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Deux ans après la mort de Kadhafi, la Libye est toujours l'otage des milices

20/10/2013 12:38 EDT | Actualisé 20/12/2013 05:12 EST

TRIPOLI, Libye - Le premier ministre de la Libye a déclaré, dimanche, qu'il «nageait à contre-courant» dans une nation tenue en otage par les milices alors que les Libyens célébraient le deuxième anniversaire de la mort du dictateur Mouammar Kadhafi.

Ali Zidan a livré ces commentaires à Tripoli, plus d'une semaine après avoir été enlevé et brièvement détenu par un groupe de miliciens.

L'incident a permis de constater à quel point le pays d'Afrique du Nord qui s'est révolté contre Kadhafi, un leader cruel qui a écrasé ses opposants et les a forcés à s'exiler, est à la merci des nombreuses milices occupant son territoire. Celles-ci ont d'abord été formées de rebelles ayant combattu les brigades gouvernementales durant la guerre civile de huit mois. Cependant, l'absence d'une police centrale et d'une armée nationale ont laissé les gouvernements de transition sans autre option que de se fier à ces regroupements de miliciens pour imposer la loi et l'ordre.

Au cours des deux dernières années, le nombre de rebelles est passé de dizaines de milliers à plus de 200 000; ceux-ci agissent en toute impunité, et transforment les villes libyennes et leurs quartiers en fiefs.

Les tensions en Libye ont été alimentées par un raid des forces spéciales américaines, le 5 octobre, qui a permis de mettre la main sur un suspect de l'aile libyenne d'al-Qaïda connu sous le nom d'Abu Anas al-Libi. Celui-ci a été enlevé dans les rues de Tripoli, et emmené à bord d'un navire de guerre américain.

Les islamistes ont accusé M. Zidan d'avoir facilité cette capture, ce que ce dernier a nié à répétition. L'incident a été vu comme le motif derrière l'enlèvement du premier ministre.

Mais les tensions ont cours même au sein du gouvernement. Devant les journalistes, dimanche, M. Zidan a donné les noms des parlementaires Mohammed al-Kilani et Mustafa al-Teriki comme étant les responsables de son kidnapping. Les deux politiciens, qui appartiennent au bloc islamiste de la ligne dure au sein du Parlement, ont plus tard discuté avec les journalistes. L'un d'eux a affirmé que M. Zildan «était un menteur» qui voulait sortir de la crise comme un «héros».

Le premier ministre a également blâmé «plusieurs parties» pour avoir nuit à la mise sur pied d'une armée et d'une police efficaces, nommant uniquement des officiers à la retraite comme ayant ralenti ce processus. Il a par ailleurs affirmé que «des gens veulent s'emparer de l'État», en référence aux nombreuses milices.

«Nous ne sommes pas un État normal... nous sommes en plein coeur des répercussions d'une révolution», a soutenu M. Zidan, réclamant que le peuple libyen se montre patient. «Nous avons accepté ce défi non pas parce que nous sommes des politiciens brillants ou parce que nous disposons de la pensée magique... mais nous sommes prêts à franchir les obstacles.»

Il a toutefois reconnu les limites du gouvernement en disant: «Que pouvons-nous faire? La situation est au-delà de la capacité de quiconque.»

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