lundi l'ambassadeur des Etats-Unis à Madrid, James Costos.

Au cours de cet entretien, le secrétaire d'Etat espagnol pour l'Union européenne, Iñigo Mendez de Vigo, a "sommé les autorités des Etats-Unis de fournir toutes les informations nécessaires sur les écoutes supposées réalisées en Espagne".

Pendant ce temps, une délégation du Parlement européen est arrivée pour trois jours aux Etats-Unis, pour des discussions portant sur "l'impact des programmes de surveillance sur les droits fondamentaux des citoyens de l'UE, en particulier le droit à la vie privée".

"Notre confiance est ébranlée", a déclaré l'Allemand Elmar Brok, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, à l'issue d'une rencontre avec des élus américains. "Il n'est pas acceptable, par exemple, que la chancelière Merkel et d'autres aient été espionnés pendant plus de 10 ans", a-t-il poursuivi.

Selon un document présenté comme émanant de l'ex-analyste de la NSA Edward Snowden, reproduit lundi par El Mundo, cette agence a également "espionné 60.506.610 appels téléphoniques" en Espagne entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013.

Vendredi déjà, le journal El Pais affirmait que la NSA avait espionné des responsables espagnols, dont l'ancien Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero.

Le chef du gouvernement de droite, Mariano Rajoy, allié des Etats-Unis, avait alors souligné que son pays n'envisageait pas, "pour l'instant", d'adhérer à l'initiative franco-allemande en vue de demander des "clarifications" à Washington sur le travail de ses services secrets.

Lundi, la tempête provoquée par les écoutes de la NSA en Europe continuait d'alimenter la polémique dans les pays concernés, plus particulièrement en Allemagne, où les révélations sur l'espionnage présumé d'un téléphone portable de la chancelière ont créé un choc.

Les députés allemands auront le 18 novembre une séance extraordinaire consacrée à cette affaire.

Le magazine Der Spiegel, qui avait révélé les soupçons du gouvernement fédéral à cet égard, a fait de nouvelles révélations ce week-end, écrivant que Mme Merkel était en fait écoutée depuis 2002, soit avant même qu'elle ne devienne chancelière (2005) et lorsque George Bush était à la Maison Blanche.

Der Spiegel a en outre assuré que le président Barack Obama était au courant depuis 2010 de ce programme d'écoute. Dans un communiqué envoyé dimanche soir à l'AFP à Washington, la NSA a démenti ces dernières accusations.

"Le général (Keith) Alexander (qui dirige la NSA) n'a pas discuté avec le président Obama en 2010 d'une opération de renseignement supposée impliquant la chancelière Merkel et n'a jamais discuté d'une quelconque opération l'impliquant. Les informations de presse affirmant le contraire ne sont pas fondées", a déclaré Vanee Vine, une porte-parole de l'agence de renseignement.

Lundi, le Wall Street Journal affirmait quant à lui que les Etats-Unis avaient mis fin aux écoutes de la chancelière et d'autres dirigeants étrangers après que Barack Obama eut appris l'existence d'un tel programme.

Sans commenter ces dernières informations, la presse allemande continuait de se montrer virulente à l'égard des Etats-Unis.

Dans un éditorial intitulé "L'ami écoute" faisant référence aux affiches de propagande de la Seconde Guerre mondiale, invitant les citoyens à rester sur leurs gardes car "l'ennemi écoute", le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung assimilait les Etats-Unis à "une puissance d'occupation numérique".

La classe politique, pour scandalisée qu'elle apparaisse, peinait à tirer des conséquences claires de cette crise. Certains évoquent, chez les sociaux-démocrates comme chez les conservateurs, une suspension des discussions sur un accord de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis, mais Mme Merkel s'est clairement désolidarisée d'une telle démarche.

Pour le moment, l'Allemagne compte envoyer cette semaine aux Etats-Unis une délégation de hauts représentants de ses services de renseignement afin d'"avancer dans les discussions avec la Maison blanche et la NSA sur les allégations récemment évoquées", selon le porte-parole adjoint de la chancelière, Georg Streiter.

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