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Un nouveau livre de Sami Aoun: le «Printemps arabe» n'a pas livré tout son sens

27/10/2013 11:19 EDT | Actualisé 27/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Le «Printemps arabe», cette grande période de bouleversements qui s'est amorcée au début de 2011, est bien plus qu'une saison. Le professeur Sami Aoun, reconnu pour ses analyses du monde arabo-musulman, publie un livre sur les fondements de cette révolution.

Le récit prend la forme d'une vaste rétrospective des forces en présence et des idées exprimées dans ces grandes manifestations qui ont par moment renversé un pouvoir et laissé la rue parler. Trop tôt, par contre, pour conclure si ces divers mouvements ont été couronnés de succès ou contraints à l'échec.

Trop tôt puisque le printemps n'a pas dit son dernier mot, croit l'auteur. Les nouveaux pouvoirs qui en ont émergé ne sont pas encore enracinés. Parallèlement, en Égypte et en Syrie, l'instabilité a repris le terrain et témoigne que tout n'est pas terminé.

Le professeur de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke croit que son livre — intitulé Le Printemps arabe mirage ou virage ? — jette les bases à une compréhension du monde arabe et de son peuple qui aspire à se façonner une nouvelle identité. L'auteur, qui a déjà publié «Le retour turbulent de Dieu» (2011), «Aujourd’hui l’islam» (2007) et «Mots-clés de l’islam» (2007), raconte cette fois comment le monde arabe a lancé, il y a trois ans, un appel à la justice sociale.

Cet ouvrage, il l'a conçu pour le grand public, mais aussi pour lever le voile sur une région du monde souvent jugée hostile aux valeurs démocratiques et étanche aux valeurs de la modernité.

Avec une population composée à plus de 60 pour cent de jeunes de moins de 25 ans, Sami Aoun affirme que cette jeunesse aspire à de nouvelles conditions de vie. Il soutient que des phénomènes profonds se dessinent, que ces jeunes souhaitent accéder au marché du travail, avoir une dignité et ne cherchent pas à être écrasés par régimes autoritaires qui verrouillent, littéralement, le système démocratique.

«Le livre met en relief qu'il s'agit d'une phase de transition, très turbulente, et avec des acteurs qui n'arrivent pas à s'engager selon les idéaux premiers de ce printemps arabe qui sont d'assurer la liberté et garantir la dignité humaine dans l'espace arabo-musulman», a affirmé l'enseignant d'origine libanaise.

Près de trois ans après le début du printemps érable, le monde arabe a vu émerger un islamisme radical, la charia, la persécution des chrétiens et le spectre de guerres civiles. La liberté promise ou espérée pour le Moyen-Orient tarde encore à s'implanter.

«Le printemps arabe n'a pas livré tout son sens», a ajouté M. Aoun avant d'enchaîner que ceux qui ont choisi de quitter le monde arabo-musulman pour immigrer au Québec, ont porté, dans leurs valises, les espoirs de cette révolution.

«Plusieurs nouveaux arrivants au Québec viennent de cet espace au Québec et portent avec eux beaucoup d'aspiration et d'ambition pour la démocratie et vont vivre, ici, une recomposition de leur identité, ce qui ne passe pas si facilement et sans souffrance», a exprimé Sami Aoun.

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