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Accès internet: une entreprise pourrait installer un câble dans le Grand Nord

23/10/2013 05:41 EDT | Actualisé 23/12/2013 05:12 EST

TORONTO - Une entreprise torontoise qui souhaite installer un câble de fibre optique à travers le passage du Nord-Ouest se dit confiante quant à ses chances d'obtenir le feu vert d'Industrie Canada et de la Commission du Nunavut chargée de l'évaluation environnementale.

Le président d'Arctic Fibre, Doug Cunningham, a précisé que si l'approbation de son projet n'est pas assurée, il s'attend tout de même à ce que les permis nécessaires leur soient rapidement délivrés.

Tous les documents réglementaires ont été déposés mardi auprès des gouvernements concernés, a indiqué l'entreprise.

Arctic Fibre a demandé des permis pour l'installation d'un câble sous-marin qui desservirait sept communautés du Nunavut, où habite un peu plus de la moitié de la population de ce territoire inuit.

Cette proposition fait partie d'un projet de quelque 600 millions $ visant à déployer un câble entre le Japon et Terre-Neuve-et-Labrador, d'une longueur de 15 700 kilomètres, et ainsi le relier au nord-est des États-Unis.

Un tel scénario, qui permettrait de faire passer le câble de fibre optique en empruntant le passage du Nord-Ouest — plutôt que de passer par la côte ouest américaine, traverser tout le pays et retourner sous l'eau sur la côte est —, permettrait de raccourcir de 29 millisecondes la transmission de données entre Tokyo et Londres, selon Arctic Fibre. Pour les négociateurs en bourse, cela représente une économie de temps non négligeable.

Par ailleurs, cette ligne améliorerait la stabilité du flux d'information internationale en créant un nouveau lien «terrestre» — par opposition à un lien satellitaire. M. Cunningham a ajouté que les lignes actuelles entre les différentes régions du monde posaient une certaine instabilité, géologique ou politique.

La proposition d'Arctic Fibre offrirait une bande passante «quasi illimitée» aux communautés inuites de Cambridge Bay, Gjoa Haven, Taloyoak, Igloolik, Hall Beach, Cape Dorset et Iqaluit, soit un peu plus de la moitié de la population du Nunavut. Le câble pourrait également être relié à Kugluktuk, dans l'ouest du Nunavut, mais aucune décision à cet égard n'a encore été prise.

Arctic Fibre a également déjà déposé une offre d'une valeur de 240 millions $ auprès du gouvernement fédéral pour faciliter l'accès internet des communautés des côtes est et ouest de la baie d'Hudson, ainsi que de la côte ouest de l'île de Baffin. La quasi-totalité des Nunavutois, soit 98 pour cent, serait ainsi incluse, de même que plusieurs communautés du Grand Nord québécois.

«Nous n'avons pas reçu de réponse officielle concernant cette offre», a souligné M. Cunningham. Si tout va bien, le câble pourrait être fonctionnel d'ici 2016, a-t-il ajouté.

L'accès à internet dans l'Arctique tend à devenir un enjeu de plus en plus important à Ottawa. Un récent rapport du Conference Board souligne que cette embûche freine la croissance économique de la région. Selon l'organisme, l'absence de tels services dans les communautés nordiques «limite la capacité des économies régionales à se diversifier».

Un rapport gouvernemental publié en 2011 avait relevé le même problème. «L'Arctique doit pouvoir compter sur des réseaux de communication fiables pour établir et maintenir la souveraineté du Canada et répondre aux obligations internationales afin d'assurer un passage sécuritaire pour le trafic routier, maritime et aérien», mentionne-t-on dans le rapport d'évaluation des infrastructures de communication de l'Arctique.

Selon M. Cunningham, la faiblesse de la bande passante dans cette région entraîne des coûts pour le développement et la gouvernance du Nord canadien. Il a précisé que son entreprise avait dû envoyer par courrier postal ses documents à la Commission du Nunavut chargée de l'évaluation environnementale, puisque l'accès internet de la communauté de Cambridge Bay, sur l'île Victoria, n'était pas suffisant pour en permettre l'envoi par courriel.

Arctic Fibre n'est pas seule dans ses tentatives d'amélioration du service dans la région. L'entreprise de services satellitaires Telesat a ainsi promis d'investir 40 millions $ pour étendre et moderniser équipement et infrastructures au Nunavut, dans les Territoires-du-Nord-Ouest et au Yukon.

Telesat, établie à Ottawa, a indiqué qu'il en coûterait environ 160 millions $ au cours des 10 prochaines années pour installer de nouvelles infrastructures de communication, précisant être prêt à investir le quart de cette somme.

Du côté d'Arctic Fibre, la prochaine étape consiste à compléter le tracé sous-marin détaillé que le câble emprunterait, a indiqué M. Cunningham, ajoutant que cette tâche devrait être réalisée au cours de l'été prochain.

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