POLITIQUE

Malaise chez les conservateurs au lendemain des révélations de Mike Duffy

23/10/2013 11:49 EDT | Actualisé 23/12/2013 05:12 EST
CP

OTTAWA - Après avoir été acculé au pied du mur avec les accusations cinglantes de Mike Duffy à son égard, Stephen Harper a choisi la riposte. Et comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, le chef conservateur a répondu personnellement à toutes les questions adressées par l'opposition sur le scandale du Sénat.

Oui, il a bien ordonné à Mike Duffy de repayer les 90 000 $ en allocations de logement qu'il avait touchées en trop. «Vous avez sacrément raison que je lui ai demandé de repayer», a-t-il lancé en Chambre. Mais non, il ne lui a jamais dit que ce n'était pas une question de règles, mais de «perception».

«Vous ne pouvez pas réclamer des dépenses que vous n'avez pas faites. Ce n'est pas correct.»

La veille, M. Duffy avait affirmé qu'en février, lors d'une rencontre privée avec son chef de cabinet d'alors Nigel Wright, M. Harper l'avait sommé de rembourser l'argent parce que ces dépenses allaient être «inexplicables» à la base électorale conservatrice.

Autre point sur lequel M. Harper s'est défendu: non, ce n'est pas lui qui a orchestré le «scénario» dans lequel M. Wright signait le chèque de 90 000 $ adressé à Mike Duffy en échange que ce dernier accepte le blâme.

«Les instructions étaient absolument claires, que je m'attendais à ce que M. Duffy rembourse ses dépenses et pas que M. Wright les rembourse pour lui. Ça non plus, ce n'était pas correct», a signalé M. Harper.

«C'est pourquoi M. Wright ne travaille plus pour moi et pourquoi M. Duffy n'est plus au Sénat.»

Malaise au caucus

Plus tôt en journée, le malaise était palpable au sein des troupes conservatrices. Pour certains, M. Duffy a tout simplement menti dans sa déclaration cinglante à la Chambre haute; pour d'autres, les versions de Stephen Harper et de M. Duffy sont réconciliables.

Selon l'ex-leader du gouvernement au Sénat Marjory LeBreton, également éclaboussée par les propos de M. Duffy, ce que son ex-collègue a avancé la veille est «tout simplement faux». «Je n'ai pas été impliquée dans aucune conspiration, je n'ai été impliquée dans aucune discussion», a-t-elle assuré.

Pour d'autres, comme le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, il est impossible de départager le vrai du faux, même s'il affirme croire malgré tout la version de son chef. «Eh mon doux, je n'étais pas dans le bureau de M. Harper (...), donc je n'ai aucune idée à savoir qui dit vrai là-dedans. Mais moi, je crois mon chef.»

Selon M. Duffy, au moins deux avocats du bureau du premier ministre et un autre du Parti conservateur ont participé à l'élaboration de l'entente voulant que l'ex-chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, signe le chèque pour M. Duffy.

Dans ces circonstances, plusieurs se demandent comment le premier ministre lui-même a pu ignorer ce qui se tramait, dont le chef de l'opposition, Thomas Mulcair.

«S'il y avait plein de monde dans son entourage au courant de la magouille, comment ça se fait que Stephen Harper a dit exactement le contraire en Chambre le 5 juin ?», a-t-il demandé à la sortie de son caucus. À l'époque, M. Harper avait déclaré que Nigel Wright avait agi seul.

«Il n'y a plus personne qui croit Stephen Harper. Et vous savez comme moi qu'en politique, quand on n'est pas cru, on est cuit.»

Le chef libéral, Justin Trudeau, pense pour sa part que la seule façon de rebâtir la confiance des Canadiens envers le Sénat est que tous les acteurs impliqués — y compris M. Harper — témoignent sous serment dans ce dossier. «Je pense qu'il est temps que le premier ministre démontre un peu de leadership dans cet enjeu», a-t-il dit.

Au tour de Wallin

Après Patrick Brazeau et Mike Duffy, Pamela Wallin a pris la parole au Sénat mercredi pour tenter de convaincre ses collègues de rejeter la motion qui mènerait à sa suspension sans salaire.

Cette fois, ce n'est pas le bureau du premier ministre (BPM) qui a été attaqué, mais les personnes de confiance de Stephen Harper, qui auraient orchestré une «vendetta personnelle» à son égard.

Mme Wallin en a particulièrement contre l'ex-leader au Sénat, Marjory LeBreton, et la sénatrice Carolyn Stewart Olsen, ancienne membre du BPM. Selon les dires de Mme Wallin, elles auraient piloté des fuites dans les médias pour ternir son image, parce qu'elle prenait trop de place en caucus et faisait preuve d'activisme dans son travail.

Mme Wallin a eu à rembourser 140 000 $ pour des allocations de voyage qu'elle aurait touchées en trop.

Elle a par ailleurs signalé qu'on s'attendait au départ à ce qu'elle travaille fort en dehors des murs du Sénat, «non seulement pour le bien des Canadiens, mais pour le Parti conservateur du Canada, parce que j'avais un bagage de communicatrice et, alors, une réputation de quelqu'un de juste et honnête.»

Elle a terminé son discours sous les applaudissements de plusieurs collègues — y compris quelques conservateurs —, ce qui laisse croire que la motion pourrait bien être rejetée au moment du vote.

Selon le conservateur Hugh Segal, un vote en faveur de la suspension constituerait un effort inconstitutionnel en vue d'influencer une enquête policière indépendante. Les trois sénateurs font l'objet d'une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au sujet de leurs dépenses.

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