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Espionnage : la France demande des explications à Washington

21/10/2013 06:18 EDT | Actualisé 21/12/2013 05:12 EST

Le président français, François Hollande, a fait part lundi à son homologue américain, Barack Obama, des préoccupations de la France, après de nouvelles révélations sur l'ampleur de l'espionnage mené par l'Agence américaine de sécurité nationale (NSA) en France.

La publication par Le Monde d'informations selon lesquelles la NSA a massivement écouté les communications téléphoniques et électroniques des Français, a coïncidé avec l'arrivée à Paris du secrétaire d'État américain, John Kerry, qui entame une tournée en Europe consacrée à la situation au Proche-Orient.

Selon un communiqué de la présidence française, François Hollande a exprimé au téléphone à Barack Obama sa « profonde réprobation » concernant l'espionnage par la NSA de dizaines de millions de données téléphoniques de Français, des « pratiques inacceptables » entre alliés et amis.

Le président français « a demandé que toutes les explications soient fournies », selon le communiqué, qui précise que les deux hommes ont « souligné que les opérations de collecte de renseignement devaient être encadrées, notamment dans un cadre bilatéral ».

« Le président et son homologue français François Hollande ont discuté des récentes révélations dans la presse, dont certaines ont déformé nos activités et d'autres qui soulèvent des questions légitimes pour nos amis et alliés sur la manière dont ces capacités sont utilisées », a annoncé de son côté la Maison-Blanche, dans la soirée.

« Le président [Obama] a fait clairement savoir que les États-Unis ont commencé à réexaminer la façon dont nous collectons les renseignements de manière à trouver le bon équilibre entre les préoccupations légitimes de nos ressortissants et de nos alliés et les préoccupations sur le respect de la vie privée que tout le monde partage ».

MM. Obama et Hollande comptent poursuivre le dialogue par les canaux diplomatiques.

Paris exige des réponses

Plus tôt, le premier ministre français Jean-Marc Ayrault s'est dit « choqué » par l'espionnage mené par la NSA dans l'Hexagone et il a demandé à Washington de fournir des « réponses claires » sur ses pratiques.

« Je suis profondément choqué. C'est invraisemblable qu'un pays allié comme les États-Unis puisse à ce point aller jusqu'à espionner autant de communications privées qui n'ont aucune justification stratégique, aucune justification de défense nationale », a déclaré M. Ayrault. Il réclame également des États-Unis « des réponses claires justifiant les raisons pour lesquelles ces pratiques ont été utilisées ».

En ce sens, la France a convoqué l'ambassadeur des États-Unis à Paris, lundi. Selon le ministère français des Affaires étrangères, le directeur de cabinet de Laurent Fabius a rappelé à l'ambassadeur, Charles Rivkin, que ces pratiques entre partenaires étaient « totalement inacceptables ».

« Nous avons demandé que soit apportée dans les plus brefs délais une réponse tangible à notre préoccupation », a précisé le porte-parole du Quai d'Orsay. La question sera aussi évoquée mardi par Laurent Fabius lors d'un entretien avec John Kerry à Paris.

L'ambassadeur américain a déclaré à l'issue de la rencontre que les consultations bilatérales sur ces « allégations » de collecte d'informations allaient se poursuivre mais il ne s'est pas prononcé sur les informations publiées par Le Monde.

Le Monde et ses révélations

Selon les documents cités par le quotidien, soustraits par l'ex-consultant de la NSA Edward Snowden et transmis par le journaliste Glenn Greenwald, avec lequel Le Monde collabore, les cibles de l'agence américaine sont aussi bien des personnes soupçonnées de liens avec des activités terroristes que des personnes appartenant au monde des affaires, de la politique ou à l'administration française.

« On constate que sur une période de trente jours, du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013, 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques des Français ont été effectués par la NSA », écrit notamment Le Monde.

Le parquet de Paris a ouvert en juillet une enquête préliminaire au sujet du programme international de surveillance américain PRISM, à la suite d'une première vague de révélations, en juin, sur le programme d'espionnage des communications téléphoniques et internet par la NSA.

« Nous avions déjà été alertés au mois de juin, nous avions réagi fortement, mais visiblement il faut aller plus loin. Ce type de pratiques entre partenaires qui porte atteinte à la vie privée est totalement inacceptable et il faut s'assurer très rapidement qu'elles ne sont plus pratiquées », a souligné Laurent Fabius.

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