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Ottawa ne craint pas que la Roumanie fasse dérailler l'accord de libre-échange

24/10/2013 03:43 EDT | Actualisé 24/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Le gouvernement du Canada ne craint pas de voir la Roumanie faire dérailler l'accord de libre-échange qu'il vient de conclure avec l'Union européenne.

Le ministre des Affaires étrangères de la Roumanie, Titus Corlartean, a déclaré cette semaine que son pays pourrait refuser de signer l'accord si le Canada ne lève pas l'obligation de visa pour les Roumains. L'entente de principe conclue vendredi dernier doit obtenir l'aval des 28 pays membres de l'Union européenne pour entrer en vigueur.

De passage à Montréal jeudi pour vanter les mérites de cet accord, le ministre fédéral du Commerce international, Ed Fast, s'est dit persuadé de voir cette question résolue.

M. Fast a rappelé que le Canada avait imposé une obligation de visa à trois pays européens, soit la Roumanie, la Bulgarie et la République tchèque, afin de contrer un influx anormal de faux réfugiés. Il a affirmé que cette situation n'était pas permanente.

«Il y a deux semaines, nous avons annoncé la levée de l'obligation de visa pour les citoyens de la République tchèque et nous travaillons en étroite collaboration avec la Roumanie, de même qu'avec la Bulgarie, pour résoudre cette question avec eux également.»

Le ministre a cependant insisté sur le fait que le commerce international et l'immigration sont des dossiers complètement distincts et que le Canada n'a aucune intention de lier les deux.

«Le ministre (de l'Immigration) Chris Alexander est en contact avec les deux pays pour s'assurer d'aller de l'avant dans la résolution de cette question. La question des visas est toutefois séparée de nos négociations commerciales et nous avons été très clairs là-dessus», a indiqué le ministre Fast.

Celui-ci s'était entouré d'une importante brochette de représentants des milieux d'affaires québécois pour vanter les mérites de l'entente de libre-échange, qui ouvre un marché de 500 millions d'habitants aux entreprises canadiennes.

Tour à tour, les porte-parole des chambres de commerce, du Conseil du patronat, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, des manufacturiers et exportateurs et de différents secteurs économiques sont venus louanger l'effort du gouvernement canadien, qui a réussi à conclure cet accord après quatre ans de négociations.

«Au Québec, nous avons un déficit commercial et, donc, il faut absolument le résoudre rapidement. Que l'on ait la possibilité de trouver un nouvel élan en termes d'exportation, c'est une urgence à laquelle on vient répondre», a déclaré la directrice des affaires publiques et relations gouvernementales des Manufacturiers et exportateurs du Québec, Audrey Azoulay.

Pour sa part, le président de l'Association de l'aluminium du Canada, Jean Simard, a fait valoir que les barrières tarifaires ont fermé le marché européen à l'aluminium canadien.

«Le continent européen nous échappe depuis très longtemps», a-t-il souligné. «Le marché est approvisionné par la Chine, la Russie et le Moyen-Orient à travers la Turquie. C'est une compétition à laquelle on ne peut faire face.»

Selon M. Simard, la levée des barrières tarifaires ouvrira l'Europe de la même manière que l'ALENA a ouvert le marché américain. Et puisque l'Europe a des normes environnementales très élevées et un marché du carbone, M. Simard s'est dit convaincu que l'aluminium canadien obtiendra un avantage, puisqu'il est de très loin le plus «vert» de la planète.

«C'est un grand pas pour le Canada, mais un pas de géant pour le Québec», a-t-il estimé.

La préoccupation entourant l'ouverture du marché canadien aux fromages européens demeure tout de même vive, comme l'a exprimé le porte-parole de la Fédération des chambres de commerce du Québec, François-William Simard.

«Les craintes qui ont été exprimées sont tout à fait légitimes. Nous avons des membres dans l'industrie fromagère et leurs craintes ne nous laissent pas indifférents», a indiqué M. Simard.

Prenant acte de la promesse du premier ministre Stephen Harper d'offrir des mesures de compensation aux producteurs de fromage, M. Simard a tout de même profité de la tribune que lui offrait le ministre Fast pour demander à Ottawa de s'activer.

«Nous invitons votre gouvernement à rapidement annoncer (la forme) que pourrait prendre cette aide future afin de rassurer les producteurs fromagers du Québec», a déclaré M. Simard.

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