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Interdiction des signes religieux: 47 pour cent des gens consultés sont d'accord

22/10/2013 11:55 EDT | Actualisé 22/12/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Le gouvernement Marois a réussi à rallier derrière lui près de la moitié des Québécois qui ont choisi de participer à la consultation menée sur son projet controversé de charte des valeurs.

Sur l'ensemble des 26 305 répondants, 47 pour cent ont dit endosser sans réserve le projet de charte des valeurs, incluant l'idée d'interdire aux employés de l'État de porter des signes religieux ostentatoires.

C'est ce qui ressort de la consultation menée par le gouvernement, dont les résultats ont été rendus publics mardi par le ministre responsable Bernard Drainville.

La consultation citoyenne menée sur Internet par Québec à la suite de la présentation récente des grandes orientations de la charte a permis de recueillir 26 305 courriels ou appels téléphoniques de citoyens désireux de fournir leur opinion.

Si on ajoute aux 47 pour cent d'appui inconditionnel les 21 pour cent de gens prêts à adhérer à l'esprit de la charte, mais à certaines conditions, on obtient un total de 68 pour cent des répondants favorables au projet de laïcité de l'État tel que promu par le gouvernement Marois.

Seulement 16 pour cent des répondants ont dit rejeter catégoriquement la charte des valeurs.

En conférence de presse, le ministre a réaffirmé son intention de déposer un projet de loi avant l'ajournement de décembre, en s'engageant à tenir compte des modifications réclamées par bon nombre de personnes. Il n'a pas voulu préciser le moment du dépôt du projet de loi, mais il a donné un aperçu des changements à venir.

«Les deux principaux enjeux sur lesquels les gens se sont prononcés, c'est la question de la clause de retrait et la question du crucifix, donc c'est évident qu'on réfléchit à ça présentement», a dit M. Drainville.

Chose certaine, le projet de loi affirmera comme prévu la neutralité religieuse de l'État, proclamera l'égalité entre hommes et femmes et offrira un cadre pour baliser les demandes d'accommodement religieux.

M. Drainville a reconnu que la consultation gouvernementale n'avait pas de valeur scientifique, mais il a soutenu du même souffle qu'il s'agissait d'un exercice non partisan, l'analyse des résultats ayant été confiée à un groupe de huit fonctionnaires, appuyés par quatre stagiaires.

Du total des commentaires critiques formulés par les citoyens, certains allaient dans le sens de retirer le crucifix de l'Assemblée nationale (2974 personnes) ou de revoir le droit de retrait prévu pour les hôpitaux, les cégeps, les universités et les municipalités (1425 personnes).

Alors que le port du voile islamique, le hijab, par les employées de l'État, a été au coeur de la controverse autour de la charte au cours des dernières semaines, peu de gens (625) ont réclamé que Québec renonce à leur interdire de porter des signes religieux et encore moins (272) ont dit privilégier l'approche Bouchard-Taylor, soit d'interdire les signes religieux uniquement aux personnes ayant un pouvoir de coercition, comme les juges et les policiers.

La consultation sur la charte controversée étant terminée, chaque parti représenté à l'Assemblée nationale a tenu à se positionner quant à la suite des choses.

Inquiet, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a proposé de convoquer au plus tôt une rencontre des quatre chefs de parti afin de trouver un compromis qui permettrait à l'Assemblée nationale d'adopter rapidement une charte de la laïcité. Il faut agir vite car il y a risque de dérapage: on assiste présentement «à une espèce de procès de la religion musulmane», a-t-il estimé en point de presse.

Mais sa suggestion a aussitôt été écartée par la première ministre Pauline Marois, qui a jugé la tenue d'une telle rencontre au sommet prématurée, alors que le contenu du projet de loi n'est même pas encore connu.

De son côté, le Parti libéral du Québec (PLQ) reste ferme sur sa position, rejetant toute interdiction de porter des signes religieux, en autant que le visage reste découvert. À l'intention du gouvernement Marois, le chef du parti, Philippe Couillard, a lancé le message suivant en point de presse: «Ne continuez pas dans une voie qui est un assaut sans précédent envers les droits et libertés fondamentales des Québécois».

Québec solidaire a mis son grain de sel pour affirmer que toute initiative du gouvernement qui contribuera «à ramener l'harmonie et le calme sera un geste bienvenu», a dit sa porte-parole, Françoise David, se disant inquiète des propos xénophobes qui circulent, notamment dans les médias sociaux. Dans cet esprit, elle exhorte le ministre Drainville à présenter son projet de loi au plus tôt.

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