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Espionnage: la France et le Mexique exigent des explications aux États-Unis

21/10/2013 06:08 EDT | Actualisé 21/12/2013 05:12 EST
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A demonstrator holds up a picture of the former technical contractor of the US Central Intelligence Agency Edward Snowden during a demonstration in support of Snowden at the Place du Trocadero in front of the Eiffel tower in Paris on July 7, 2013. Around forty people, mostly activists from organizations defending rights and freedom on the internet, gathered in support of Snowden, who leaked information on data spying programs of the USA and Great Britain in June 2013 and has sought asylum in 21 countries, according to WikiLeaks. AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD (Photo credit should read KENZO TRIBOUILLARD/AFP/Getty Images)

PARIS - Le scandale né de l'espionnage mondial pratiqué par les États-Unis a resurgi lundi avec les révélations sur l'interception de millions de données téléphoniques des Français, qui ont provoqué la colère de Paris, et sur la surveillance des courriels de l'ex-président mexicain Felipe Calderon.

Le président français François Hollande a fait part lundi part de sa «profonde réprobation» à son homologue américain Barack Obama avec qui il s'est entretenu par téléphone.

Lors de cet entretien, M. Hollande «a demandé que toutes les explications soient fournies» sur ces «pratiques inacceptables entre alliés et amis», selon un communiqué de la présidence française.

M. Obama a reconnu de son côté que cette affaire posait des «questions légitimes pour nos alliés» mais aussi que certaines informations révélées par la presse «ont déformé nos activités».

MM. Obama et Hollande «sont convenus de travailler ensemble pour établir les faits et la portée exacte des activités de surveillance révélées par Le Monde», souligne encore le communiqué français.

Selon le journal français, l'agence de sécurité nationale américaine (NSA) a effectué par exemple 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques de Français entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013. Le Monde cite des documents de l'ancien consultant de l'agence américaine Edward Snowden, à l'origine de révélations en juin.

«Je suis profondément choqué», a déclaré de son côté le premier ministre français Jean-Marc Ayrault à Copenhague. «C'est invraisemblable qu'un pays allié comme les États-Unis puisse à ce point aller jusqu'à espionner autant de communications privées qui n'ont aucune justification stratégique», a ajouté M. Ayrault.

Répondant à ces reproches quelques heures plus tard lors d'une conférence de presse à Paris, le chef de la diplomatie américaine John Kerry a indiqué que les États-Unis discuteraient avec la France du programme d'espionnage.

«La France est l'un de nos plus vieux alliés dans le monde et j'ai une très étroite relation de travail avec Laurent Fabius», a indiqué John Kerry. «Nous aurons des discussions bilatérales, y compris avec nos partenaires français, pour régler ces questions».

À Washington, une porte-parole de la présidence américaine, Caitlin Hayden avait dit auparavant que la Maison-Blanche «ne commenterait pas publiquement toutes les activités présumées du renseignement».

«Nous avons dit clairement que les États-Unis récupéraient des données du renseignement à l'étranger du même genre que tous les pays», a-t-elle expliqué à l'AFP à Washington.

Pratiques «totalement inacceptables»

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a convoqué sur le champ l'ambassadeur américain à Paris, Charles Rivkin, qualifiant ce type de pratiques de «totalement inacceptable». M. Fabius a également indiqué qu'il demanderait «de manière extrêmement rapide, des éclaircissements, des explications, des justifications» à son homologue américain, John Kerry, à l'occasion d'une rencontre mardi matin à Paris.

La France a rappelé à M. Rivkin qu'«il fallait nous assurer qu'elles n'avaient plus cours», a précisé le sous-directeur de la presse du Quai d'Orsay, Alexandre Giorgini.

La Maison-Blanche a souligné de son côté que «le président (Obama) a dit clairement que les États-Unis avaient commencé à passer en revue» la manière de collecter des renseignements, afin de «parvenir à un équilibre entre les préoccupations de sécurité légitimes de nos concitoyens et alliés, et la protection de la vie privée qui inquiète tout le monde».

Au Luxembourg, Laurent Fabius a annoncé que la question sensible de la protection des données personnelles serait évoquée par la France au sommet européen de jeudi et vendredi. Le président François Hollande «demandera à l'Union européenne d'avoir un règlement sur la question des données personnelles», a ajouté M. Fabius.

C'est la profusion des détails apportés par ces nouvelles révélations qui a contraint les autorités françaises à réagir fermement, mais cette affaire était connue depuis juin.

«Un groupe de travail États-Unis-Union européenne a été mis en place en juillet», dès les premières révélations, a relevé le porte-parole français, soulignant que ce groupe s'est réuni «deux fois» depuis.

Les documents d'Edward Snowden décrivent les techniques utilisées pour capter illégalement les secrets ou des informations sur la simple vie privée des Français.

La NSA dispose de plusieurs modes de collecte, selon le Monde. Quand certains numéros de téléphone sont utilisés en France, ils activent un signal qui déclenche automatiquement l'enregistrement de certaines conversations.

Cette surveillance permet également de récupérer les SMS et leur contenu en fonction de mots-clés. Enfin, de manière systématique, la NSA conserve l'historique des connexions de chaque cible, précise le journal.

Les documents donnent suffisamment d'explications pour penser que les cibles de la NSA sont aussi bien des personnes soupçonnées de liens avec des activités terroristes que des individus visés pour leur simple appartenance au monde des affaires, de la politique ou à l'administration française.

Le gouvernement mexicain a également demandé dimanche des explications à Washington après des révélations du magazine allemand Der Spiegel selon lesquelles les services de renseignement américains ont espionné les courriels de Felipe Calderon lorsqu'il était président.

La présidente brésilienne Dilma Roussef avait suspendu le mois dernier une visite aux États-Unis après des révélations concernant des cas d'espionnage américain sur ses propres communications, celles de proches collaborateurs et d'entreprises telles que le géant public pétrolier Petrobras.