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La NSA a enregistré les données téléphoniques de Français durant 30 jours

21/10/2013 05:57 EDT | Actualisé 21/12/2013 05:12 EST

PARIS - Le président américain Barack Obama a téléphoné à son homologue français François Holland pour discuter de la colère française à la suite du coup d'éclat du quotidien Le Monde concernant les méthodes de surveillance agressives de l'Agence nationale de sécurité des États-Unis (NSA).

Cet appel survient après l'article du quotidien, où l'on révèle l'ampleur de l'espionnage mené en France par l'agence américaine.

Selon des documents transmis par l'ex-consultant de l'agence, Edward Snowden, 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques des Français ont ainsi été effectués par la NSA sur une période de trente jours, soit du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013.

L'article du Monde est co-signé par le journaliste britannique Glenn Greenwald, qui a révélé au grand jour les détails du programme de surveillance qui lui avaient été transmis par M. Snowden.

Un signal déclenchait automatiquement l'enregistrement de certaines conversations quand certains numéros de téléphone étaient utilisés. On récupérait également les textos et leur contenu en fonction de mots-clés.

La Maison-Blanche a fait savoir que de récentes révélations à propos de la NSA comportaient des informations dénaturées mais certaines d'entre elles soulevaient des questions légitimes, pour les alliés de Washington, à propos de la façon dont sont utilisées les capacités de surveillance américaines.

M. Obama a dit au président Hollande que les États-Unis procédaient à un examen de ses mesures de collecte de renseignements afin d'assurer un équilibre entre la sécurité et la protection de la vie privée. Au dire de la Maison-Blanche, les deux hommes se sont entendus pour poursuivre les discussions diplomatiques dans ce dossier.

Du côté de l'Élysée, on signale par voie de communiqué que M. Hollande a fait savoir à M. Obama qu'il «réprouvait profondément» les pratiques d'espionnage, qualifiées «d'inacceptables entre alliés et amis, car portant atteinte à la vie privée des citoyens français». Le président français a ainsi demandé à ce que «toutes les explications» soient fournies, en plus de l'ensemble des informations dont pourrait disposer Edward Snowden.

MM. Obama et Hollande ont aussi marqué leur accord sur le fait que les opérations de collecte de renseignements devaient être encadrées, «notamment dans un cadre bilatéral», pour servir efficacement «la seule lutte qui vaille», soit celle contre le terrorisme.

Son de cloche similaire pour le ministre des Affaires étrangères de la France, Laurent Fabius, qui a lui aussi réagi avec indignation.

«Ce genre de pratique entre alliés qui envahissent la vie privée est totalement inacceptable et nous devons nous assurer, très rapidement, que cela ne se produise plus», a dit M. Fabius à l'occasion d'une rencontre avec ses homologues européens au Luxembourg.

Il a ajouté que l'ambassadeur américain avait été convoqué au Quai d'Orsay.

Interrogé lundi matin au micro d'Europe 1, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a quant à lui estimé que ces informations étaient choquantes et qu'elles allaient appeler des explications précises des autorités américaines.

Les plus récents documents cités par Le Monde, en date d'avril 2013, témoignent de l'intérêt de la NSA envers les adresses de courriels associées à Wanadoo — anciennement membre de France Télécom — et Alcatel-Lucent, l'entreprise de télécommunications américano-française.

Un document demande aux analystes de ne pas se contenter du programme de surveillance électronique, mais aussi de s'alimenter à même l'initiative Upstream qui permettait une surveillance des câbles sous-marins de communications.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a indiqué que l'Amérique cherchait à trouver le bon équilibre permettant la protection de la sécurité et de la vie privée des gens.

À Paris lundi pour assister à une réunion de diplomates arabes au sujet de projets de paix au Moyen-Orient, M. Kerry a affirmé que protéger la sécurité des gens dans le monde d'aujourd'hui est «une tâche très compliquée, un grand défi».

M. Kerry a ajouté que la France est «l'un de nos plus vieux alliés dans le monde», ajoutant que des discussions étaient en cours pour apaiser les inquiétudes dans ce pays.

Réactions en Allemagne

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a lui aussi réagi aux allégations d'espionnage en France.

«Je peux comprendre la colère en France. On ne fait pas ça entre partenaires. On ne fait pas ça entre amis. C'est pourquoi il est important d'éclaircir ce qui s'est produit. Ça s'applique à la France. Ça s'applique à d'autres pays, et à l'Allemagne, a-t-il déclaré. Nous comprenons qu'il y a des préoccupations de sécurité, mais il faut trouver un juste équilibre entre la sécurité et le droit à la liberté.»

La chancellière allemande Angela Merkel a annulé une entente datant de la Guerre froide qui permettait aux Américains et aux Britanniques de demander aux agences allemandes de mener des opérations de surveillance pour protéger leurs soldats déployés en sol allemand.

Dimanche, un magazine allemand affirmait que la NSA a espionné le compte de messagerie électronique de l'ancien président mexicain Felipe Calderon.

Le magazine «Der Spiegel» s'appuie sur des documents fournis par Edward Snowden.

Dans l'article publié dimanche, le magazine affirme que les documents décrivent une opération qui aurait permis d'accéder au réseau informatique de la présidence mexicaine, qui aurait aussi été utilisé par des membres du cabinet de M. Calderon.

L'ancien président, qui est maintenant rattaché à la Kennedy School of Government de l'université Harvard, aux États-Unis, n'a pas répondu aux courriels de l'Associated Press l'invitant à commenter l'information.

Précédemment, un document daté de juin 2012 indiquait que la NSA avait espionné les courriels de l'actuel président du Mexique, Enrique Peña Nieto, avant son élection.

M. Peña Nieto avait alors déclaré que si l'information était prouvée, il s'agirait d'un acte illégal, et son gouvernement a réclamé une enquête.

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