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Greenpeace en Russie: les militants sont désormais accusés de hooliganisme

23/10/2013 01:15 EDT | Actualisé 23/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Greenpeace ne voit pas de raison de se réjouir du fait que ses militants arrêtés en Russie — parmi lesquels se trouvent deux Canadiens — ne soient plus accusés de piraterie, mais bien de «hooliganisme».

Le Montréalais Alexandre Paul et l'Ontarien Paul Ruzycki font désormais face à des accusations qui pourraient leur valoir une peine d'emprisonnement maximale de sept ans au lieu de quinze.

L'annonce de l'allégement des chefs d'accusation ne satisfait aucunement Greenpeace.

Car les 30 personnes qui croupissent dans une geôle russe depuis leur arrestation dans l'Arctique russe, le 18 septembre, ne sont pas plus des «hooligans» que des pirates, plaide l'organisme environnemental.

«Il n'y a absolument rien de réjouissant là-dedans. Les trente militants sont encore en prison, ils font encore face à des accusations complètement disproportionnées et très graves. Ce n'est pas une bonne nouvelle», a résumé Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie et Arctique pour Greenpeace.

De plus en plus, des voix s'élèvent un peu partout sur la planète pour dénoncer l'attitude de la Russie dans ce dossier et pour exiger la libération des militants.

À celle des 11 récipiendaires du prix Nobel — qui avaient interpellé la semaine dernière le président russe Vladimir Poutine — s'est ajoutée mercredi celle du Parlement européen, lequel a exhorté Moscou à libérer les détenus.

Mais au grand désarroi de M. Bonin, l'une de ces voix ne se fait pas suffisamment entendre: celle du ministre fédéral des Affaires étrangères, John Baird.

«C'est silence radio complet du côté du fédéral. On n'a même pas, du côté du bureau de M. Baird, daigné répondre à nos demandes de rencontre. Leur attitude est complètement inacceptable», a-t-il déploré.

Le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Rick Roth, a refusé de répondre aux questions de La Presse Canadienne concernant l'implication du ministre Baird dans cette affaire et a refilé le dossier aux Affaires consulaires.

La déclaration écrite en provenance du bureau de la ministre d'État aux Affaires consulaires, Lynne Yelich, est sensiblement la même que celle fournie le 3 octobre.

«Des services consulaires sont offerts aux Canadiens tel que prévu», mais «pour des raisons de confidentialité, nous ne pouvons donner plus d'informations sur cette affaire», a écrit dans un courriel Adria Minsky.

Aux yeux de la loi russe, le hooliganisme est «une grossière violation de l'ordre public qui témoigne d'un manque de respect flagrant pour la société».

Récemment, les membres du groupe russe Pussy Riot en ont fait les frais, après avoir chanté une «prière punk» dans une cathédrale moscovite. Les trois jeunes femmes du groupe punk ont été condamnées à deux ans de camp pénitentiaire chacune en août 2012.

«Nous contesterons les accusations de hooliganisme forgées de toutes pièces aussi fortement que nous l'avons fait pour les allégations de piraterie. Dans les deux cas, il s'agit d'accusations fantaisistes qui n'ont aucun lien avec la réalité», a indiqué mercredi dans un communiqué Vladimir Chuprov, de Greenpeace Russie.

«Des héros»

Vingt-huit militants, un photographe pigiste et un vidéojournaliste pigiste se trouvaient à bord du vaisseau Arctic Sunrise lorsque la Garde côtière russe a fait irruption sur le pont.

Descendus d'un hélicoptère à l'aide de cordes, les officiers avaient rassemblé les membres de l'équipage sur le pont et les avaient forcés à se mettre à genoux avant de pointer des armes à feu en leur direction.

Leur intervention s'est déroulée quelques heures après que les militants de Greenpeace eurent tenté d'escalader une plateforme de forage de Gazprom afin d'attirer l'attention sur les risques environnementaux liés aux forages dans cette région.

En plus de plaider que ses militants ont mené une action pacifique, l'organisation non gouvernementale soutient que l'arraisonnement était tout à fait illégal, puisque le navire se trouvait en eaux internationales au moment où les autorités sont débarquées.

Et les environnementalistes qui ont été appréhendés en mer soit loin d'être des criminels, a plaidé Patrick Bonin.

«Ce sont des gens qui ont manifesté pacifiquement comme Gandhi le faisait, comme Martin Luther King le faisait. On devrait les voir comme des héros», a-t-il fait valoir.

«Les criminels, ce sont clairement ceux qui sont en train de détruire la planète au niveau environnemental.»

Le tribunal régional de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, s'est opposé vendredi dernier à la libération conditionnelle de l'environnementaliste montréalais âgé de 35 ans.

En théorie, l'audience de Paul Ruzycki devrait avoir lieu jeudi. Greenpeace s'attend à ce que sa demande de libération lui soit refusée.

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