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Syrie: el-Assad doute de la pertinence des négociations de paix

21/10/2013 12:01 EDT | Actualisé 21/12/2013 05:12 EST

BEYROUTH - Le président syrien, Bachar el-Assad, a indiqué lundi que les facteurs pour favoriser le succès d'un projet de conférence de paix visant à mettre fin à la guerre civile n'existent pas encore, soulevant des doutes sur les efforts internationaux dans le but d'amener les deux camps ennemis à une même table.

Les États-Unis et la Russie tentent depuis des mois de tenir une conférence internationale à Genève pour y négocier une solution politique au conflit syrien, qui a fait jusqu'ici plus de 100 000 morts et plus de deux millions de réfugiés. Les Nations unies ont avancé le 2 novembre comme date probable pour la réunion, mais ce calendrier n'a pas encore été confirmé.

El-Assad a toutefois rejeté les efforts renouvelés pour amener son gouvernement et les rebelles à prendre part à cette conférence de paix, déclarant lundi sur les ondes de la chaîne libanaise Al-Mayadeen TV que «les facteurs qui aideraient à tenir [la conférence] ne sont pas en place si nous voulons que le tout soit couronné de succès».

Selon lui, l'identité des représentants de l'opposition n'est pas claire, pas plus que ne l'est leur crédibilité en Syrie.

De son côté, l'opposition syrienne, fragmentée, ne sait pas encore si elle participera à la conférence.

Le principal groupe rebelle appuyé par l'Occident, la Coalition nationale syrienne, doit se réunir les 1er et 2 novembre à Istanbul pour décider si elle participera aux négociations. L'une de ses plus importantes factions, le Conseil national syrien, a dit n'avoir aucune confiance en ces démarches avec le régime syrien, et a fait savoir qu'il ne sera pas présent à Genève.

La capacité de la Coalition de s'exprimer au nom de la rébellion est toutefois contestée depuis longtemps, et des combattants se trouvant en Syrie — dont plusieurs rejettent toute discussion avec Damas — ont accusé les leaders en exil de l'opposition d'être déconnectés de la réalité sur place. La crédibilité de la Coalition, déjà mise à mal, s'est vu porter un sévère coup, le mois dernier, lorsqu'une dizaine d'organisations rebelles importantes ont annoncé leur retrait du regroupement. D'autres brigades de combattants leur ont emboîté le pas depuis.

Appel à l'aide

Sur le terrain, lundi, les habitants d'un quartier assiégé de Damas ont lancé un urgent appel à l'aide, demandant à la communauté internationale de les sauver de la famine et des bombardements constants, après qu'une opération d'évacuation des civils ait échoué, la fin de semaine dernière.

La situation humanitaire se détériore depuis plusieurs mois à Moadamiyeh, à l'ouest de la capitale, alors que des soldats loyaux au régime empêchent le passage de vivres et d'autres biens, affirment des militants. Quelque 3000 personnes avaient réussi à fuir le quartier le mois dernier, lors d'un rare cessez-le-feu.

Les agences caritatives affirment que les Syriens partout au pays peinent à trouver des aliments, mais que la famine dans les quartiers de Damas tenus par les rebelles, et qui sont essentiellement entourés de secteurs gouvernementaux, est particulièrement grave.

Dans une lettre ouverte retransmise par le principal groupe d'opposition appuyé par l'Occident, les résidants de Moadamiyeh demandent à la communauté internationale de leur venir en aide.

«Sauvez-nous de la mort. Sauvez-nous de l'enfer de la machine à tuer d'Assad, peut-on lire dans la lettre. Depuis près d'un an, la ville de Moadamiyeh est assiégée sans accès à la nourriture, à l'électricité, aux médicaments, aux communications et au carburant.»

La Coalition nationale syrienne, la principale association de groupes d'opposition, a demandé aux organisations internationales d'ouvrir un corridor humanitaire pour permettre l'arrivée de vivres dans le secteur.

Un porte-parole du conseil municipal de Moadamiyeh, Qusai Zakarya, a confirmé que la lettre a été envoyée à la Coalition par les habitants.

«Nous nous dirigeons tout droit vers une seule destinée: la famine, a-t-il dit par le biais de Skype, pendant qu'on entendait derrière lui l'explosion de bombes et le bruit d'un hélicoptère. Nous vous supplions (la communauté internationale) de venir et de distribuer des vivres. Les résidants survivent avec des feuilles bouillies et des olives.»

Des militants affirment que l'armée syrienne empêche vivres et médicaments d'entrer dans le quartier depuis des mois, dans l'espoir de chasser les rebelles. Il resterait encore quelque 12 000 civils dans le secteur. D'autres militants révèlent que deux femmes et quatre enfants sont morts de faim en septembre.

Transfuge abattu

La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge de Syrie ont réussi à évacuer environ 3000 civils de Moadamiyeh plus tôt ce mois-ci à l'occasion d'un cessez-le-feu organisé par une controversée religieuse catholique progouvernementale, mère Agnes Mariam al-Salib, qui habite en Syrie depuis des décennies.

Par ailleurs, l'opposition syrienne et la télévision officielle affirment que les forces gouvernementales ont abattu un important transfuge qui était devenu un des principaux leaders de l'insurrection.

Rami Abdoul-Rahman, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de la personne, à Londres, et la station Al-Ikhbariya ont révélé que Yasser al-Abboud a été tué lundi à Tafas, dans la province de Daraa, dans le sud du pays.

Al-Abboud avait été l'un des premiers officiers supérieurs de l'armée à rejoindre les rangs de l'insurrection. La majorité des transfuges militaires étaient des conscrits de faible rang qui ont formé l'Armée syrienne libre.

Al-Abboud est l'ancien directeur du conseil militaire de l'Armée syrienne libre et l'ancien commandant d'une brigade rebelle à Daraa.

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