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L'espionnage américain bouscule le sommet européen à Bruxelles

24/10/2013 02:55 EDT | Actualisé 24/12/2013 05:12 EST
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BRUSSELS, BELGIUM OCTOBER 24: French President Francois Hollande (L) and German Chancellor Angela Merkel (R) hold a bilateral meeting prior to the European Council summit at the European Council headquarters on October 24, 2013 in Brussels, Belgium. EU leaders focus on digital economy, innovation and services growth, and the economic and monetary union on the a two-day summit. (Photo by Dursun Aydemir/Anadolu Agency/Getty Images)

BRUXELLES (AFP) - Le choc des révélations sur la surveillance de la chancelière allemande par les Américains a bousculé le début du sommet européen jeudi, Angela Merkel et François Hollande dénonçant en commun des pratiques "inacceptables".

"L'espionnage entre amis, ça ne va pas du tout", a lancé la chancelière allemande à son arrivée à Bruxelles.

Cette affaire a mis sous tension la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement qui se présentait comme un sommet "de routine" consacré notamment à l'économie numérique.

Mme Merkel et M. Hollande en ont parlé lors d'un entretien bilatéral. Ils ont réaffirmé "l'un comme l'autre le caractère inacceptable" des écoutes américaines, souhaitant que "l'on trouve les moyens d'en sortir", selon une source française.

Ils sont également convenus de "concertations régulières" franco-allemandes. Mais ils n'ont évoqué ni la suspension d'un accord UE-Etats-Unis sur le transfert des données bancaires, demandée par le Parlement européen, ni une éventuelle suspension des négociations de libre-échange entre les deux blocs, comme l'a réclamé le patron du parti social-démocrate allemand, Sigmar Gabriel.

A l'instar de M. Hollande en début de semaine, Mme Merkel a demandé des explications au président Barack Obama sur les révélations selon lesquelles son téléphone portable "pourrait être surveillé par les services américains". Elle a mis en garde contre un "coup sérieux à la confiance" entre les deux alliés si ces pratiques étaient avérées. La justice allemande a annoncé analyser ces informations.

De son côté, le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a refusé de dire si son pays avait espionné Mme Merkel par le passé. Les Etats-Unis "ne surveillent pas et ne surveilleront pas les communications de la chancelière", s'est-il contenté de répéter.

Le sujet est particulièrement sensible en Allemagne, traumatisée par la surveillance systématique des citoyens par la Stasi en Allemagne de l'Est du temps de la RDA, où Angela Merkel a passé sa jeunesse.

Evoquant cette période, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a mis en garde jeudi contre le "totalitarisme", insistant sur le "droit fondamental" au respect de la vie privée.

"Toute la vérité"

L'Italien Enrico Letta a demandé "toute la vérité" tandis que le Belge Elio Di Rupo réclamait des "mesures européennes" contre "cet espionnage systématique".

Les Européens n'ont jusqu'à présent affiché aucune unité face au scandale provoqué par les révélations d'Edward Snowden sur le vaste système de surveillance cybernétique américain. Et pour cause: non seulement les questions de renseignement relèvent des compétences nationales, mais l'espionnage se pratique aussi entre pays de l'UE.

Le journaliste Glenn Greenwald, détenteur des dossiers que lui a confiés Edward Snowden, a affirmé que les Italiens avaient été espionnés non seulement par les Américains, mais également par les Britanniques.

Autre signe de l'incapacité des Européens à afficher un front uni: leurs divergences sur le projet de loi sur la protection des données présenté il y a plusieurs mois par la Commission européenne.

"Maintenant, il faut agir et pas seulement faire des déclarations", a lancé jeudi la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, appelant à faire en sorte que la réforme soit adoptée "d'ici au printemps 2014". Bruxelles veut que les grands groupes de l'internet obtiennent le consentement préalable des personnes à l'utilisation de leurs données personnelles, sous peine d'amendes.

Naufrage de l'Europe

La politique d'immigration devrait être l'autre sujet dominant du sommet, trois semaines après la tragédie de Lampedusa.

Les dirigeants des pays du Sud confrontés à l'afflux de migrants en Méditerranée, Italie et Malte mais aussi Grèce, Espagne et Chypre, entendent exiger de leurs homologues plus de solidarité concrète.

"Nous aurons une position très ferme. Nous voulons que l'UE change d'attitude" sur l'immigration, a annoncé M. Letta. Rome réclame un renforcement de Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes.

Cette pression a été accentuée par la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, qui a fait jeudi le déplacement à Bruxelles pour exhorter les dirigeants européens à agir. "Sans nouvelle politique européenne sur le droit d'asile, ce ne sont pas seulement les migrants, mais l'Europe qui fera naufrage à Lampedusa", a-t-elle averti.

Quant au président du Parlement européen, Martin Schulz, il a appelé les dirigeants de l'UE à réviser la politique d'asile en Europe pour alléger le fardeau des pays d'arrivée.

Mais les chefs d'Etat ou de gouvernement ont prévu de renvoyer à juin 2014, soit après les élections européennes, la définition d'une véritable stratégie en matière d'asile et de migration. En attendant, ils devraient appeler au "renforcement" de Frontex et à une "politique de retour" des migrants "plus efficace".

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