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Libre-échange: des négociations de dernière minute ont eu lieu pour le Québec

18/10/2013 03:39 EDT | Actualisé 18/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Le Québec s'est peut-être assuré d'obtenir des compensations pour le secteur agricole en échange de son appui à l'accord de libre-échange avec l'Union européenne, mais peu de gens savent qu'elles ont été obtenues à la dernière minute.

C'est ce qu'a confié le négociateur en chef de la province pour l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, Pierre Marc Johnson, vendredi, à Montréal.

Il a dit avoir appris lundi, en pleine Action de grâce, que ce sont 17 700 tonnes supplémentaires de fromages européens qui feront leur entrée sur le marché canadien.

«C'était jour de congé, souligne M. Johnson. Autour du sandwich à la dinde, ils nous ont dit: "c'est 17 700 tonnes". On a alors dit: "est-ce qu'on a bien compris? Est-ce qu'il y a un zéro de trop?»

L'ex-premier ministre péquiste croit savoir pourquoi cette information n'a été communiquée qu'à la fin des négociations. «Ils (les responsables) le savaient que nous ne serions pas contents», a-t-il dit.

Dès lundi, M. Johnson a communiqué cette statistique au gouvernement Marois, ce qui rapidement provoqué la mise en place d'une offensive à l'endroit du gouvernement fédéral.

«Moi j'avais un mandat de dire "nous on ne veut pas", souligne-t-il. J'attendais qu'un chiffre vienne.»

Le négociateur en chef du Québec pour l'Accord a même révélé que l'Ontario a participé à cette offensive, affirmant que la première ministre Pauline Marois avait parlé à son homologue ontarienne, Kathleen Wynne.

M. Johnson a confié que les pourparlers sur ce point ne se sont terminés que jeudi soir.

Le négociateur en chef dit qu'il n'était pas d'accord avec l'analyse d'Ottawa que le marché canadien serait en mesure d'absorber, sans trop d'impacts négatifs, l'arrivée de 17 700 tonnes supplémentaires de fromages en provenance de l'Europe.

«Le message de l'offensive était: "vous avez beau nous dire que le marché va absorber tout cela, nous ne sommes pas sûrs, alors on veut de la compensation"», a raconté M. Johnson.

Le Québec a finalement obtenu gain de cause, puisque vendredi matin, alors qu'il était en Belgique, le premier ministre Stephen Harper a assuré qu'Ottawa offrirait une compensation pour «contrer complètement» d'éventuels effets négatifs sur l'industrie des produits laitiers.

L'ex-politicien s'est dit satisfait des compensations obtenues pour le secteur agricole du Québec et estime que les représentants de l'industrie, comme la Fédération des producteurs de lait du Québec ainsi que l'Union des producteurs agricoles, devraient l'être également.

Satisfait des grandes lignes de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, M. Johnson estime quand même qu'il fallait intervenir pour protéger les travailleurs agricoles.

«Tout le monde sait que cet accord-là est fait pour la base industrielle du Québec, comme le secteur manufacturier essentiellement, le secteur des services et l'ouverture des marchés», a-t-il observé.

«Ça sert plus à ce qui n'est pas agricole, même s'il y a des ouvertures dans ce secteur», a ajouté l'ex-premier ministre.

M. Johnson croit qu'il pourrait s'écouler jusqu'à deux années avant que toutes les parties impliquées ne donnent leur approbation finale. Il se dit confiant que le tout se déroulera sans pépins.

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