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«Jeanne chez les autres» : l'écrivaine Marie Larocque raconte la famille dysfonctionnelle avec éclat (ENTREVUE)

16/10/2013 06:07 EDT | Actualisé 16/12/2013 05:12 EST
Courtoisie

À 44 ans, Marie Laroque a cinq enfants de cinq pères différents, deux petits-enfants et un blogue, Mémé attaque Haïti, où ses opinions font réagir. Même si son histoire personnelle retient l'attention, la lecture de son premier roman, Jeanne chez les autres, suffit pour réaliser que son talent est encore plus grand que la curiosité suscitée par son mode de vie iconoclaste.

Plateau Mont-Royal, 1970, une petite boule de blondeur et de douceur du nom de Jeanne fait son arrivée dans la vie des Fournier, un clan qui mérite le titre de famille dysfonctionnelle de l'année. Au programme : des parents qui se détestent, des coups de gueules qui s'accumulent aussi rapidement que des coups de poing, des histoires de drogue, de suicide et de pédophilie. En essayant de garder le sourire dans cet univers familial rempli d'amour et de haine, Jeanne trouvera refuge dans l'univers parallèle de la lecture et de l'écriture.

À l'image de son personnage principal, Marie Larocque est accro au pouvoir des mots. «L'écriture est une fuite qui permet de se débarrasser de bien des choses. J'ai écrit le roman après la mort de ma mère, pour remettre en scène ma famille. J'ai sorti l'histoire de moi pour me donner une sorte de recul sur ce que j'ai vécu. Quand j'étais plus jeune, j'avais honte de mon passé. Mais j'ai réalisé que mon histoire m'a construite. Avec ce que j'ai vécu, j'aurais pu devenir toxicomane ou prostituée, mais ce n'est pas le chemin que j'ai pris. Tout ça m'a outillée.»

marie larocque

Portrait d'une jeune fille, d'une famille et d'une époque, Jeanne chez les autres est un roman sans censure, ni jugement. «Quand j'étais petite fille, j'ai longtemps jugé ma mère, qui ne s'occupait pas de moi et qui ne remarquait rien quand je disparaissais pendant des jours. Mais lorsque j'ai eu mon quatrième enfant, j'ai réalisé que c'est du sport avoir une grosse famille. Ce n'est pas vrai qu'on peut être toujours là et tout savoir. Ça m'a aidé à pardonner. Dans mon écriture, je ne voulais pas d'un narrateur extérieur qui aurait jugé ces gens-là. Je voulais raconter les faits, sans rien dire, et exprimer la perception de Jeanne à travers son journal.»

Maîtresse du joual québécois

Quand on lui mentionne que sa maîtrise du français écrit parlé rappelle l'écriture d'un certain Michel Tremblay et que sa famille non conventionnelle ressemble à celle des Bougons, Marie Larocque ajoute quelques nuances. «Les personnages de Tremblay sont des gens peu éduqués, mais ils s'aiment et ils ont des valeurs sûres. Ils parlent mal, mais ce ne sont pas des gens mauvais. Les Fournier de mon roman, eux, sont vraiment partis sur de mauvaises bases. Par contre, mon père, René Fournier, était définitivement un Bougon !»

Publiée à la fois au Québec, en France, en Belgique et en Suisse, l'écrivaine n'a pas peur des commentaires sur le joual ou sur son accent. «Si je me sens attaquée, je vais répliquer et leur fermer leur gueule. Les Québécois sont capables de parler plusieurs langues sans accent, alors que les Français manquent de mots et de sons dans leur façon de s'exprimer. Nous, on comprend les francophones du monde entier, mais plusieurs Français sont handicapés s'ils comprennent uniquement le français de leur région.»

Travaillant un peu partout à travers le monde comme traductrice, vivant avec un ordinateur portable, deux t-shirts et deux paires de jeans, Marie Larocque se décrit comme la liberté incarnée. «La liberté passe par le détachement de tout. J'adore mes enfants, mais je suis «détachée» d'eux, maintenant qu'ils vivent en appartement. On peut aussi être libre dans une maison sans bouger, tant qu'on est conscient de qui l'on est. C'est important de se mettre à jour régulièrement et de se demander si on fait ce dont on a envie ou si on continue seulement ce qu'on a commencé ou ce qui nous représentait dans le passé.»

Amoureuse d'Haïti, où elle a habité, l'auteure a entamé un deuxième projet d'écriture, qui raconte la première année où elle a vécu sur la Perle des Antilles avec ses enfants. « Il faut rendre ses lettres de noblesse à Haïti. Ce n'est pas le trou de marde qu'on pense. On a beaucoup à apprendre des Haïtiens. »

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